Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : les pèlerins dEmmaüs

Prédications








La Bonne nouvelle : un amour qui fait fi des frontières humaines   Actes 14/21-27 Apo 21/1-5 Jean 13/31-35

"Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres."
Cette parole de Jésus sonne à nos oreilles modernes comme une sorte de paradoxe. La modernité aime la nouveauté, elle la recherche en permanence et même elle a tendance à vouloir rejeter ce qui est ancien, rejeter le passé. Il faut du neuf. Ce qui relève du passé a montré son échec, son incapacité à rendre le monde meilleur.

"Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres."
D'ailleurs, cette parole de Jésus dite à ses disciples, peut-elle encore résonner comme quelque chose de nouveau ? "Aimez-vous les uns les autres."
Toutes les religions invitent à l'amour, et cela bien avant le christianisme, même bien avant le judaïsme, tant il est vrai qu'il ne peut pas y avoir de société viable s'il n'y a pas un minimum d'empathie entre les individus, si les uns et les autres ne se supportent pas.
Et entendons-nous bien, c'est à ses disciples que Jésus s'adresse : "À ceci tous vous reconnaîtrons pour mes disciples, à l'amour que vous avez les uns pour les autres."
Le commandement s'adresse donc bien aux membres de l'Église, aux disciples de Jésus. Une lecture radicale de ce texte nous invite à entendre qu'il n'engage pas forcément les fidèles à faire preuve d'amour pour les autres, ceux du "dehors". Ces "autres" sont là autour, ils sont là, les témoins, observateurs de cet amour qui se vit entre les disciples.
Ce commandement qui s'adresse aux membres de l'Église est un commandement qui n'est pas nouveau, un commandement qui n'est pas original.

Et pourtant Jésus donne ce commandement comme quelque chose de radicalement neuf. Sans doute nous faut-il le comprendre de manière différente. Le début du ministère de Paul nous donne quelques pistes.
Nous avons vu la semaine dernière comment Paul et Barnabas ont été choisis par Dieu, par l'action du saint Esprit pour annoncer l'Évangile dans le monde. Et ils sont partis avec cette force, partis avec cette Bonne nouvelle qui les avait mis debout. Et tout naturellement ils se sont tournés vers leurs semblables, ils sont allés dans les synagogues pour prêcher. Et nous avons vu comment, rapidement, ils ont été confrontés aux difficultés, aux oppositions et comment ils ont été obligés de partir, de secouer la poussière de leurs sandales et de se tourner vers d'autres, les "prosélytes" et les "craignants Dieu" et par conséquent les païens. Nous avons vu comment ce moment-là était un changement radical dans l'Évangile, quelque chose de totalement nouveau. Ils se sont tournés vers les païens, vers ceux qui étaient rejetés par la synagogue, par l'institution, ils se sont tourné vers ceux qui n'étaient pas considérés comme étant complètement purs, fréquentables, vers ceux qui de toute façon, par la volonté de la loi des hommes, ne pourraient jamais rentrer, faire pleinement partie de peuple de Dieu.

L'amour témoigné par Dieu en Jésus Christ montre là quelque chose de nouveau. Il ne se cantonne pas aux membres d'une communauté fermée. C'est un amour qui s'adresse à tous. Il s'adresse à tous les disciples, pas seulement ceux qui sont à l'intérieur de l'institution. Il ne s'adresse pas seulement aux Judéo-chrétiens, ceux qui sont circoncis, ceux qui appliquent la Loi de Moïse. Il s'adresse à ceux qui se tournent vers Dieu afin de recevoir cet amour, la grâce, la libération, une vie nouvelle.
Ce qu'il y a de nouveau dans le commandement de Jésus, ça n'est pas l'amour, c'est la définition même de ceux à qui cet amour doit s'adresser. La notion même de disciple est totalement ouverte, nouvelle. Il ne s'agit plus simplement du cercle restreint des personnes qui sont initiées à une communauté introduite, dans une communauté particulière. Être disciple, peut être vrai pour tout le monde. Nous avons vu que le fruit de la prédication de Paul était que les prosélytes et les "craignants-Dieu" avaient découvert quelque chose de nouveau. Ils n'avaient plus à se considérer comme des exclus, mais comme faisant réellement partie de tout le peuple, réellement partie de la communauté, pleinement intégrés.
Oui, la nouveauté ne réside pas dans le commandement d'amour, la nouveauté réside dans le fait que cet amour s'adresse à tous ceux qui revendiquent cet amour, qui demandent cet amour, tous ceux qui se tournent vers les disciples, tous ceux qui se tournent vers nous pour en recevoir les fruits. Derrière cette parole il y a quelque chose de complètement nouveau, Dieu ne peut plus être enfermé, Dieu ne peut plus être cantonné à la communautédes croyants, Dieu dépasse complètement toutes nos frontières.

