Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Mafa La vie de Jésus : la tempête apaisée
Prédications






Entre journée missionnaire et kermesse champêtre... Matthieu 5:1 à 12


J'ai appris récemment que les premiers réfugiés climatiques proviennent des Iles Carteret, en Papouasie.
Elles sont inexorablement englouties par la mer, suite à la fonte des Pôles.
Ces ''pauvres pécheurs'' ne se font du reste guère d'illusions sur l'effet des grandes conférences sur le réchauffement.
Triste monde.

Votre région, quant à elle, fait partie des trop nombreuses victimes, comment dire sans mal dire : de la modernisation, de la mondialisation ?
Et je suppose que c'est avec une distance désabusée que vous suivez certains événements, comme les Caucus nord-américains.
Qui sont à la politique ce que la Star Ac est à l'art : un brin de suspense, des kilos de paillettes et, parfois, un peu de vraie musique comme de realpolitik.

Si vous avez zappé le dernier Caucus, eh bien le verdict populaire a éjecté un candidat de chaque parti dans la course à la Maison Blanche.
L'un deux a même fini presque avant d'avoir commencé.
Drôle de monde.

Dans la méditation de l'Évangile de Matthieu que nous propose le lectionnaire, l'horizon s'est au contraire élargi en l'espace de quelques dimanches.
Certes, le candidat baptiseur - je n'ai pas dit " baptiste " a été mis hors course : ...Jean a éié arrêté...

Mais Jésus, candidat indépendant, est en phase ascendante. Même sans sondages.
Il a quitté la solitude éprouvante du désert pour une contrée plus peuplée.
Et s'il a rejoint les rives du lac de Galilée, ce n'est pas pour bronzer.
C'est le début de sa campagne ministérielle, qu'il inscrit dans le droit fil de la primaire entreprise par Jean :

Dès lors Jésus commença à proclamer :
Changez radicalement, car le règne des cieux s'est approché !

Cette entrée dans l'arène publique de Jésus s'accompagne de la constitution d'une équipe, suite à une injonction forte adressée à quatre travailleurs locaux :

Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'humains !

Pour une journée missionnaire, on peut dire que le ton est donné !

Le ton, mais sans l'impact dont témoignent trois versets par-dessus lesquels le plan de lectures a allégrement sauté.
C'est, paraît-il, une stratégie que de faire l'impasse sur certaines étapes.
Ces versets se situent à la fin du chapitre 4 :

23 Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Règne et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.
24 Sa renommée se répandit dans toute la Syrie. On lui amenait tous ceux qui souffraient, en proie à toutes sortes de maladies et de tourments -démoniaques, lunatiques, paralytiques- et il les guérit.
25 De grandes foules le suivirent, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de la Transjordanie.

C'est un peu le " Super Tuesday " dans la course à l'investiture messianique.
Je devrais arrêter là ces comparaisons hasardeuses. Mais quand même...
- Même à pied plutôt qu'en autocar, il y a visite systématique de la contrée
- Le candidat prend soin d'exploiter toutes les tribunes publiques
- Il ne néglige pas non plus les gens du peuple
- Avec une attention particulière aux personnes les plus éprouvées
- Sa renommée se répand comme une traînée de poudre
- Elle dépasse les frontières du district et même du pays
- Cela se traduit par des mouvements de foules convergeant vers lui.

Ce résumé d'activité est impressionnant.
En deux versets, on trouve pas moins de six fois l'adjectif " toute " :

Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Règne et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.
Sa renommée se répandit dans toute la Syrie. On lui amenait tous ceux qui souffraient, en proie à toutes sortes de maladies et de tourments.

On pense au slogan cher à nos Églises : " tout l'Évangile à tout l'homme ! "
Mais là ce qui frappe, c'est l'immédiateté, l'efficacitè.

On a tendance à dire que c'était caractéristique du temps messianique.
Et parfois même à ranger tout cela dans la catégorie des mythes ancestraux.

