Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





Moi, Dieu et les autres   1Rois 19,14-18 Galates 5,13-18 Luc 9,51-62

Sœurs et frères, il n'est pas toujours facile d'être disciple du Seigneur. Les apôtres qui pourtant ont été choisis pour conduire l'Église, choisis pour annoncer l'Évangile, nous montrent que "être disciple" n'est pas une garantie de bien se comporter, c'est pas l'assurance de toujours bien faire. Ils étaient, eux les premiers à savoir combien cela pouvait être parfois difficile. Et dans le texte que nous venons de lire, nous voyons qu'ils se font reprendre vertement par le Seigneur parce qu'ils n'ont pas agi selon l'Évangile. Ils ne se sont pas conduits selon la Parole de Dieu. De quoi en retourne- t-il ?

Les disciples croyaient bien faire. Mais ils étaient en colère, en colère face au monde qui refusait de les recevoir pour des raisons qui n'étaient pas justes à leurs yeux. Ils voulaient demander l'asile dans un village des Samaritains, mais voilà, les Samaritains et les Juifs de Jérusalem ne s'entendent pas. Ils se rejettent. Il y a comme une sorte de racisme entre eux. Et Jésus monte à Jérusalem pour la fête, pour la Pâque. Et donc les habitants de ce village de Samarie font savoir leur opposition. Eux ils adorent Dieu sur le monde Garizim et ils n'ont que faire de ces Juifs. Bien sûr les Juifs le leur rendent bien, et ils ne se sont pas gênés de persécuter les Samaritains. Les disciples sont donc en colère parce qu'ils ne veulent pas être pris au piège dans ces querelles, qui sont des querelles stériles.
Mais voilà, leur colère va bien au-delà de ce que l'Évangile pourrait permettre. Dans leur colère ils souhaitent ni plus ni moins la destruction de ces personnes. Et ils se font reprendre sévèrement par Jésus.

Et si vous vous souvenez du récit du prophète Élie, l'histoire raconte un peu la même chose, ou en tout cas il y a quelques rapprochements à faire entre les deux. On connaît bien cette histoire. Élie se bat contre l'idolâtrie. Il se bat contre Achab et Jézabel en tant qu'idolâtres. Il veut porter la Parole de Dieu. Il souhaite que le peuple d'Israël suive cette Parole. Mais tous sont entraînés derrière les prophètes de Baal pour adorer ce dieu, pour adorer ce dieu de la fertilité, ce dieu de la pluie et de l'orage. Ils sont entraînés par ces prophètes et il y a un duel, un duel entre Élie et les prophètes de Baal. Nous n'allons pas reprendre toute cette histoire qui est un peu longue. Mais nous savons bien comment par la seule prière à Dieu, en quelques mots et malgré toutes les difficultés que Élie rajoute, Dieu entend la prière de Élie. Le feu du ciel allume l'autel du sacrifice pour le Seigneur et la pluie va finir par revenir. Mais voilà, un peu comme les disciples dans leurs propos, Élie est débordé par son propre zèle. Il est débordé par sa propre colère et il va mettre à mort les quatre cents cinquante prophètes de Baal. C'est pour cela qu'il est déprimé. C'est pour cela qu'il s'enfuit dans le désert et qu'il va dans l'Horeb rencontrer Dieu. Il se rend compte qu'il a cédé à sa colère, qu'il est allé trop loin et que la colère n'a rien résolu, bien au contraire. Elle n'a fait qu'envenimer la persécution contre lui :

19.14 Il répondit : J'ai déployé mon zèle pour l'Éternel, le Dieu des Armées ; car les enfants d'Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels, et ils ont tué par l'épée tes prophètes ; je suis resté, moi seul, et ils cherchent à m'ôter la vie.
15 L'Éternel lui dit : Va, reprends ton chemin par le désert jusqu'à Damas ; et quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël pour roi de Syrie.
16 Tu oindras aussi Jéhu, fils de Nimschi, pour roi d'Israël ; et tu oindras Élisée, fils de Schaphath, d'Abel Mehola, pour prophète à ta place.
17 Et il arrivera que celui qui échappera à l'épée de Hazaël, Jéhu le fera mourir; et celui qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le fera mourir.
18 Mais je laisserai en Israël sept mille hommes, tous ceux qui n'ont point fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l'a point baisé.

