Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Saussure : Les pélerins Emaüs
Prédications





Christ, le berger à suivre en toute liberté  Actes 2.14, 36/41 et Jean 10:1/10

Voilà un texte très connu, qui nous parle de berger, de porte et de brebis.
Il est composé d'une série de petits passages qui comparent le peuple d'Israël à ce troupeau, mais aussi à l'Église. Pour bien suivre la pensée de Jean il nous aurait fallu lire ce texte jusqu'au bout, jusqu'au verset 21.

Ce texte n'est pas très facile à aborder parce qu'il contient plusieurs paraboles qui sont comme autant de parenthèses, comme si elles étaient entremêlées les unes aux autres. En vérité, ce ne sont pas vraiment des paraboles, parce que Jean n'utilise pas le terme grec pour dire "parabole, comparaison", il utilise un autre terme qui signifie plutôt " sentence, proverbe ". Donc Jésus dans ce passage, n'essaye pas de nous parler véritablement en paraboles, mais plutôt en images ou en comparaisons. De plus, il est vraisemblable que Jean rassemble ici plusieurs textes différents avec des images différentes, des textes isolés au départ où Jésus chaque fois se compare à autre chose.

Ce qui nous fait signe de cela, ce qui nous permet de parler de la complexité de ce passage, c'est l'incompréhension que les auditeurs de Jésus expriment au verset 6. Les auditeurs de Jésus témoignent qu'ils ne comprennent pas ce qui est dit. Ils ne comprennent pas la portée des paroles de Jésus. Et Jésus est donc obligé de développer sa pensée.

Le passage, l'histoire des bergers et des brebis se poursuit jusqu'au verset 19. Et une fois que les auditeurs ont compris ce que Jésus voulait dire, alors ils cherchent à le détruire, ils pensent que Jésus déraisonne, qu'il est devenu complètement fou, ou possédé par un démon. (verset 20)
Cela veut sans doute dire que les comparaisons établies par Jésus font mouche, elles ont une véritable pertinence, en tout cas pour les responsables du peuple juif.

Il est bien évident que dans ses images ou métaphores, les brebis, le troupeau, c'est le peuple d'Israël. Cette comparaison, nous la trouvons déjà à de nombreuses reprises dans l'Ancien testament, ne serait-ce que dans ce Psaume 23 que nous avons lu au début de ce culte.
Contrairement à ce que semble dire Jésus dans ce passage, les brebis ne sont pas des animaux extrêmement intelligents. Et même si elles reconnaissent leur berger, je ne suis pas complètement persuadé qu'elles ne suivraient pas d'autres bergers s'il s'en présentait. Vous connaissez tous l'histoire des moutons de Panurge, il suffit de jeter à la mer le bélier dominant du troupeau pour que tout le troupeau aille se mettre à l'eau. Et bien souvent le peuple de Dieu, d'hier ou d'aujourd'hui ne se comporte pas différemment. Et je crois que dans cette histoire là on n'est pas très loin de cette réalité.

Donc le peuple d'Israël, le peuple des croyants, est comparé à ce troupeau de brebis qui nécessite des soins attentifs et permanents. La grande difficulté, c'est de trouver la personne qui organisera et effectuera fidèlement ces soins pour le troupeau.
C'est le berger ou plutôt ce sont les bergers qui sont au cœur du discours de Jésus.

Le berger, c'est celui qui va conduire au pâturage le troupeau, c'est aussi celui qui va prodiguer tous les soins, qui va soigner, panser les brebis blessées. C'est celui qui va faire en sorte que les brebis se portent bien ou aillent mieux pour celles qui ont besoin d'assistance. C'est sur lui que reposent le bien-être et la sécurité de tout le troupeau.

Dans cette histoire, Jésus fait la distinction entre des bergers de différentes natures. Il y a d'un côté de mauvais bergers, "des bergers pour de faux", comme disent très justement les enfants, ou des bergers "juste en apparence ", ceux qui font ça pour l'argent. Ils considèrent que leur métier de berger est un métier comme un autre, pour lequel ils sont formés et qui leur permet de vivre. Leur conscience professionnelle ne va pas jusqu'au martyr. C'est ce qu'exprime clairement le verset 10.
Et il y a ceux qui pratiquent ce métier pour l'amour authentique de leur troupeau. Toute leur vie, toute leur attention est focalisée sur la vie et le bien-être des brebis. Ceux là sont prêts à se battre et à donner leur vie pour le troupeau.

