Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Peinture de He Qi : Nativity Glory to God  in the Highest

Prédications




Une espérance agissante qui habite tous les temps  Jérémie 33/12-17 Luc 21/25-36

Lorsque l'auteur du livre du prophète Jémémie écrit son texte, le peuple d'Israël vient de vivre l'horreur d'un siège, le siège de Jérusalem par l'armée du roi de Babylone. Le roi de Jérusalem, Sédécias (Tsideqyah = le Seigneur est justice), a été capturé et exécuté après avoir assisté au massacre de toute sa famille. Tout semble donc perdu pour le peuple d'Israël ! La promesse même de Dieu est achevée, morte. Nous sommes à la fin du 6e siècle avant notre ère. C'est la fin du royaume de Juda, après celle du royaume d'Israël. Le prophète Jémémie avait pourtant prévenu le peuple que s'il continuait à se détourner de Dieu et à pratiquer l'injustice, le malheur arriverait. Ces mises en garde lui ont valu bien des reproches, plus que des reproches même puisqu'il a subi des persécutions, un séjour en citerne. Mais ses avertissements étaient inaudibles tant ils étaient politiquement incorrects, en opposition à toute logique humaine. Maintenant la justice divine a frappé ce peuple qui a refusé de l'entendre. Israël est dispersé et il n'y a à vue humaine aucun espoir de rétablissement. Dieu a abandonné son peuple.

Non ! proclame Jérémie, décidément toujours à contre courant. Voilà qu'à partir du moment où les événements qu'il avait annoncés, ces événements catastrophiques se sont réalisés, voilà qu'il annonce le rétablissement d'Israël, qu'il appelle le peuple d'Israël à une nouvelle et folle espérance. Après avoir été longtemps un prophète d'avertissement (et non pas de malheur comme le lui reprochaient ses contemporains), il devient alors un prophète de la promesse indéfectible de Dieu. Ainsi Jérémie proclame que la promesse de Dieu est toujours valable et qu'il règnera pour toujours un descendant de David sur le royaume de Juda. Ce successeur de David sera à la fois légitime et pratiquera enfin la justice (tsedâqâh : double jeu de mots, avec Sédécias. "Justice" en hébreu n'a pas qu'un sens juridique, mais parfois un sens cosmique : équilibre, ordre). Et ce n'est plus seulement un nouveau David que le prophète annonce, mais un nouvel Israël et une nouvelle Jérusalem ; cette dernière aura pour nom véritable : "Le Seigneur est notre justice".

Au moment où il prononce ces paroles, le peuple d'Israël anéanti n'a sans doute pas vraiment la force de croire à ses paroles. La promesse proclamée par le prophète est tellement incroyable : l'amour de Dieu pour son peuple perdure au-delà des trahisons humaines et des défaites dont elles sont la cause ! Comme si la défaite d'Israël était la sienne propre que seul le rétablissement politique et spirituel pouvait effacer. Même si au fond de lui-même il continue à vouloir espérer un rétablissement. Dans son exil cela lui semble si inaccessible... La dispersion n'est-elle pas le signe que Dieu a abandonné ce peuple si rebelle à sa Parole ? Est-il encore possible d'espérer ?

Les chrétiens ont tout naturellement songé au "Christ-notre-justice" (1 Corinthiens 1/30). Pour eux, en principe, le Christ est la seule justice possible, la véritable réalisation de la promesse divine. Lorsque Luc l'évangéliste écrit son Évangile, l'Église à laquelle il s'adresse vient de vivre elle aussi des événements tout autant dramatiques. Elle a connu aussi la chute de Jérusalem et la destruction du Temple par les armées de Titus. Luc a vécu cette catastrophe, car cela représente véritablement une catastrophe. Car cela n'est pas seulement la destruction d'un système politique, pas seulement la destruction d'un peuple et sa dispersion mais c'est aussi la destruction du point central vers lequel tous les yeux et les cœurs se tournent, vers lequel toutes les prières se tournent. Le lieu même de la résidence du Dieu d'Israël disparaît. Et comme la prophétie l'a dit, c'est bien les cieux qui sont ébranlés, c'est le monde qui est détruit. Ce sont les astres du ciel, le soleil, la lune, les étoiles qui vacillent, et donc la création de Dieu dans son ensemble qui est ébranlée pour les femmes et les hommes de foi, qui pourraient, à cause de cela se laisser aller au désespoir. Mais comme le prophète Jérémie l'avait fait en son temps, c'est à l'espérance que Luc l'évangéliste appelle.

Au-delà de la persécution et de la destruction, la promesse reste inébranlable, la promesse de Dieu, celle qui déjà avait animé les enfants du peuple d'Israël, celle qui anime encore les chrétiens de l'Église naissante. "Quand ces choses commenceront à arriver, levez la tête car votre délivrance est proche". Lorsque les difficultés arrivent, il n'est pas temps de baisser la tête et de sombrer ; lorsque les difficultés sont là, il faut au contraire faire face, avancer, ne pas désespérer car la délivrance est proche. Elle est là, dans la foi que Dieu nous accompagne, qu'il est proche de nous et qu'il nous promet à tous son royaume.

Le verset 32 a posé beaucoup de questions à l'Église : "Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive". Dans la bouche de Jésus comme à l'époque, le terme "génération" n'a pas forcément le sens qu'on lui donne de nos jours. "Cette génération" ne veut pas dire "une génération d'enfants", une classe d'âge. Le vocable "génération" désigne toute l'humanité. Et très souvent l'Ancien testament parle de la génération des hommes ; c'est pourquoi dans ce verset 32 on peut entendre que "l'humanité ne disparaîtra pas avant que toutes ces choses n'arrivent". Cette déclaration ne concerne pas seulement les contemporains de Jésus, elle nous concerne nous aussi, en tout temps. Le ciel et la terre passeront, le monde (l'univers, la société...) dans lequel vous vivez, lui, passera. Mais la parole (la promesse), elle, demeurera ; et vous demeurerez aussi, si tant est que vous prenez garde à vous-mêmes, si tant est que vous ne vous laissez pas envahir par le doute, envahir par la crainte, envahir par le désespoir." Prenez garde à vous-mêmes de crainte que vos cœurs ne s'appesantissent par les excès du manger, du boire, par les soucis de la vie et que ce jour ne vienne sur vous à l'improviste".

Avec Jérémie, le peuple d'Israël à Babylone est invité à garder espoir et à croire en un retour possible en Israël, retour certes lointain mais retour certain, qui aura effectivement lieu plusieurs décennies plus tard, plusieurs générations plus tard. Avec Luc et comme pour Israël, le peuple de l'Église est encouragé à rester vigilant dans l'espérance, appelé à continuer à croire fermement que les promesses de Dieu se réaliseront.

Pour les auteurs du Nouveau testament, pour les auteurs de l'Évangile et pour l'apôtre Paul aussi, ces promesses ne se réalisent pas "dans plus ou moins longtemps", elles ne s'accomplissent pas dans un futur indéterminé, ces promesses se réalisent chaque fois que l'on se tourne vers le Seigneur et qu'on lui donne sa vie, qu'on lui remet sa vie dans la confiance, c'est-à-dire dans la foi. Et que l'on participe à la manifestation du règne de Dieu dans le monde. Oui, rester vigilant cela concerne chaque instant de notre vie, chaque moment. Car c'est à chaque instant de notre vie que nous sommes appelés à entrer dans le royaume, dans ce royaume que nous espérons et que nous attendons. Non pas une vague utopie. Mais un monde construit sur les bases de la justice de Dieu proclamée en Christ.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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