C'est ce que nous raconte Jean dans son Apocalypse, dans ce chapitre 21. Il nous fait la description d'une nouvelle Jérusalem, d'une nouvelle ville sainte. Et si on lit l'ensemble du chapitre, (ce serait un petit peu long, car il y a beaucoup de visions,) en particulier la description de cette ville, il nous est décrit quelque chose d'improbable, une sorte d'énorme cube aux dimensions quasiment infinies pour l'imagination de l'époque. Les dimensions qui sont données par Jean nous suggèrent qu'ils vont d'une extrémité de la terre à l'autre. Ainsi la nouvelle Jérusalem est une ville qui s'étend au monde entier. La cité de Dieu couvre le monde entier. Et dans cette cité il n'existe plus de Temple, Dieu n'est pas enfermé ni enclos, mais il est présent au milieu du peuple. Il est présent avec les hommes, il demeure avec eux. Et tous ceux qui viendront vers lui seront ses peuples.
Jean dans son livre insiste. Il ne s'agit pas d'un peuple unique, un peuple dans lequel on ne devrait voir qu'une seule tête, mais ses peuples, des peuples qui viennent le rejoindre dans la diversité. Et lui ne se réserve pas à quelqu'un, il sera avec eux tous pour essuyer les larmes de leurs yeux, pour retirer la mort de leur cœur, pour soulager la souffrance. Le monde ancien a vraiment disparu. Le monde ancien c'est le monde des cloisons, c'est le monde des séparations, des distinctions, c'est le monde des exclusions et Dieu sait qu'à l'époque de l'Église primitive les exclusions et les cloisons étaient fortes, étaient étanches.

Mais en est-il vraiment autrement aujourd'hui, dans notre monde moderne, ce monde qui revendique la nouveauté ? "Oui, enfants je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres." Ainsi s'aimer les uns les autres, cela veut dire ne pas se réserver à notre petite communauté, à notre petite chapelle. Mais c'est nous ouvrir à tous, à tous ceux qui souhaitent et demandent cet amour.

Ce texte est d'un immense œcuménisme, mais d'un œcuménisme différent de celui que l'on a l'habitude de vivre. Pas un œcumènisme qui demande à ce que tout le monde rentre dans la même maison, dans la même boîte, dans le même moule, ni un œcuménisme qui demande à supprimer les différences. Non, l'amour de Dieu nous invite simplement à reconnaître les autres comme enfants de Dieu, à reconnaître les autres également dignes de son amour et de sa grâce, à reconnaître les autres dans leurs diversités, dans une expression qui peut être multiple de cette foi en Dieu. Oui, "à cela tous vous reconnaîtrons comme mes disciples" si vous êtes capables de vivre l'amour des uns pour les autres dans le respect mutuel, dans le respect des différences, dans le respect des autres, de ceux que nous avons très souvent tendance à connaître, à reconnaître, à considérer comme des étrangers. Alors des choses extraordinaires peuvent se passer. C'est ce que vont raconter Paul et Barnabas à leur retour à Antioche. Ils vont montrer comment l'Évangile de Jésus Christ peut faire une œuvre immense, simplement à partir du moment où tous peuvent le recevoir.
Amen!
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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