Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Le Logos est fait chair

Prédications





Entre ciel et terre, une déchirure.  Marc 1/1-13

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, fis de Dieu...
L'annonce de l'Évangile par l'Église prend sa source dans l'événement extraordinaire qu'est la résurrection du Christ. La croix est le lieu où Dieu en Christ accepte l'inacceptable, la mort honteuse, donnée par l'homme qui refuse de reconnaître Dieu en Jésus à cause de son péché qu'il appelle raison d'état. La résurrection est l'événement qui marque la victoire de Dieu sur ce mal. Elle est l'aboutissement, le point final et le sommet d'une démonstration, celui du ministère de Jésus de Nazareth. Le Baptême de Jésus par Jean en est le point de départ.
On peut dire je pense que ces deux événements contiennent déjà tout le message de l'Évangile. Marc assez logiquement, commence son évangile par le baptême de Jésus et par la prédication de Jean le baptiseur dans le désert. Il le termine avec la découverte par des femmes du tombeau vide.

Voici, j'envoie un messager au devant de toi, pour préparer ton chemin.
Marc l'évangéliste nous rappelle des prophéties de l'Ancien testament, du prophète Esaïe et du prophète Malachie. Il cite ces prophéties mais il transforme quelque peu leur message, celui d'Esaïe en particulier, pour en faire l'annonce du ministère de Jean le précurseur de Jésus, celui que l'Église appelle le Christ : " Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur ". Le prophète Esaïe ne met pas la ponctuation au même endroit : " Une voix crie : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ". Pour le prophète Esaïe il s'agit d'annoncer au peuple d'Israël en exil, que son retour à Jérusalem est proche. Et il envoie son messager en avant pour que les chemins de ce retour soient aplanis dans le désert qu'il faut immanquablement traverser pour passer de Babylone à Jérusalem.
Dans le texte du jour, pour Marc il s'agit de faire correspondre la parole de Esaïe avec la situation de Jean le baptiseur qui effectivement accomplit son ministère dans un désert, celui situé près de Jéricho, au nord de la Mer Morte. C'est là au bord Jourdain vraisemblablement que Jésus est venu se faire baptiser par Jean.
Mais le rappel de la prophétie d'Esaïe indique surtout que c'est bien d'une libération qu'il s'agit, proclamée par la parole de Dieu.

Ainsi l'évangile de Marc essaye de relier cet événement fondateur du ministère de Jésus à la parole de Dieu. Il s'applique à marquer très nettement dès le début de son récit que c'est à partir de la parole de Dieu qu'il faut, qu'il faudra comprendre le ministère de Jésus parmi les hommes. Et Marc s'emploiera tout au long de cet évangile que nous allons étudier cet année, à montrer que c'est toujours vers la parole qu'il faut se tourner, plutôt que vers les événements miraculeux.
À de nombreuses reprises, il insistera sur la réticence que Jésus exprime à l'égard des personnes qui l'adorent ou le vénèrent après qu'il ait accompli un miracle. Et il sera toujours très réservé vis-à-vis des personnes qui confesseront sa messianité, qui reconnaîtront qu'il est fils de Dieu sur ce seul fondement ; parce que cette reconnaissance-là ne peut se faire seulement sur la simple base du spectaculaire et du merveilleux des miracles. Cette parole et les événements qui la constituent ne peuvent se recevoir et se comprendre que lorsqu'elles sont comprises dans l'ensemble de l'Évangile, à partir de son début, le baptême, et jusqu'à sa fin, le scandale de la croix et le mystère du tombeau vide.

L'un et l'autre sont des événements difficiles à appréhender lorsque l'on considère Jésus comme étant fils de Dieu, Messie. Nous avons du mal à appréhender le mystère de l'incarnation. Comment Dieu peut-il se faire chair ? Comment Dieu peut-il se faire à ce point solidaire des hommes ? Comment Dieu peut-il venir auprès de Jean le baptiseur pour se faire baptiser d'un baptême de repentance ? Comment Dieu peut-il s'abaisser à accepter la croix ? Le Dieu que nous présente Jésus échappe à la compréhension humaine.

Mais il y a là un message central de l'Évangile. Et l'appel à la conversion.
Reconnaître que l'on est pécheur, pour l'Évangile, c'est accepter que Dieu nous échappe, c'est reconnaître qu'il y a une distance entre sa réalité et notre compréhension.
Le péché, c'est refuser cette distance. C'est vouloir maîtriser l'image que l'on a de Dieu. C'est se fabriquer des idoles pour le représenter. Plus encore c'est vouloir se mettre à sa place. Le péché par excellence, c'est le péché d'Adam et Eve, c'est le péché qui veut, en réponse au malin, au Satan, qui veut que l'on se fasse comme Dieu. Souvenez-vous ! Satan, quand il tend le fruit à Eve, dit : vous ne mourrez pas, vous serez comme des dieux.

Jésus en ces jours vint de Nazareth en Galilée pour se faire baptiser dans le Jourdain.
Au delà de la solidarité montrée par Dieu pour les hommes, Dieu veut montrer par le geste le sens profond de son Évangile. Parole de Dieu faite chair, Jésus Christ accepte cette mise en distance. Le baptême, pour Jésus, exprime son refus de s'affranchir de son humanité pour échapper au péché. Par ce geste il accepte sa propre humanité pour pouvoir regarder vers Dieu (se convertir), il accepte la différence pour vivre en conséquence pleinement son humanité. Ce n'est que dans cette distance que l'homme et Dieu peuvent se parler. Cette distance seule permet à la parole de passer.

L'évangile de Marc nous rapporte qu'au moment où il remontait de l'eau, Jésus vit les cieux se déchirer et l'Esprit comme une colombe descendre sur lui.
Il vit les cieux se déchirer... Les cieux, la voûte céleste, c'est ce qui sépare le monde créé, du monde de Dieu. Si cette voûte se déchire, c'est qu'il n'y a plus de séparation infranchissable entre l'homme et Dieu, parce que Dieu est venu habiter parmi les hommes.
Il est venu chez les hommes pour rétablir le dialogue, pour faire passer cette parole.

Des cieux, vint une voix : Tu es mon fis bien-aimé qu'il m'a plu de choisir.
Jésus est celui grâce à qui la communication est possible pour nous. La distance demeure, le Seigneur est toujours autre que nous, pas en nous, mais ailleurs. Et pourtant, il nous parle et nous pouvons lui répondre. Nous savons que sa parole n'est pas une illusion. Elle serait une illusion, si elle venait de nous, si nous pensions entendre Dieu au-dedans de nous-mêmes. La parole ne peut plus être illusoire si nous la recevons du dehors, comme un don qui nous est accordé.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
Copyright © 2007 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr