Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : les pèlerins dEmmaüs

Prédications








Pour vous, qui est celui que vous acclamez aujourd'hui ?   Ésaïe 50/4-7 Luc 19/28-44

Ce récit de l'entrée à Jérusalem rapporté par l'Évangile de Luc diffère sensiblement des autres évangiles. En particulier par sa tonalité moins "exubérante", moins joyeuse, surtout à la fin du passage : alors que Jésus devrait se réjouir en entendant l'enthousiasme de la foule qui l'accompagne, il pleure, amèrement sur Jérusalem.
Regardons d'un peu plus près ce texte.

Tout d'abord, et c'est une première différence par rapport aux autres Évangiles, Luc semble nous dire que la foule n'est peut-être pas aussi nombreuse que l'on a pu l'imaginer. Il parle de "toute la multitude" des disciples, c'est-à-dire celles et ceux qui accompagnent Jésus depuis Jéricho sur la route qui monte vers Jérusalem. Il ne nous montre pas une foule en liesse comme il pourrait y en avoir à l'entrée d'un roi ou d'un prince, mais des disciples qui vantent les pouvoirs miraculeux de leur maître. Et pourtant le scénario décrit est bien celui de l'accueil d'un roi. On prépare la venue de son roi. On pavoise la ville. On y fait des décorations. On prépare des discours et des slogans. La foule est rassemblée tout au long du chemin. On étale sur la route des toiles, on dirait aujourd'hui qu'un tapis rouge est déroulé, pour éviter que lorsqu'il le roi marche, la poussière se soulève et vienne salir son manteau.
Si Luc place dans son récit des éléments d'une entrée royale, contrairement aux autres Évangiles, il semble les minimiser. Ainsi s'il est bien question de vêtements mis sur la route et posés sur l'âne, Luc ne fait pas mention des rameaux agités en signe d'allégresse.

Et puis seul l'évangéliste Luc montre, parmi la foule, ces pharisiens qui tentent de faire taire les disciples. Il ne faut sans doute pas s'imaginer qu'ils viennent pour contrecarrer Jésus. Les pharisiens sont probablement membres du groupe des disciples. On sait que beaucoup parmi les pharisiens appréciaient la prédication de Jésus et le suivaient. Il y a donc ces pharisiens là qui s'adressent à Jésus pour lui dire "reprends tes disciples, ils en font trop", comme s'ils disaient "fais attention, tu vas attirer l'attention de ceux qui veulent ta tête, qui t'en veulent à toi personnellement, tu vas attirer la force publique qui n'aime pas que l'on fasse du chahut. "Jésus, dans sa réponse, les reprend : "je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront."
Et il y en a beaucoup de pierres là où ils sont. Ils sont dans la descente de la montagne du Jardin des Oliviers. Ce jardin fait face au Temple de l'autre côté de la vallée du Cédron. Il y a beaucoup de pierres, et pas seulement sur le chemin, car celui-ci passe à proximité d'un cimetière. C'est un cimetière établi en face du Temple, parce que c'est par là que le Messie doit arriver. Et ceux qui se font enterrer là, veulent être les premiers à l'accueillir quand il viendra pour la fin des temps et la résurrection des morts. Peut-être que Jésus, en répondant à la demande des pharisiens, leur dit "ce sont les tombeaux eux-mêmes, ou les morts qu'ils contiennent qui vont crier la gloire de Dieu". L'évangile de Matthieu rapporte qu'à la mort de Jésus les tombeaux se sont ouverts et les morts ont déambulé dans la ville. (Math 27/51b)

Histoire paradoxale... Et nous savons, parce que nous l'avons vu déjà plusieurs fois, que Luc aime ces paradoxes. Histoire paradoxale parce que en guise de montée triomphante vers Jérusalem, on a presque l'impression d'assister à une veillée funèbre. Quand Jésus pleure sur Jérusalem, il pense aux prophètes de l'Ancien testament, il pense à tous ceux qui ont proclamé la Parole de Dieu et qui ont été rejetés. Et le temps qui est là, le Kaïros, le moment de la manifestation de Dieu, personne n'arrive à le reconnaître : "parce qu'ils n'ont pas reconnu le temps oùtu as été visitée. "