Mais à côté de nous, avec une croissance et un impact forts, il y a des Églises qui prennent au sérieux ces textes et rejoignent ainsi les gens en souffrance.
Églises du " plein évangile " et communautés issues de l'immigration.
Certes, il y a des abus ; on ne l'assène que trop.
Mais comme le dit un théologien réformé d'origine pentecôtiste :
" Le problème, c'est d'oser se lancer. Une fois qu'on s'y met, qu'on prie pour les malades, qu'on invoque l'Esprit-saint, alors il y a des choses qui se passent ! "

Cet homme s'appelle Walter Hollenweger, et il a mis au point des liturgies pour les " fatigués et chargés ", très intéressantes.
De nombreuses paroisses réformées y ont eu recours.

A vrai dire, je ne suis pas venu dans l'idée de " pentecôtiser " votre journée.
Ce n'est pas exactement ma tasse de thé.

Mais on ne peut qu'être impressionné par la façon de faire du Christ.
Et reconnaître qu'elle a valeur de modèle. C'est la raison d'être de ces résumés.

Tout le territoire de la Galilée est couvert.
Tous les besoins sont pris en compte.
Et à partir de là, des gens affluent de toutes les contrées voisines.

Même la vieille traduction Darby donne au récit une touche d'actualité :

...On lui amena tous ceux qui se portaient mal, qui étaient affligés de diverses maladies et de divers tourments...

Des gens qui se portent mal et sont affligés de divers tourments, il y en a plein !
Il vient d'y avoir le procès d'un couple surendetté qui avait tenté de tuer ses cinq enfants, il y a quelques années.
J'ai parlé des Caucus, là encore, tous ces ménages mis à la rue pour la même cause, et avec la complaisance des organismes financeurs.
Oui, des gens qui se portent mal, il y en a plein !
Et je crains que la Vallée de l'Orne ne soit pas épargnée par le phénomène.
Pour des raisons économiques, mais pas seulement.

Autre petite phrase signifiante : " ...on lui amena... "
Le phénomène déclencheur, c'est l'œuvre puissante de Jésus.

Mais " on " lui amena : il y a des personnes-relais.
Attentives à la fois aux besoins des gens et aux réponses spirituelles.

Et puis, cela signifie aussi un accueil des personnes dans leur réalité.

A Strasbourg, j'ai rencontré une communauté qui, en quelques mois, a atteint une assistance dominicale d'une bonne soixantaine de personnes.
Avec un grand mélange d'ethnies et de nationalités.

Le samedi, ils vont dans les rues et demandent aux gens s'ils ont des problèmes.
Plus de la moitié répond " oui ", et c'est le début d'un contact.
Cela pourrait paraître racoleur ou facile, mais ils s'en occupent vraiment.
Avec une simplicité qui peut nous faire défaut.

Alors bien sûr, on ne va pas capitaliser sur les problèmes des personnes.
Mais il ne faudrait pas non plus s'épargner les interpellations évangéliques.
Les questions qui nous sont renvoyées. Par exemple :
- De quels tourments les gens qui nous entourent sont-ils affligés ?
- Beaucoup se portent mal, et si on a de la peine à se porter, on en a encore plus à avancer : comment pouvons-nous faire route avec eux ?
- Comment se porter, se com-porter, se sup-porter, s'ap-porter ?
- Il ne s'agit pas de les amener à nous, mais avec nous, là où la parole libératrice du Christ est proclamée et mise en acte.
- Nos communautés dominicales, paroissiales en sont-elles ?
- Nos foyers ?
Cela me fait penser à mon vieil ami Martin, que je viens de revoir.
Il est membre des Focolari, " foyers " en italien.
Un mouvement laïque catholique qui porte le double souci de l'amour du prochain et de l'unité des chrétiens.
Ils vivent en petites communautés qui constituent d'extraordinaires foyers de rayonnement, immergés dans le quotidien.
Le même évangile peut s'incarner de façon très diverse.

Déjà tout un message dans le seul prélude aux Béatitudes.
Dans mes notes, j'ai intitulé ce point " une journée missionnaire ".
Pour ce jour, quoi de mieux qu'un modèle d'activité missionnaire ?
Dont il faut, vous l'avez bien compris, trouver les applications à nos réalités.
A vous d'inventer la vie qui va avec !

Le second point pourrait s'intituler " kermesse champêtre ".
Tout le monde est assis dans l'herbe.
Pour la première fois, le Maître s'adresse à ses jeunes disciples et aux foules.
Kermesse ou grand'messe ?
En tout cas, quel changement de rythme et de contexte !
On passe d'une activité intense à un temps d'enseignement que Matthieu présente comme le préambule de la Charte du Royaume qu'est ce long sermon.

