Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Quelle Église ?



Jean Alexandre

Beaucoup de gens se méfient totalement des Églises. Pour eux, une Église est toujours une institution destinée à les tenir en laisse, soit disant au nom de Dieu, en contrôlant leurs pensées, leurs sentiments, leur comportement.
D'autres, en revanche, voient en elle un sûr moyen de salut, ils l'appellent sainte, ce qui à leurs yeux signifie sans tache, je suppose, et lui consacrent du temps, de l'argent, et lui abandonnent une grande part de leur liberté et de leur responsabilité...

Sans doute ont-ils raison les uns comme les autres.

Et sans doute cela est-il vrai tout autant de la mosquée, de la synagogue, de la pagode, que sais-je encore ? En tout cas, pour ce qui est des Églises, existent ces deux points de vue, à la fois nécessaires et antagonistes.
Car une Église crée, instaure et développe, institue au long des temps un fait communautaire qui, au mieux, devient marque identitaire, culture à revendiquer, norme d'éducation inscrite dans l'intime, angoissante inquiétude née d'une inadéquation à l'égard d'un archétype.
Et au pire, puissance oppressive, revendiquant un pouvoir total sur l'ensemble de la société, cela au nom et sous l'égide d'un Dieu lui-même tout-puissant, tout fait d'exigence et de rigueur, et, ou, variante : sous la mansuétude douceâtre d'une Mère déploratrice et sensiblarde.
Ou aussi, sorte de ventre obscur au sein duquel une masse humaine se ressent à la fois comme profondément immature et violemment impérieuse.

Protestante, catholique, orthodoxe, aussi bien - quoique de fort différentes façons.
Et cependant, paradoxe, seules disposées à diffuser, enseigner, faire connaître de tant de manières, la source écrite par où naît à l'occasion une parole d'eau fraîche, au sein d'un monde où règnent le lourdingue et l'étouffant.
Sans parler de la violence faite norme qu'il porte en lui.

Seules porteuses de ces conduites collectives, de ces chants, de ces poèmes, de ces gestes inspirés.
Ces sculptures, ces tableaux, ces vitraux, ces architectures qui, chacun à sa manière, parlent le beau et le bon de l'évangile.
Là où l'on parle d'amour, de pardon, d'humilité, d'entente, que sais-je, sans que ces mots ne se dissolvent en futile mièvrerie - du moins pas toujours !

Bref, sources potentielles d'évangile.
Ce qui, je le rappelle, signifie pratiques positives de qui s'efface devant les autres.

Alors quelle Église ? Celle qui parlera l'Évangile sans le détenir, sinon rien.

Ce qui (m')importe, Éditions Théolib, octobre 2013, p79+80
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