Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





L'amour (de Dieu) vient à bout du loup  Jean 10/11-18

Avant de commencer à aborder ce texte, il nous faut entendre ce préalable que nous donne Jean : " Moi seul, je suis le Bon Berger " dit Jésus. Ceci doit être posé afin que l'on ne puisse pas se tromper dans la suite !
Il n'y a pas d'autre Bon Berger, pas d'autre bon pasteur que le Christ. Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis. C'est la croix du Vendredi saint et la résurrection de Pâques qui doivent complètement éclairer la lecture de ce texte. En face du Bon Berger, il n'y a donc que des mercenaires, des personnes embauchées contre rémunération pour accomplir un travail. Et ces personnes, souvent, exercent un droit de retrait (en ces temps de grippe A c'est à la mode) quand il y a danger.

Pour comprendre ce que Jésus reproche à ces mercenaires, il faut savoir quel est l'ennemi de ces bergers qui n'en sont pas. Cet ennemi, c'est le loup. Le loup qui attaque les brebis, et surtout qui les disperse, le loup qui empêche le troupeau de rester ensemble autour du berger. Le mercenaire c'est celui qui conduit le troupeau parce qu'il en a reçu l'ordre ; c'est celui qui conduit le troupeau contre des biens matériels. Il n'est pas le propriétaire des troupeaux. Et l'on peut comprendre que lorsque survient le danger, il fasse le service minimum. En fait on pourrait presque dire, le mercenaire c'est celui qui va au maximum sauver les meubles, essayer de rassembler ce qui reste du troupeau une fois que le loup est passé.

Bien évidemment pour Jean l'évangéliste, ces mercenaires ce sont ceux qui, au Temple de Jérusalem et dans les synagogues, prétendent conduire le troupeau. Je ne pense pas qu'il faille comprendre cela comme une accusation de mauvaise volonté de leur part. Ils font ce qu'ils peuvent, les pauvres. Mais ils sont tellement attachés à l'observance stricte de la Loi, qu'ils en ont oublié l'amour de Dieu pour son peuple. Ils ne sont que des mercenaires, puisqu'il n'y a qu'un seul Bon Berger. Pour comprendre ce texte, il nous faut reconnaître cela : il n'y a qu'un seul berger, qu'un seul Bon Berger, et nous lui sommes tous redevables. En premier, celles et ceux qui prétendent conduire le troupeau. Seul le Christ peut lutter contre la violence des hommes, contre la violence du monde. Seul le Christ peut lutter contre la dispersion. Seul le Christ peut rassembler le troupeau et le maintenir rassemblé.
Cela doit nous rassurer, d'une certaine manière : nous n'en sommes de toute façon pas capables.

Ensuite, il s'agit de comprendre pourquoi ces mercenaires n'arrivent pas à être des bergers à l'image du Christ. Bien souvent, ils sont enfermés dans une vision étriquée de leur métier. Ce sont des salariés, ce sont des gens qui ont reçu une sorte de cahier des charges, en tout cas qui croient avoir reçu une sorte de cahier des charges. Pour les chefs d'Israël, en tout cas, dans le débat qu'ils ont avec l'Église, il s'agit de l'application de la Loi. Pour les prêtres et les rabbins et les pharisiens, seule l'application de la Loi permet de reconnaître qui fait partie du troupeau et qui n'en fait pas partie. Elle seule permet de rassembler le troupeau.
Et lorsque certaines brebis, par les hasards de la vie, par toutes sortes de raisons bonnes ou moins bonnes, ne peuvent pas ou ne veulent pas accomplir la Loi dans son extrême rigueur, alors ces mercenaires-là les considèrent comme étant exclus du troupeau, comme étant bons pour les loups.

Le Bon Berger a une tout autre approche du troupeau et des brebis.
Pour lui, tous sont des brebis appelées à être membres du troupeau. Tous. Sans exception. " J'ai encore d'autres brebis, dit-il, qui ne sont pas dans cette bergerie. Celles-là, il faut que je les amène. Elles entendront ma voix et il y aura un seul troupeau. "
Ainsi Jean semble dire que à la suite du Bon Berger, il peut y avoir beaucoup de brebis qui sont installées dans des bergeries diverses. Il ne faut pas enfermer ou vouloir enfermer tout le troupeau dans une seule et même bergerie.

Il n'y a qu'une seule chose qui compte, c'est l'amour. L'amour que Dieu a pour tous et l'amour que Dieu a manifesté d'abord auprès de Jésus. Cet amour a une conséquence. Cette conséquence elle nous est donnée par le seul vrai berger : le seul vrai berger dépose sa vie pour ses brebis. Ça n'est pas une sorte de sacrifice religieux, expiatoire. C'est vraiment un don. À la limite on pourrait dire en lisant le texte, que les brebis peuvent faire ce qu'elles veulent de la vie du Bon Berger. Et en effet l'histoire de Pâques nous a montré ce qu'il en était. Le véritable Bon Berger, le Christ, est celui qui veut que toutes les brebis puissent recevoir, reconnaître, accepter l'amour que Dieu donne pour tous les hommes.

Jean l'évangéliste s'adresse à l'Église. Et il interpelle les membres de l'Église ; en premier lieu celles et ceux qui sont appelés à la diriger. Il les appelle à regarder vers le seul berger et à être les témoins en actes de cet amour de Dieu pour tous.
À travers cet amour on relativise beaucoup de choses. En particulier, et cela concerne le conflit entre Jean et la synagogue, on relativise la dureté de la Loi dans son application. Car au-dessus de la Loi, il y a l'amour de Dieu pour son troupeau. Oui, nous avons tendance, parce que cela est humain, à vouloir nous enfermer dans des règles. Des règles qui façonnent notre vie, qui permettent de structurer ; mais ce sont des règles qui malheureusement nous enferment aussi quand nous perdons de vue l'amour. Et qui excluent celles et ceux qui ont besoin aussi, de l'amour des autres.
Il y a un véritable appel à la conversion, et cet appel est un appel à la conversion de l'amour.

C'est peut-être la chose la plus difficile à vivre, surtout lorsque le loup rôde.
Pourtant Jésus nous a montré que l'on pouvait affronter le loup et être vainqueur. Donner sa vie et la reprendre. Ne pas la garder comme si elle était une sorte de trésor que l'on doit égoïstement conserver pour soi-même. Mais quelque chose que l'on se doit de donner. C'est dans ce don même que la résurrection peut arriver.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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