Voilà la réponse de Dieu au prophète Élie. Élie se croyait seul, Élie se croyait le héraut de Dieu, seul contre tous, un peu comme David contre Goliath. Il s'imaginait être le seul et sa colère l'a dépassé. Et voilà qu'en présence de Dieu, Dieu le place devant une autre réalité :
Il reste en Israël sept mille hommes. "Tu te crois seul, mais non. Mais non, il y a toujours en Israël des gens qui sont fidèles. Tu ne peux pas rejeter tout le monde. Tu ne peux pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a des personnes qui n'ont pas fléchi les genoux devant le dieu Baal. Et il y a plus encore, tu te crois le héraut de Dieu, mais ça n'est pas par toi que l'histoire se poursuivra. Car ainsi que j'en ai décidé, d'autres viendront et accompliront ce que j'ai décidé de faire." (cf versets 15+16)

On a souvent l'impression que tout repose sur nos propres épaules. On pense être seuls devant tous les autres. On a l'impression parfois d'être les seuls hérauts de Dieu. Et c'est bien ce qui arrive aussi aux disciples de Jésus. Ils pensent être les seuls à détenir une vérité qui leur permet tout, qui leur permet d'attirer les foudres du ciel sur ceux qui les rejettent et qui n'entendent pas leur parole. Et comme pour le prophète Élie, Dieu remet à leur place ceux qui pensent comme cela.
Nous sommes de simples serviteurs du Seigneur. Et le résultat de notre démarche, le résultat de notre prédication, le résultat de nos actions, ne dépend pas de nous seuls. Il dépend aussi et surtout de Dieu. Nous sommes appelés à un peu d'humilité devant Dieu. Non pas baisser les bras, non pas cesser d'annoncer la Parole de Dieu, non pas cesser d'annoncer l'Évangile. Mais de se placer toujours en retrait par rapport à la volonté du Seigneur. Lui seul est le maître de ce qui doit arriver.

C'est un peu à cela que nous invite l'apôtre Paul dans son épître aux Galates :
5.13 Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair ; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres.
14 Car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
15 Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres.
16 Je dis donc : Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair.
17 Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez.
l8 Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes point sous la loi.

Oui, l'apôtre Paul nous rappelle que nous sommes libres. Effectivement en Jésus Christ, par sa mort et sa résurrection, nous sommes libérés de toute contrainte. Nous sommes libérés de la Loi. Nous sommes libres, mais nous sommes libres pour vivre et annoncer la Parole de Dieu. Nous sommes libérés, libres pour annoncer et vivre la grâce que Dieu nous fait jour après jour. Si nous suivons les penchants de notre chair, de notre désir, nous aurons alors tendance à écouter nos querelles, à écouter nos colères, à nous lever les uns contre les autres, à vouloir imposer notre point de vue sur les autres. Mais en cela, nous faisons ce qui est exactement le contraire de cette parole de l'Évangile. Car la grâce de Dieu prime sur tout. Nous avons parfois l'impression d'être les seuls, d'être les seuls à croire, d'être les seuls à être justes, à être les seuls bénis de l'Éternel.
Mais non, il en reste toujours beaucoup, sans que nous ne sachions le voir. Sept mille, un nombre énorme. Le chiffre sept, c'est le chiffre de la plénitude dans la Bible. C'est donc la plénitude multipliée par mille, qui reste fidèle au Seigneur.
Et cette plénitude peut être surprenante. Elle peut se trouver parmi les Samaritains, parmi ceux qui sont rejetés. Mais elle peut être aussi parmi des gens qui sont considérés comme païens. Ainsi Élie est-il envoyé à Damas, en Syrie, en terre païenne pour oindre Hazaël qui va accomplir la volonté de Dieu.

Oui, les chemins du Seigneur nous dépassent totalement et nous ne pouvons pas les maîtriser. Aujourd'hui nous sommes réunis tous ensemble, la communauté pentecôtiste italienne et la communauté réformée de Hagondange-Maizières, issus de traditions diverses, avec des manières de louer le Seigneur totalement différentes les uns des autres. Parfois on peut être un peu agacé, on peut être un peu agacé parce que la parole des uns semble un peu trop libérale et qu'on a l'impression qu'elle prend un peu trop de liberté avec le texte biblique. D'autres peuvent être un peu agacés par ceux qui font trop de place aux sentiments dans leur manière de prier ou d'annoncer l'Évangile. Et pourtant, ce que l'Évangile dit, c'est que tous nous sommes appelés enfants de Dieu, chacun avec nos particularités, chacun avec notre identité. Il ne faut pas laminer, il ne faut pas limer ces différences. Car ce sont ces différences même qui font toute la palette du peuple du Seigneur. C'est en vivant et en exprimant nos différences dans l'amour fraternel, qu'alors, selon la Parole du Seigneur, tous verront que nous sommes enfants de Dieu. C'est en vivant dans cet amour fraternel qui respecte toutes nos différences, qu'alors tous pourront entendre une Parole de l'Évangile, chacun selon son identité.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
Copyright © 2007 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr