Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




La femme adultère   Philippiens 3/8-14 Jean 8/1-11

Les versets de l'Évangile de ce jour m'ont fortement rappelé un stage de formation, que j'ai eu l'occasion de suivre dans mon cursus d'éducateur sportif. Même si le formateur n'en avait peut-être pas conscience, les passerelles entre ce stage et le texte d'aujourd'hui sont tellement évidentes que je m'autoriserai à vous en présenter, dans un premier temps, un petit résumé.

Tout d'abord, il nous a été rappelé que toute personne est unique. Chacun d'entre-nous est né à une époque, à un endroit, dans un environnement, dans une famille qui lui sont propres. Pour chacun d'entre nous, notre cadre de référence, c'est-à-dire notre vision des choses, des gens, est donc également unique. De ce fait, une première grande erreur, qui est pourtant un réflexe universel, est de porter un jugement sur quelqu'un. Comme nous ne pouvons jamais complètement appréhender le cadre de référence d'autrui, porter un jugement sur quelqu'un est, dans l'absolu, impossible. De plus, toute critique peut constituer, pour celui qui la reçoit, une véritable agression de son cadre de référence, avec toutes les conséquences que cela peut impliquer. Ainsi, prenons l'habitude de remplacer nos jugements par de la compréhension, ouvrons notre cadre de référence, écoutons, soyons bienveillants, acceptons la différence. Le verset 37 de Luc 6 va bien dans ce sens : "Ne jugez point et vous ne serez point jugés. Ne condamnez point et vous ne serez point condamnés".

Le deuxième point important est de veiller à ne jamais manquer de respect. Manquer de respect à autrui, mais aussi manquer de respect à soi-même. Sachons par exemple dire non, sans faux alibi, sans sentiment de culpabilité. Nous donnerons ainsi de la valeur à nos oui et nous ne permettrons pas aux autres de faire de nous ce qu'ils veulent. En ne jugeant pas, en ne manquant pas de respect, nous pourrons évacuer notre peur du jugement des autres, notre sensibilité à la critique et nous pourrons augmenter notre confiance en nous. Ceci ne veut toutefois pas dire suppression de tout esprit critique. En effet, lorsqu'il y a agression du cadre de référence, le comportement en question ne doit pas être toléré. "Si ton frère a péché va et reprends-le entre toi et lui-seul ; s'il t'écoute, tu as gagné ton frère" nous dit Jésus au verset 15 de Matthieu 18. Entretenons donc notre esprit critique et devenons chacun notre propre juge pour nos actes, nos paroles et nos pensées. Un homme devient un homme lorsqu'on le regarde avec le respect qui est dû à l'homme. Un homme devient un adulte lorsqu'il s'est libéré du regard des autres et qu'il se sent lui-même responsable de ce qu'il fait, de ce qu'il ne fait pas et de ce qu'il laisse faire.

Le troisième point important, et je terminerai par là, est que, pour être l'acteur de notre propre vie et pour pouvoir devenir ce qu'en fait nous sommes, nous avons besoin d'amour. Et plus nous en donnons, plus nous pouvons en recevoir. Et lorsque les signaux sont sincères, personnalisés, déintéressés, justifiés, bien dosés, ceci ne peut faire que du bien. Là aussi, le verset 12 de Jean 15 peut être rappelé : "C'est ici mon commandement, aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés". Et il n'est pas coûteux d'être généreux à ce niveau car de tels signaux sont gratuits, inépuisables. "Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai" nous dit Jésus "n'aura plus jamais soif et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle". L'amour du prochain donne la preuve qu'on a conscience qu'il existe du positif dans chaque être humain. Et le savoir, c'est déjà un peu le trouver. Bien entendu, la perfection n'existe pas. En théorie, il y aurait même une limite, évaluée à un minimum de 5% d'ombre non supprimable chez chacun d'entre nous. Dans l'absolu, personne ne peut donc être parfait. Ainsi, la Bible dit vrai lorsqu'elle nous dit que "personne ne peut être trouvé juste par la loi". Mais, comme l'annonce Paul, "la justice ne vient plus de la loi, mais elle s'obtient désormais par la foi en Christ ". Christ est en effet venu introduire le temps de la grâce, inconditionnelle.

Revenons donc à l'Évangile de ce jour.

