Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




Une parole pour avancer debout  Josué 24/1-18 Jean 6/60-69

Il arrive un moment où il faut choisir. Dans la vie il y a toujours des choix à faire, des choix plus ou moins difficiles, des choix plus ou moins déterminants pour l'avenir. Les disciples de Jésus sont face à un choix et ce choix leur semble difficile. "Cette parole est dure. Qui peut l'entendre ?"
Le discours de Jésus sur le pain de vie, discours que nous avons lu les dimanches précédents, remet tellement de choses en cause. La parole de Dieu est une parole qui bouscule tellement d'idées reçues, qui remue, qui bouleverse les habitudes, qui remet en cause les manières de voir et les manières de vivre. Elle est difficile à intégrer, difficile à comprendre, difficile à suivre.

Il y a des disciples qui ne le supportent pas, des disciples qui maugréent derrière son dos, qui n'arrivent pas à accepter ces paroles que le maître semble vouloir leur imposer. Ceux-là vont le quitter. Et il y en a d'autres, d'après le texte de Jean ce sont les Douze menés par Pierre, qui eux font le choix de suivre Jésus, malgré tout. Ou peut-être aussi parce qu'il ont compris que les paroles qu'ils entendent sont les paroles de vie, que ce sont les seules qui peuvent leur permettre de les conduire, même si cela les emmène sur des chemins compliqués où la facilité n'est pas la règle.

Il y a des choix à faire. C'est le même type de choix que Josué propose au peuple d'Israël alors qu'entré dans la terre promise, il touche au but.
Josué ne leur dit pas "choisissez Dieu et vous serez toujours vainqueur, choisissez Dieu et vous allez conquérir encore plus". Il leur dit simplement : regardez votre passé, regardez votre histoire, regardez comment Dieu a agi dans la vie de vos pères depuis Abraham, depuis Terah même, le père de Abraham, qui était païen. Regardez l'action de Dieu et comprenez la valeur de sa parole, comprenez la puissance de cette parole et vivez-en.
Ce n'est pas une injonction, pas même une consigne. Josué dis seulement "Moi et ma maison, nous servirons le Seigneur !" On pourrait l'entendre rajouter : "Vous, faites ce que vous voulez."
Le livre de Josué nous dit que le peuple d'Israël, comme un seul homme, va choisir de servir le Seigneur, celui qui a guidé leurs pères.

Face à la radicalité de l'Évangile, il n'en n'est pas tout à fait de même pour les disciples du Christ. Car les choses sont difficiles, compliquées même, et les paroles de Jésus sont aussi autrement plus scandaleuses.
Dans l'évangile de Jean, il n'y a pas, comme dans les autres évangiles synoptiques, d'annonce de la Passion. Il n'y a pas non plus de récit de la confession des disciples, la confession de Pierre. Aucun de ces passages clé qui parsèment les évangiles synoptiques mais plutôt un certain nombre de récits qui paraissent plus obscurs.
Par exemple ce verset 62 : "et si vous voyiez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ?..." L'évangile de Jean est écrit longtemps après les événements. Il ne cherche pas forcément à raconter une histoire à la manière dont le ferait un historien moderne. Il est une sorte de prédication qui essaye de faire comprendre à ses auditeurs quel est le sens profond des paroles et de la vie de Jésus que l'on appelle le Christ.
L'élévation, dans l'évangile de Jean, c'est toujours la croix, et elle est toujours intimement reliée à la glorification. Ce qui déroute dans ce verset 62 c'est le temps utilisé, un temps du passé alors que dans la logique de la narration on attendrait un futur : "et si vous voyiez le Fils de l'homme monter où il était auparavant ?..." Il y a une référence ici à la croix. C'est cette référence-là qui est scandaleuse et qui est dure pour celles et ceux qui entendent la parole de l'Évangile. Bien évidemment on peut assez facilement admettre que cette parole nous permette de vivre, qu'elle nous permette d'avancer. Mais par contre, comment peut-on accepter que celui qui se dit Fils de Dieu, puisse mourir de la manière dont il va mourir ? Comment peut-on accepter cet échec-là de la part de Dieu ? Comment peut-on accepter de suivre un Dieu qui vit, accepte et même revendique, un tel échec ? C'est sur la croix que la parole de l'Évangile - et en particulier ce discours sur le Fils de l'homme Pain de vie- trouve sa clé de lecture. Et c'est cela sans doute qui est scandaleux.

Ainsi contrairement au peuple d'Israël où unanimement tout le monde choisit de rester fidèle à la foi de leurs pères, dans l'Église il n'en n'est pas de même. Parce que le choix est peut-être autrement plus radical et plus difficile. Il faut l'admettre. Jésus l'admet.
Le texte de l'évangile nous dit que Jésus savait qui était celui qui ne croirait pas, qui était celui qui le livrerait. Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de prédestination. Ou plutôt cette idée de prédestination me poserait vraiment un sacré problème ! Je pense plutôt que Jésus accepte. Il admet que la radicalité de l'Évangile puisse rebuter. Il accepte que certains ne comprennent pas, n'adhèrent pas à ces paroles. Il accepte que certains ne puissent pas se mettre en route à sa suite. Il accepte aussi que parmi ceux qui le suivent, parmi ses disciples les plus proches, il y en ait qui le trahissent et qui iront jusqu'à le livrer. Au pied de la croix, il n'y a pas grand monde. Quelques femmes, et le disciple que Jésus aimait, nous dit l'évangile de Jean. Jésus sait, car il connaît la nature humaine. Il sait que cela n'est pas facile d'être disciple.

Et pourtant il en est certains, qui à la suite de Pierre, se tournent vers lui avec confiance. Ils ont compris que ces paroles, si elles sont difficiles à comprendre, si elles sont difficiles à admettre, si le chemin sur lequel elles conduisent est semé d'embûches, ils ont compris que ces paroles sont véritablement des paroles de vie, des paroles qui permettent d'avancer, de marcher debout, d'avancer libre.

Dimanche dernier je vous ai dit que la manne dans le désert c'est la torah, c'est la Loi donnée par Dieu. Et nous avons compris aussi que pour Jean l'évangéliste, lorsque Jésus dit qu'il est la chair, qu'il est le Pain du ciel, le Pain de la vie, il faut comprendre cela dans le même sens. C'est la Parole qui est la vie. "Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle".

Aujourd'hui nous sommes placés nous aussi devant cette parole. Il nous faut la manger, l'ingérer, il nous faut la digérer pour la comprendre, pour la faire nôtre afin qu'elle devienne pour nous Parole de vie et qu'elle nous aide à avancer.
Cela n'est pas simple. L'histoire du peuple de Dieu, l'histoire de l'Église, nous a montré combien parfois les tribulations ont été importantes ou ont pris le dessus. Mais ces paroles, paroles de vie, paroles de l'Évangile, elles seules nous permettent de traverser les difficultés, d'avancer. "Tu as les paroles de la vie éternelle ". Nous, nous sommes convaincus, nous savons que c'est toi qui es le Saint de Dieu".
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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