Pour comprendre il faut reprendre ce texte du prophète Ésaïe dans son chapitre 50. C'est le troisième chant du serviteur. Dans le premier chant, le serviteur est apparu inspiré, soutenu par Dieu. Il est chargé d'un message de justice, un message d'attention à l'égard des plus faibles d'Israël, comme une révélation pour toutes les nations. Dans le second chant du serviteur nous le voyons appelé à rassembler Israël dispersé partout dans le monde, et annoncer encore une fois le salut pour toutes les nations, et le rassemblement de toutes les nations à Sion.
Évolution encore dans ce troisième chant où nous voyons le serviteur présenté comme un disciple. Le disciple est à l'écoute de la Parole de Dieu. Il est prêt à endurer toutes les conséquences que la Parole peut entraîner : "J'offre mon dos à ceux qui me battent, je tends les joues à ceux qui m'arrachent la barbe, je ne cache pas mon visage aux crachats, aux insultes. "Le prophète Ésaïe nous présente le serviteur comme celui qui sera rejeté à cause de la Parole dont il est porteur.
Il y a un quatrième chant du serviteur, et dans ce quatrième chant nous voyons, prémonition, prophétie, le serviteur pendu au bois face à la foule qui enfin s'interroge.

Pour entendre cette histoire de l'entrée de Jésus à Jérusalem, il faut avoir tout cela en tête. Jésus entre. Il accepte que ses disciples l'acclament triomphalement. Il accepte d'être retenu, reconnu comme le Seigneur. Pour la première fois l'Évangile désigne Jésus par le terme rios, "le Seigneur", qui est un terme royal mais aussi un terme divin : "Vous répondrez : parce que le Seigneur en a besoin ". Il n'est plus temps de se cacher. Il n'est plus temps de se dérober. Il est le Seigneur. Mais il n'est pas un Seigneur tel que la foule enthousiaste l'entend. Il n'est pas un chef politique, un roi qui viendrait délivrer Israël de l'envahisseur romain. C'est un Prince de paix. Il est monté sur un ânon. Il n'est pas non plus le Messie que beaucoup de gens attendent, le Messie que les pèlerins proclament par le chant de Psaumes en voyant apparaître le Temple de Jérusalem du haut du Mont des Oliviers. Il n'est pas ce Messie qui va venir bouleverser l'ordre du monde. Il n'est pas ce Messie qui va annoncer la fin de l'histoire. Il est autre chose. Il est celui qui est envoyé par Dieu. Il est Messie parce qu'il a été choisi par Dieu et oint par son esprit.
Oui, on peut l'appeler Messie, mais il est Messie comme ce serviteur dont parle le prophète Ésaïe, comme ce serviteur qui est chargé d'annoncer la Parole de Dieu. Un serviteur qui ne sera pas écouté, un serviteur qui doit être prêt à endurer la violence et le rejet des hommes. Ce serviteur sera mis à mort...... Mais dit le prophète Ésaïe, il interpellera finalement celles et ceux qui le voient pendu au bois, il les déconcertera, il les amènera à se poser des questions. Et le salut annoncé par Dieu devra ainsi passer par toute cette histoire, cet abaissement.

Oui, la fête des Rameaux est une fête paradoxale. Et cet événement, lorsqu'on le creuse un peu, nous place finalement devant cette question que Jésus a posé à ses disciples : et vous, qui dites-vous que je suis ? Cette question il faut la garder en nous tout au long de la semaine sainte. Qui dit-on qu'est ce Jésus qui est venu ? Et que faisons-nous de cette Parole qu'il nous a transmise ?
Que cela ne nous empêche pas de l'acclamer, que cela ne nous empêche pas de l'accueillir et de chanter ses louanges comme il se doit pour un Messie. Mais derrière ces louanges il nous faut constamment garder à l'esprit cette question : qui est celui que vous acclamez aujourd'hui ?
Amen!
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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