
Prédications
Divers dans l'unité pour un témoignage vrai Actes 7/55-60 Jean 17/20-26
Comme il le fait à plusieurs reprises dans son Évangile, lorsque Jean reprend ce qu'on appelle la prière sacerdotale c'est-à-dire la prière que Jésus porte à Dieu, il insiste sur l'amour fraternel et sur l'unité. Il souligne l'unité des disciples bien évidemment, mais aussi l'unité de toute l'Église, l'unité de tous ceux qui vont entendre l'Évangile annoncé par Christ. On peut, dans cette insistance que montre Jean, comprendre que l'unité n'était pas forcément aussi évidente au sein de l'Église primitive, on peut même dire au sein de l'Église tout au long de son histoire. Et les sujets de désunion, les sujets de bagarres sont multiples. Nous avons vu déjà dimanche dernier que dès le début de l'Église, ainsi que le raconte le chapitre 15 des Actes, il y eut des tensions, des débats assez vifs, et des débats qui ont tourné bien souvent en conflit.
Il y a des tensions entre chrétiens à l'intérieur même du judaïsme, entre ceux qui sont pour l'application rigoureuse de la Loi de Moïse et que le livre des Actes désigne par l'expression "ceux qui font partie de la secte des pharisiens", et les autres qui sont plus tolérants à l'égard de l'observance stricte de la Loi et qui sont semble-t-il représentés dans les Actes, par les "hellénistes" dont Étienne est le chef. Mais certains conflits sont dus à l'origine des uns et des autres, ce sont les conflits entre judéo-chrétiens, les chrétiens issus du judaïsme et les pagano chrétiens qui viennent d'autres religions. C'est même à propos de ces pagano chrétiens-là que le débat, qui est à l'origine du Concile de Jérusalem, était plus fort : fallait-il que ces gens-là soient circoncis ? Et on a vu que le Concile a réussi à traverser cette difficulté.
Mais il y a aussi des conflits entre les membres de l'Église et le monde extérieur. C'est venu plus tardivement. À l'époque où Jean écrit son Évangile, à la fin du premier siècle de notre ère, la rupture est consommée entre l'Église primitive et la synagogue. Les chrétiens ne peuvent plus se prévaloir du statut de Juifs qui était un statut très particulier et très favorable au sein de l'Empire romain ; et donc les autorités demandent aux chrétiens de suivre le culte commun, en particulier de sacrifier à l'Empereur, de se prosterner devant lui, ce qui est considéré comme une abomination, une idolâtrie.
Comme on le voit, les sujets de tensions ne manquent pas, et apparaissent à différents niveaux. Et si on avait lu aujourd'hui tout le discours d'Étienne, on se serait rendu compte que les sujets des conflits existent depuis que l'homme est homme. En tout cas aux yeux d'Étienne, ils existent depuis que Dieu a appelé Abraham à marcher à sa suite. Étienne montre comment, chaque fois que Dieu a voulu agir pour son peuple, le peuple s'est rebellé contre lui ; comment chaque fois, il s'est rebellé contre ceux qui avaient été suscités pour être les témoins, pour être les opérateurs du salut voulu par Dieu. Il prend comme exemple Joseph, dans l'Ancien testament, il prend aussi comme exemple Moïse. Mais on pourrait prolonger la liste presque à l'infini. Oui, les sujets de tension, de conflits, sont multiples. Et ils ont bien souvent la même origine.
Au sein de la communauté des croyants, la foi n'est pas perçue de manière semblable. Pour certains, il faut accomplir ce qu'ils imaginent être une loi que l'on doit suivre comme des rails desquels on ne peut pas sortir. D'autres pensent que finalement la grâce et l'amour de Dieu sont plus forts et que si la loi est là pour indiquer une direction, il faut savoir l'adapter, il faut savoir, par amour pour le prochain, ne pas en faire quelque chose de contraignant, ne pas en faire quelque chose de trop dur.
Dans les relations entre Étienne et les membres de la synagogue, il est évident qu'il y a une différence de perception de cet ordre-là. Éienne, disciple du Christ, vit sa foi sous la grâce de Dieu, alors que ses interlocuteurs vivent en pensant que le salut vient de la seule application de la loi, comme si ce salut était quelque chose de totalement mécanique.
On a l'impression que chaque fois que l'on veut faire intervenir la grâce de Dieu dans la vie des hommes, celle-ci représente une sorte de danger, un danger pour les institutions, un danger pour les tenants de la "vraie foi", de la "droite religion". Chaque fois cette grâce, reçue par les uns comme une chance de renouveau, est perçue par les autres comme quelque chose qui risque de faire éclater la communauté. Étienne sera mis à mort. On pourrait mettre en évidence des parallèles entre ce récit du premier martyr chrétien et le récit que Luc lui-même fait dans son Évangile de la mort de Jésus. Ainsi Étienne, dans son martyr, ne fait que reproduire ce qu'a vécu le Seigneur lui-même et annoncer ce que d'autres, nombreux, vont vivre dans leur vie de croyants et dans leur vie de prédicateurs de l'Évangile. Parfois même, martyrs et bourreaux sont membres de la même communauté.
