Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Gérard Mordillat Les vivants et les morts. Calmann-Lévy, 2004, 659 p.


Couverture de Les vivants et les morts
(Gérard Mordillat est l'un des auteurs de la série télévisée Corpus Christi.)

C'est une histoire ordinaire dans une petite ville ordinaire de l'Est de la France, avec des gens de tous les jours.
La Kos, grosse usine de fibre plastique attaquée par une mondialisation qui ne lui permet pas de survivre, est menacée de fermeture. Un plan social qui s'accompagne d'une vague de licenciements pour les plus vieux, les jeunes et les femmes est mis en place, faisant malgré tout renaître l'espoir. On veut y croire à ce sauvetage ! Mais au loin, à Francfort, dans les bureaux de la Direction, on liquide l'usine après avoir récupéré les actifs par un simple tour de magie financière. On la vend à un repreneur américain encore plus lointain, encore plus absent... Alors le jeune Rudi, soutenu par son épouse Dallas, s'engage totalement et prend la tête de la révolte et de l'action militante. Il emmène avec lui toute la population de cette petite ville, des hommes et des femmes qui vont se battre jusqu'au bout pour sauver leur usine. Cette attitude se révèle suicidaire, mais elle est la seule façon désespérée de conserver sa dignité.

Mordillat les suit pas à pas, ces laissés-pour-compte qui s'engagent complètement dans la lutte acharnée de la dernière chance, ces vivants qui ne renoncent pas, qui ne s'accommodent pas, qui disent non au libéralisme galopant.

Mais l'auteur ne s'en tient pas à l'histoire de l'usine, il nous emmène dans le tourbillon de la vie de ces gens ordinaires, dont le quotidien se tisse avec les actions militantes et syndicales, dont les histoires intimes d'amour et d'amitié côtoient l'histoire sociale. Et ça grouille de vie, de meurtrissures, d'amour et de chagrins d'humains.

Dans ce roman, tout se passe à travers ce que font ou disent les personnes. Pas de descriptions littéraires bon chic bon genre, pas d'introspection psychologique, mais beaucoup de dialogues parfois crus, hargneux, balancés comme cela, tels quels, qui expriment les émotions brutes et l'entêtement farouche des femmes. La parole est ainsi redonnée aux voix étouffées des petites gens. Ce sont eux qui dans ce roman disent les humiliations subies, les sentiments d'injustice et d'abandon, les renoncements, la violence impitoyable de nos systèmes économiques modernes ; qui disent aussi que le mal subi et le désespoir peuvent conduire vers la pente de la radicalisation et de la violence.

Gérard Mordillat, en mettant à jour certains mécanismes économiques et sociaux, annonce des formes de révolte explosive parce que la violence du libéralisme moderne brise tout, couples, familles, modes de vie, règles morales les plus élémentaires.

Ce roman montre aussi que la présumée complexité de la réalité sociale n'existe pas vraiment. On veut nous faire croire que cette réalité serait trop complexe, trop subtile pour être comprise et appréhendée par des non spécialistes. C'est une illusion de le croire et cela sert à masquer la vraie réalité des relations sociales actuelles : la violence inflexible exercée par les possesseurs du capital sur les plus fragiles et les plus faibles. Ceux-là n'ont plus qu'à endurer, et c'est bien ce qu'exprime le mot final du roman :

"Dans cette nuit en plein jour,
dans le givre de l'air
dans le silence vertigineux qui les cerne,
à cet instant et pour toujours,
Ils endurent."
C.W. Retour vers L'as-tu-lu ?
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