Ainsi donc, être un bon (ou un mauvais) berger, ça n'est pas seulement une question de compétence, de savoir-faire, ou de formation. Mais c'est, aussi et surtout, une question de don de soi et de désintéressement. Être un bon (ou un mauvais) berger, c'est d'abord être celui qui fait passer sa propre vie après celle de ses brebis, qui protège ses brebis au péril de sa vie. C'est celui qui accepte de mourir pour elles ; et j'aime autant vous dire, qu'à l'heure actuelle je ne sais pas beaucoup de bergers dans les Pyrénées qui accepteraient de combattre avec les armes d'alors, l'ours ou le loup lorsqu'il se présente devant le troupeau.
Jésus place la barre très haut en terme de qualités du berger.

"Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n'est pas vraiment un berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, quand il voit le loup il abandonne le troupeau". (verset 11)

Ce que ce texte nous dit, c'est qu'il n'y a qu'un seul berger possible et ce berger, c'est le Christ.
Il est celui qui seul a pu aller jusqu'au bout de son ministère, aller jusqu'au bout de son amour pour son peuple, aller jusqu'à la mort infamante de la croix.
La chose est dite ! Il n'y a qu'un seul Bon Berger. Et ce Bon Berger est Christ. Il faut bien se faire une raison, tous les autres ne peuvent être que des mercenaires qui essayeront d'une manière ou d'une autre d'imiter plus ou moins bien le travail du véritable berger.

C'est peut-être pour cela aussi que cet assemblage de textes comporte une gradation : Après avoir été le berger, Jésus se compare à la porte, (verset 9) la porte par laquelle entrent et sortent les brebis, le passage obligé entre le dedans et le dehors.

C'est ce que nous rappelle aussi Pierre dans son discours au peuple d'Israël le jour de la Pentecôte, dans ce chapitre 2 du livre des Actes que nous avons lu : il n'y a de passage possible qu'en passant par le Christ, qu'en passant par cette conversion qui nous fait regarder le Christ d'une manière différente.
Cette conversion nous permet comme nous l'avons vu dimanche dernier (Luc 24/13-35) de nous retourner, de ne plus tourner le dos à notre avenir et fuir, mais de nous tourner justement vers notre avenir qui est le Christ lui-même. Et Pierre continue en nous indiquant le chemin. Le chemin, c'est le baptême, c'est la vie au sein de l'Église, c'est l'approfondissement de la parole. C'est comme cela que l'on se nourrit, c'est comme cela que l'on peut grandir, prendre des forces.

Ce que nous dit aussi l'évangile de Jean, c'est que la porte du bercail, la porte qui est le Christ, c'est une porte que l'on peut passer dans les deux sens, pour entrer et pour sortir.

On a l'impression que ce berger laisse le troupeau aller à sa guise comme il le souhaite, en toute liberté. Et c'est bien de cela dont il s'agit. Le troupeau d'Israël n'est pas enfermé, n'est pas enchaîné au sein du bercail. Il n'avance pas dans les pâturages entouré de chiens aboyant. Le troupeau à la voix du Seigneur marche derrière lui vers les meilleurs pâturages, il va et il entre en toute liberté.

Car c'est en toute liberté qu'il écoute la parole du Seigneur. Et c'est sans doute là que ce texte nous livre une forte leçon.

Les bergers du petit bétail vous diront qu'un troupeau de moutons nécessite une surveillance permanente, qu'il est nécessaire, impératif, d'avoir des chiens parce qu'il y a toujours une brebis qui cherche à aller là où l'herbe semble meilleure, inconsciente bien souvent du danger que cela peut représenter. Et il n'est pas rare qu'une bête s'égare. Mais pour le troupeau du Seigneur, dans les déplacements des brebis qu'évoque Jésus ce n'est pas du tout de cela dont il est question. Le berger marche devant, il ouvre la voie, montre le chemin et toutes les brebis suivent, comme si librement elles ne voulaient pas faire autre chose que cela.

C'est une grande leçon pour nous. Le troupeau de brebis qu'est le peuple de Dieu n'a pas besoin d'être encadré, d'avoir des gardes-chiourmes et des chiens pour l'entourer et le contrôler. La liberté est de mise, les portes doivent servir à entrer mais aussi à sortir. Et cette possibilité d'aller et venir, cette liberté de mouvements, cette facilité de passage est une condition nécessaire et absolue pour pouvoir entendre la parole du Seigneur, pour pouvoir se tourner vers lui, se convertir et avancer vers la vie.

La leçon est surtout pour les bergers et c'est ce qu'ont bien compris les "juifs", les "chefs du peuple", tous ceux qui se prétendent "bergers" du peuple de Dieu, mais qui ne sont en définitive que des mercenaires et qui, ce faisant, n'arrivent bien souvent qu'à détourner les brebis du seul vrai berger : Christ !
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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