Ce qui nous ramène au texte de l'évangile de ce jour.
Que tous soient un... Que n'a-t-on pas dit comme bêtises autour de ce passage de l'Évangile de Jean. Que n'a-t-on pas commis comme horreurs au sein de l'Église au nom de ce passage ! Bien souvent ce texte a été compris comme : "on ne veut voir qu'une seule tête". Que tous soient un... Et bien souvent, presque toujours, on oublie de lire l'ensemble de cette prière de Jésus. Que tous soient un, comme nous sommes un. Dans le mystère des relations entre le Pére et le Fils, la tradition de l'Église a fortement souligné qu'il n'y avait surtout pas de confusion, qu'il n'y avait surtout pas une seule personne, et que même s'ils étaient unis, unis dans leur divinité, ils étaient des personnes bien séparées, avec leurs personnalités, avec leurs façons d'agir. Il en est de même du saint Esprit, troisième personne de la trinité.
Ainsi dans sa prière même, Jésus ne demande pas à Dieu que l'Église soit monolithique, qu'elle soit monobloc, uniforme, j'ai presque envie de dire, uniformément grise. Non, il demande une unité, une unité entre les apôtres, entre les disciples, entre ceux qui sont appelés à annoncer l'Évangile dans le monde, chacun avec sa personnalité. Et les évangiles nous montrent qu'ils sont les uns et les autres, différents, très différents. Mais Jésus prie aussi pour ceux qui vont entendre cet Évangile, recevoir cet Évangile par la prédication des apôtres. Et eux aussi sont très divers, ils viennent de milieux spirituels, religieux, et aussi culturels très divers. Et nous l'avons vu dès le début du livre des Actes, que ces voix s'expriment de manière différente, colorée, j'avais presque envie de dire dans une sorte de brouhaha multicolore. Et l'unité que le Christ demande, c'est cette unité dans la diversité, la diversité des personnes, la diversité des origines, la diversité des expressions de la foi.
Et pour que cette unité advienne, seul l'amour de Dieu peut agir. Seul l'amour de Dieu peut permettre aux uns et aux autres de vivre ensemble le mieux possible, en bon entendement. Cela nécessite bien souvent des compromis. Je n'ai pas dit des compromissions, j'ai dit des compromis. Et le compromis, c'est bien le résultat du Concile de Jérusalem où Jacques, le chef de l'Église de Jérusalem comprend bien qu'il faut que chacun, chaque parti, fasse des concessions ; que les pharisiens doivent faire des concessions vis-à-vis des pagano chrétiens, et inversement, afin que chacun puisse s'entendre et s'accueillir.
Aujourd'hui pour préparer cette prédication, je me suis interrogé sur le thème, sur le sujet de ma prédication. Aujourd'hui est une journée paroissiale, nous avons la bourse aux plantes et j'ai été tenté de trouver des textes qui pourraient me permettre de faire une prédication un peu plus écologique. Les textes ne manquent pas, ils sont divers et variés. Et chacun de ces textes insiste fortement sur la responsabilité de l'homme pour l'intégrité de la terre, pour l'intégrité de la création de Dieu. Finalement j'ai été convaincu que ce texte de l'Évangile de Jean est un texte très écologique. Écologie, ça veut dire tout ce qui concerne la vie commune au sein de la demeure commune. Alors, il s'agit bien évidemment de la nature et de l'environnement. Mais il s'agit aussi des relations entre les hommes, des relations entre ceux qui ont été créés par Dieu. En effet, la terre, la création de Dieu ne peut être sauvegardée, ne peut pas aller dans le bon sens si les hommes se battent entre eux, se disputent, sont désunis, si les hommes font passer leur intérêt personnel avant celui des autres. Le récit du déluge nous le montre, c'est à cause de la méchanceté des hommes que Dieu veut détruire sa création. Et après le déluge il invite Noé et sa succession à une vie sainte, mais aussi à une vie saine faite d'une relation juste, une relation juste au monde, une relation juste aux hommes, une relation juste à Dieu. Pour cela il est nécessaire que l'amour de Dieu vive, et se développe au sein de la communauté humaine afin qu'elle puisse devenir une communauté fraternelle et une communauté unie qui respecte cette diversité voulue par Dieu.
Alors aujourd'hui notre prière se tourne vers Dieu pour accompagner le Christ lui-même dans sa prière.
Que tous soient un, que nous soyons un, comme toi Père tu es un avec le Christ. Que nous soyons unis fraternellement dans notre diversité, dans nos couleurs différentes, dans nos expériences différentes, afin que le monde puisse croire que tu nous as envoyés.
Amen!