Jésus s'en était allé à la montagne des Oliviers pour y passer la nuit. On peut penser qu'il était alors en prière, seul avec son Père. Ceci doit nous rappeler la nécessité, pour chacun d'entre nous , d'une telle relation, toute personnelle, avec Dieu. Ceci doit également nous rappeler toute l'importance de la prière. Au point du jour, Jésus revient au temple pour enseigner. Et le peuple répond présent. Pour être au plus près de ses auditeurs, à leur portée, Jésus n'hésite pas à s'asseoir parmi eux. Jésus prend donc le temps de dispenser l'enseignement utile, sachant toute l'importance d'un tel ministère. Il en est encore ainsi dans toutes les assemblées locales, comme la nôtre ce matin.

Jésus est alors interrompu dans son enseignement par les scribes et les pharisiens, qui lui présentent un "cas", une femme surprise en flagrant délit d'adultère. En fait, je ne crois pas que cette femme les intéressait, ni même la stricte obéissance à la loi, qui exigeait que l'homme et la femme soient mis à mort. Ce qui comptait pour ces scribes et ces pharisiens, c'était avant tout de tendre à Jésus un piège embarrassant. Le mettre soit en opposition avec lui-même, soit en contradiction avec Moïse. Si Jésus approuve la condamnation à mort, il dément son ministère de miséricorde et, de plus, ses adversaires peuvent l'accuser de désobéissance devant les autorités romaines, qui seules avaient le droit d'infliger la peine capitale. Si Jésus refuse que la femme soit lapidée, il s'oppose à la loi de Dieu. Mais y a-t-il opposition entre la loi et la grâce ? Jésus donne lui-même la réponse au verset 17 de Matthieu 5 : "Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir". Si les exigences de la loi ne sont pas remplies, il s'ensuit la condamnation du coupable. Mais Jésus est venu pour en accomplir les contraintes et en subir lui-même la condamnation.

En amenant cette femme surprise en flagrant délit d'adultère, les scribes et les pharisiens pensaient tenir un argument irréfutable. Mais Jésus ne leur répond pas immédiatement. En se baissant, il écrit sur la terre. Que signifie cette attitude du Seigneur ? Dieu avait autrefois écrit de son doigt les deux tables de la loi, avant de les donner à Moïse. Si celui-ci ne les avait pas brisées en descendant de la montagne, le peuple, tombé dans l'idolâtrie avec l'adoration du veau d'or, aurait été détruit sur la base de cette loi qui le condamnait. Mais Jésus est venu sur la terre écrire autre chose que la condamnation. Il a marqué sur le sol de ce monde les traces du chemin de l'amour. La première écriture de Jésus aboutit à cette déclaration que le juste parfait a seul le droit de condamner. La deuxième écriture amène le pêcheur repentant en contact direct avec celui qui seul peut faire grâce.

Comme la lumière éclaire instantanément tout ce qu'elle rencontre, les paroles du Seigneur ont un effet immédiat. Jésus n'a pas eu besoin de parler davantage aux scribes et aux pharisiens. Leur conscience plaidait contre eux-mêmes. Tous se retirent donc, bien que Jésus ne les ait pas chassés. Lorsque la lumière divine, par la parole de Dieu, atteint nos consciences, nous avons deux possibilités : soit partir, et demeurer sous le poids de nos péchés ; soit rester, et recevoir la grâce que Jésus apporte.

Celle qui se sait coupable est maintenant en présence de celui qui seul a le droit de condamner. C'est là que la grâce divine voulait l'amener. Une nouvelle phase peut donc commencer. Le régime de la loi avait démontré la totale incapacité de l'homme. Dès lors, un nouveau régime allait être instauré, celui de la grâce et du salut par la foi. Le Seigneur ne condamne pas celle qui se sait coupable. Mais, par une parole d'une extrême sobriété, il lui fait prendre conscience de sa responsabilité en face de son amour.

Pardonner, ce n'est donc pas dire : "on efface tout, comme si rien ne s'était passé". Mais c'est faire en sorte que celui ou celle qui fait le mal n'en soit plus l'esclave. C'est l'aider à se libérer de ce mal qu'il fait et à marcher sur le chemin de l'amour authentique. C'est l'ouvrir à l'espérance d'un autre possible et d'un futur ensoleillé, qui libèrent de la nuit du passé. C'est d'ailleurs ainsi que Dieu pardonne à chacun d'entre nous. Amen!
Frédéric Orth Prédications Prédications 2010
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