Prédications
Être reconnu-e comme juste 2 Samuel 12/1-14 Luc 7/ 36-50
Pourquoi la bible a-t-elle retenu en la personne de David une personne juste devant l'Éternel ? Pourquoi la bible nous montre-t-elle que David est pardonné alors que Caïn, un meurtrier comme lui, a été rejeté, chassé de devant l'Éternel ? Les Sages du Talmud se sont posés la question et ont longuement débattu pour arriver à cette conclusion : la grande différence entre Caïn et David, c'est que David se repend, il reconnaît devant Dieu sa faute. Il ne se plaint pas comme le fait Caïn, il ne pleure pas sur sa déchéance et sur le fait d'être chassé devant Lui, il reconnaît sa faute et accepte la sentence de Dieu.
Ainsi la grande différence, ce qui fait que l'un est reconnu comme juste et pas l'autre, c'est de se présenter devant Dieu en reconnaissant sa faute. Et nous avons là la clé de lecture de ce texte de l'Évangile que nous venons de lire.
Le texte nous présente deux personnes, il y a Simon ce pharisien, un homme pieux, un homme juste, un homme qui vraisemblablement passe sa vie à rechercher la justice, qui passe sa vie à faire en sorte qu'elle soit droite, qu'elle soit irréprochable devant Dieu. Probablement cet homme, lors des cultes reconnaît-il son péché lorsqu'il manque à la loi de Moïse et accomplit tous les rituels nécessaires. On ne peut rien dire sur la réputation de celui-ci.
Et en face, il y a cette femme. Femme pécheresse nous dit le texte. Il est vraisemblablement question d'une prostituée, et sans doute d'une prostituée sacrée, pratiquant dans un temple un culte de l'amour. C'est une femme sans doute connue, une femme qui a un certain statut social du fait même de la profession qu'elle exerce. Elle est riche, elle peut venir voir Jésus avec un flacon d'albâtre contenant du parfum, du parfum de grand prix. Mais elle est considérée comme pécheresse, elle est considérée comme parfaitement impure.
Voilà ces deux personnes en face de Jésus.
Et le pharisien s'étonne. Il s'étonne que Jésus le rabbin, le maître, ne puisse reconnaître en cette femme une pécheresse, il s'étonne que Jésus l'admette dans sa maison, à sa table et qu'il accepte qu'elle lui témoigne des signes d'amour totalement insensés et totalement incongrus dans une assemblée publique, au cours d'un repas. Et pourtant l'Évangile nous raconte que l'un, ou plutôt l'une, va repartir pardonnée de ses péchés, et que l'autre a contrario restera enfermé, lui, dans son péché.
Il y a comme un paradoxe, il y a quelque chose d'incompréhensible.
Simon est considéré comme juste par ses pairs, et sans doute qu'au regard de la loi il est juste, mais Simon ne reconnaît pas en Jésus celui qui apporte le salut. Il ne se reconnaît pas comme pécheur devant Dieu, il ne se reconnaît pas comme demandant, comme devant demander pardon pour ses péchés. Cette femme qui vient, elle, ne se fait pas d'illusion, tout le monde sait qui elle est, elle tente le tout pour le tout, elle vient quémander l'amour de Dieu malgré son péché, au-delà de son péché.
Ainsi dans cette histoire c'est encore en quelque sorte l'histoire de Caïn et de David qui se joue : l'un n'arrive pas à reconnaître qu'il est pécheur, il n'arrive pas à admettre qu'il doit son salut à un autre, qu'il doit son salut du seul amour de Dieu. Il cherchera tout au long de sa vie, de toutes ses forces et de toute sa pensée, à fabriquer, à acquérir son salut par ses œuvres, par ses agissements, par le respect de la loi.
Et l'autre, David comme la femme pécheresse, admet devant Dieu que de toute façon tout est perdu, qu'il n'y a rien à faire, on ne revient pas sur son passé ni sur la faute commise. On ne peut se présenter devant Dieu qu'en reconnaissant cette situation et qu'en quémandant l'amour. Ainsi, le salut nous est donné uniquement par cette attitude, il nous est offert uniquement par notre capacité à nous tourner vers Dieu dans la foi et dans la quête de son amour.
L'un et l'autre repartiront avec leurs péchés, le passé n'est pas effacé, simplement pour l'un-e d'entre eux un à-venir s'ouvre, un a-venir qui est placé dans le rétablissement d'une relation avec Dieu, d'une relation fondée sur la transparence, d'une relation fondée sur l'honnêteté entre l'homme et Dieu.
Amen !