Et pour la première fois, on passe de la description de l'activité de Jésus à sa perception de la réalité qui l'entoure :

...voyant les foules...

C'est d'ailleurs assez surprenant.
Elles sont arrivées des quatre coins de l'horizon, elles se sont mises à le suivre.
On ne sait pas pendant combien de temps, mais elles sont bien là.
" Voyant les foules. "

Il va les enseigner, mais après un temps de montée sur une hauteur.
Un temps que le grand méditant réformé Daniel Bourguet imagine silencieux.
Certainement au pas lent du montagnard plutôt qu'en foulées rapides de compétiteur.
Chacun à sa manière doit se préparer à la suite.
Le Maître est seul à l'avant.

Le rythme baisse encore, il s'assied.
Alors seulement, les disciples s'approchent, puis les foules.

Perdu dans la foule, dit-on. Anonyme, inexistant.
Pas cette fois-ci : " voyant les foules. "
Ce regard peut varier.
Regard du général sur ses troupes fidèles.
Regard du chef de parti sur ses électeurs réels ou potentiels.

La foule peut protéger, cacher du regard.
Ou oppresser, empêcher d'exister, faire barrière.

Jésus ne voit pas un bloc monolithique.
Le pluriel mis à foules indique la diversité des provenances.
En fait, pas seulement géographiques : Jérusalem, Judée, etc.

Il y a tout d'abord ce tour de force d'attirer dans une province reculée les gens de la ville de David. La logique est inversée.
Et puis, cette autre frontière encore plus infranchissable des non-juifs.
Il se joue là déjà la nouveauté radicale de la vision du Christ.
Dans cette partie du pays appelée " carrefour des nations ", le monde est présent.

Et Jésus ne distingue pas les Judéens des Syriens ou les Galiléens des Transjordaniens.
Non. Il voit des hommes et des femmes avec leurs peines, leurs attentes, leur vie intérieure et leur rayonnement.

- Il voit des gens qui subissent : ils pleurent, ils sont calomniés, insultés, persécutés.
- Il voit des gens qui espèrent, qui ont faim et soif de justice, de la justice.
- Il voit des gens qui ont une attitude intérieure profonde : pauvres en esprit, doux, purs de cœur.
- Il voit des gens qui vivent quelque chose de fort : compatissants, artisans de paix.

S'agit-il de quatre catégories distinctes ? Peut-être.
Mais les béatitudes les présentent pêle-mêle, comme dans un tissage.
Et si c'était celui dont sont faites nos vies aux uns et aux autres ?

" Voyant les foules " : nous voyant, avec la foule de nos contradictions, de nos tensions, de nos insatisfactions, de nos convictions et de nos engagements.

Le Christ voit plus loin que ce que nous sommes et essayons d'être.
Au creuset de chaque situation, il voit ce que le suivre apporte en écho.
Hériter la terre, obtenir compassion, être rassasié, être consolé, être appelé fils de Dieu, voir Dieu, recevoir le royaume des cieux !

On pourrait reprendre les éléments, établir les connexions, creuser les relations.
Mais cette simple énumération, c'est déjà très fort, très riche, très encourageant !

Le Christ voit tous les possibles, discerne tous les changements potentiels.
La foule n'est pas une masse informe et figée, nos vies ont un devenir.

Et la tonalité majeure, c'est le bonheur promis : heureux !
Les béatitudes sont déclinées en " heureux ceux qui... "
Elles se concluent en " heureux êtes-vous ! "
Oui, vous ! Nous, frères et sœurs !

Nous avons suivi le Christ lors d'une journée missionnaire et d'un temps plus champêtre, plus reposant.
Comme peuvent l'être nos activités chrétiennes en semaine et nos cultes le dimanche.

Vous êtes là dans la diversité de vos provenances paroissiales.
Dans mon ministère, je rencontre surtout des Syriens et des Transjordaniens, des gens venus d'ailleurs, de loin.

Mais suivant le Christ comme vous et moi.

Et c'est cette foule diverse que voit le Christ.
C'est à toutes et tous qu'il dit : " Heureux êtes-vous ! "
Amen !
Antoine Schluchter Prédications Prédications 2008
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