
Prédications
Un avertissement pour gagner quelqu'un à Dieu. Ézéchiel 33/7-9, Mt 18/1-20
C'est un texte assez long que nous venons de lire dans l'Évangile de Matthieu. Et à vrai dire je dois l'avouer, j'en ai lu un peu plus que les versets indiqués par le plan de lecture que nous suivons habituellement. Parce que cela permet d'éclairer le passage conseillé, et de mieux le comprendre (la péricope de ce dimanche commence au verset 15).
Si ton frère a péché contre toi, va et reprends le seul à seul.
Ces quelques versets sont bien connus. Ils ont souvent servi à justifier la discipline de l'Église. Ce sont des versets qui ont retenti comme une sorte de protocole qu'il fallait suivre, pour sermonner ou blâmer, voire pour exclure certains membres de la communauté de l'Église.
Mais en fait lorsque on replace ces quelques versets dans l'ensemble du texte, et qu'on les relie vraiment au reste du texte, on se rend compte qu'un tout autre objectif est visé par Jésus.
Je pense que la clé de ce passage se trouve au verset 6 :
Si quelqu'un devait être cause de scandale de l'un de ces petits qui mettent leur foi en moi, il serait alors avantageux pour lui qu'on lui mette une meule autour du cou et qu'on le jette à la mer.
Ainsi ce passage que nous venons de lire n'est pas un passage qui présente un réglement ou une description détaillée d'un protocole d'exclusion ; ça n'est pas un texte qui invite les responsables d'Église à la sanction. Au contraire, ce passage lu à la lumière du verset 6 incite les membres de l'Église, et en premier lieu leurs responsables, à la charité chrétienne. L'avertissement qu'évoque notre texte, n'est pas pour sanctionner. L'avertissement ne consiste pas à rejeter. L'avertissement est toujours là pour gagner quelqu'un à Dieu, pour le convertir à l'amour de Dieu.
Ainsi, si on lit attentivement ce texte du verset 15 à 18, on se rend compte que l'excommunication qu'on croyait y entendre, n'en n'est pas véritablement une :
"S'il refuse d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen, un collecteur de taxes".
Et nous savons quelle était l'attitude, de Jésus envers les païens et les collecteurs d'impôts : une attitude de charité, une attitude d'annonce de l'Évangile.
Considère-les comme des païens et des collecteurs d'impôts, cela veut dire considère ceux-là comme des personnes à qui tu dois annoncer l'Évangile. Comporte-toi comme le berger du troupeau qui a perdu une brebis et qui va faire tout ce qui est en son pouvoir pour partir à sa recherche et gagner, retrouver cette brebis partie qui pourtant a encore sa place dans le troupeau.
Matthieu quand il écrit cet Évangile s'adresse à une Église déjà constituée, une Église faite de pâte humaine, d'hommes et de femmes qui agissent dans la vie comme des hommes et des femmes. Il nous donne une petite piste à suivre au début de ce chapitre :
A ce moment même les disciples vinrent demander à Jésus : qui est le plus grand dans le royaume des cieux ?
Tout part de là... Les disciples se comportent entre eux, et par rapport à Jésus dans une sorte de compétition : qui sera le plus grand ? Qui sera le plus fort ? Qui est celui qui va commander dans l'Église ? Matthieu, en nous rappelant ce petit passage, indique quelle est la vraie cause des maux dans la société humaine. Et bien évidemment aussi dans l'Église. C'est cette compétition permanente qui est cause d'injustice, qui provoque le scandale, la chute des plus petits.
Aujourd'hui nous sommes invités par l'Évangile non pas à fermer, non pas à lier, mais bien au contraire à ouvrir, à ouvrir les portes du ciel et à délier. Ça n'est pas simplement une invitation, c'est aussi une injonction, j'allais dire... presque un commandement de Dieu.
C'est le prophète Ézéchiel qui nous le dit : si tu te tais, si tu n'avertis pas ton prochain, si tu n'incites pas ton prochain à revenir sur ses pas, à se convertir, alors s'il chute, c'est toi qui sera responsable de sa chute.
Nous aussi comme le berger du troupeau nous sommes responsables des uns et des autres, nous sommes responsables de leur avenir spirituel. Pas seulement de nos enfants, mais de tous ceux qui nous entourent. Cette responsabilité, nous sommes invités à la vivre dans l'amour de Dieu, cet amour qui est aussi pour nous une force.
Amen !