
En cohérence avec les conceptions théologiques développées par les réformateurs, les Églises protestantes se sont organisées dès leur début sur un modèle de structure démocratique qui était presque unique pour l'époque. Le système imaginé par Calvin et Farel et mis sur pied au XVl ème siècle s'appelle le système presbytérien-synodal.
II est fondé sur l'idée essentielle que Jésus Christ étant le seul chef de l'Église, personne ne peut se prétendre dépositaire d'une quelconque autorité et aucune responsabilité n'est réservée à une catégorie particulière de personnes. Au sein de l'Église, les responsabilités et les pouvoirs doivent être partagés car la participation organisée du plus grand nombre de personnes empêche la prise de pouvoir par un seul.
Ce système est dit " presbytérien " (du grec presbutéros = ancien) car il reconnaît à l'Église locale - ou paroisse - sa responsabilité et sa capacité à se gouverner elle-même, à travers le ministère des Anciens ; il est dit " synodal " (du grec sunodos = faire route ensemble) car attestant que la vie de l'Église dépasse la réalité locale, il prend très au sérieux les liens de solidarité qui unissent ces mêmes Églises locales en les regroupant dans des structures plus larges.
Dans la pratique, les deux piliers de ce régime presbytérien-synodal sont le conseil presbytéral et le synode, deux instances de " gouvernance " où sont prises des décisions :
Dans l'ERF, chaque Église locale constituée en association "loi de 1905" élit le conseil presbytéral ( le pasteur en est membre de droit), 6 à 20 laïcs élus pour 6 ans et appelés autrefois Anciens ; le conseil renouvelable par moitié tous les 3 ans élit un président (pasteur ou laïc). Dans la loi locale d'Alsace et de Moselle (articles organiques), ce conseil est Établissement public du culte. Il prend toutes les décisions qui concernent la vie de l'Église locale dont il est le véritable animateur.
Dans l'Église Réformée de France, chaque conseil presbytéral envoie deux délégués (un de ses membres + le pasteur) pour siéger au synode régional (il y en a 8) qui se tient annuellement. Dans cette assemblée, les Églises locales sont égales entre elles et rien ne peut fonder une quelconque supériorité pour l'une d'entre elles. Le synode régional a autorité pour veiller à la vie de l'Église dans la région et pour lui donner son orientation ; il exprime également ses avis au synode national, lui pose des questions, l'interpelle... Son rôle n'est ni doctrinal ni hiérarchique.
Les synodes de chaque région élisent aussi des délégués, pasteurs ou laïcs, pour siéger une fois par an au synode national qui est l'organe directeur dont les décisions, concernant la vie de l'ensemble de l'Église Réformée, s'imposent à tous les membres et Conseils de l'Église. Éventuellement il modifie les textes qui règlent le fonctionnement général de l'Église. Le Conseil national élu par ce synode, permet de mener au cours de l'année une action suivie.
Dans l'ERF, d'autres corps ecclésiastiques trouvent place entre ces deux piliers presbytéral et synodal : ce sont les consistoires qui regroupent plusieurs Églises voisines ; dirigées par des présidents de région, ces structures permettent d'organiser des rassemblements et de s'entraider.
En Alsace - Moselle c'est ce même système presbytérien-synodal qui prévaut au sein de l'EPRAL, seulement il n'y a pas de synode régional ; chaque paroisse envoie deux délégués laïcs et un pasteur (ou quatre délégué-es et deux pasteurs comme pour notre Église locale) à l'assemblée du consistoire qui est l'organe directeur. Chaque consistoire - il en existe quatre - envoie une délégation de huit personnes au synode de l'EPRAL (32 membres + le Conseil synodal).
Ce que nous appelons "le système presbytérien synodal" est donc un équilibre subtil entre autonomie et solidarité, entre responsabilités des conseils presbytéraux au niveau local et responsabilités des synodes au niveau national (ou responsabilités des consistoires pour l'EPRAL).
Le mot ministre en passant par la traduction latine de minister provient du mot grec diakonos qui signifie " serviteur ". À la fois masculin et féminin dans ces trois langues, il s'applique d'ailleurs dans le Nouveau testament à des personnes des deux sexes. Dans les Églises protestantes il désigne les fidèles appelés à exercer un ministère, c'est-à-dire une fonction reconnue au service de l'Église. Ces ministères sont d'ordre fonctionnel et non sacramentel, autrement dit ils correspondent à une fonction et pas un état. Dès l'époque de Martin Bucer et de Jean Calvin, les réformateurs en reconnaissaient quatre : Pasteur, Docteur, Ancien et Diacre.
L'Office des Anciens est de (...) faire que le peuple s'assemble, et que chacun se trouve aux Saintes Congrégations, faire rapport des scandales et des fautes, en connoistre et iuger avec les Pasteurs ; Et en general avoir soin avec eux de toutes choses semblables, qui concernent l'ordre, l'entretien et gouvernement de l'Eglise ; outre plus, en chacune Eglise, il y aura une forme de leur charge par escrit, selon la circonstance du lieu et du temps. L'Office des Anciens comme nous en usons aujourd'huy n'est pas perpétuel. Les Diacres ny aussi les Anciens, ne pourront prétendre primauté ou dommination les uns sur les autres, soit en nomination au peuple, soit en seance ou en ordre de dire leurs advis, et autres choses dépendantes de leurs charges.extrait de La Discipline des Eglises Prétendues Réformées de France par Isaac D'Huisseau , pasteur,1663
L'Office des Diacres est de recueillir et distribuer par l'advis du Consistoire, les deniers des Pauvres, des Prisonniers, et des Malades, les visiter, et avoir soin.Ibidem
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