Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Annonce aux bergers De Saussure
Prédications





La fin des temps, ou le jour qui approche És 2/1-5 Rom 13/11-14 et Matthieu 24/37-44

En ce premier dimanche de l'Avent, nous avons lu trois textes, trois textes qui nous parlent de la fin des temps, trois textes qui nous invitent à préparer cette fin des temps. Et chaque jour nous en approche.
Certains groupes religieux font de la fin des temps un des fondements de leur propagande, une sorte de fond de commerce. Ils n'ont pas de peine à montrer les signes avant-coureurs de sa venue : "Convertissez-vous ! La fin du monde est proche, regardez les bouleversements qui s'y montrent ", les entend-on clamer. Nos Églises heureusement sont restées réservées sur ce sujet. Pensez donc! Pour les chrétiens, cela fait deux mille ans que la fin du monde est attendue. Deux mille ans que l'Église espère le retour du Seigneur et prie : "Maranatha! viens Seigneur Jésus".

Bien souvent, cette fin des temps fait peur, elle est montrée comme quelque chose de cataclysmique. Et c'est bien le terme qui est utilisé dans l'Évangile que nous avons lu ce matin, dans l'évangile de Matthieu où Jésus parle de la fin des temps comme de l'arrivée d'un cataclysme (Mt24/38). En effet, à cette époque, avant le cataclysme (le déluge), les gens mangeaient et buvaient, se mariaient ou donnaient leurs filles en mariage, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche.
Mais le prophète en Israël, Ésaïe, préfère, lui, en révéler l'aspect positif. Il annonce la fondation d'un monde nouveau, la fondation d'une nouvelle Jérusalem, lieu de rencontre pour tous les peuples de la terre, lieu où Dieu lui-même demeure.
L'apôtre quant à lui, animé du souci pour ses frères, les exhorte, nous exhorte à nous préparer à cette fin des temps, à cette révolution universelle promise par le Dieu de Jésus Christ, ce temps promis par tous les prophètes de la Bible, ce temps où Dieu doit régner sans partage.

Prenons d'abord le texte de l'Évangile. Jésus nous promet dans ce passage, des bouleversements terribles, des cataclysmes. C'est le mot qui est utilisé en grec dans ce texte pour parler du déluge : il y aura des cataclysmes. D'une certaine manière aujourd'hui nous vivons des cataclysmes comme au temps de Noé. Nous voyons, comme au temps de Noé, comme au moment du déluge, le monde courir à sa perte, le monde risquer chaque jour sa destruction. Et pourtant, les gens mangent, boivent, se marient, donnent leurs filles en mariage. Comme au temps de Noé, les hommes le feront jusqu'au jour où Noé entrera dans l'arche. Notre monde le fait sans doute avec plus de cynisme qu'à l'époque de Noé. Notre monde considère que Dieu n'existe pas, qu'il n'est pas présent dans le monde, que la foi est fariboles, qu'il faut donc profiter de la vie, et ne compter que sur sa propre intelligence.
Mais il apparaît chaque jour de manière plus forte que ça n'est pas l'intelligence de l'homme qui prend le dessus, mais sa cupidité, sa volonté de puissance, sa volonté de richesse, sa volonté d'une vie égoïste. Et que cette vie égoïste, cette manière égoïste de voir le monde entraînent l'injustice, la violence, la guerre et la destruction du monde.

Au dix-neuvième siècle, le siècle des Lumières, le siècle où la technique et la science devaient prendre le dessus, certains philosophes pensaient qu'enfin le monde serait débarrassé de l'obscurantisme de la religion, des violences religieuses et de l'intolérance, et qu' enfin l'humanité allait entrer dans une ère nouvelle.

Ils avaient la vision d'un monde nouveau, qu'ils imaginaient comme la venue d'une sorte de " paradis " de la science et de la raison. Et pourtant !
Pourtant la science et la raison ont servi à préparer de nouvelles guerres, avec une redoutable efficacité, des guerres mondiales, des pogroms et des génocides planifiés rationnellement. La raison économique a servi à justifier le pillage immodéré de la nature.
Et nous voilà aujourd'hui dans un monde qui semble être encore plus abandonné de Dieu. On pourrait se dire que l'évangile de Matthieu a raison de nous prévenir et de nous dresser un tableau si sombre.

Heureusement qu'il y a Ésaïe. Heureusement qu'il y a ce prophète qui nous annonce qu'après ce temps de malheurs et de destructions, un monde nouveau se prépare. Qui nous annonce que la fin des temps, c'est la promesse d'un monde dirigé par Dieu. Ou plutôt, d'un monde dont Dieu est le centre, vers lequel tous les hommes convergeront.

Car la Bible ne nous présente jamais le monde comme étant un royaume dans lequel Dieu règne en despote. Le Dieu dont parlent les Écritures est un Dieu qui semble, le plus souvent, être absent, c'est un Dieu en retrait. C'est un Dieu qui laisse la place à sa création. Un Dieu qui laisse la place à l'homme.
C'est un Dieu qui veut que l'homme soit adulte et qui, comme un Père, veut que ses enfants puissent choisir et marcher "debout" dans la vie. C'est un Dieu qui laisse l'homme libre de son choix et responsable de l'usage qu'il fait de son intelligence. Ce Dieu n'est pas un marionnettiste qui dirige les hommes, c'est un Père qui espère que tous les peuples viendront vers lui.
Nous devons accepter que Dieu semble être absent de ce monde. Il semble être absent de ce monde parce qu'il ne veut pas s'imposer, occuper toute la place. Il veut nous laisser la place à nous, la place d'être des femmes et des hommes adultes et responsables.
Cette responsabilité peut sembler difficile à appréhender. Elle suppose que l'homme sache dominer ses instincts pour s'humaniser. Et surtout accepter que le Dieu "absent" soit le centre de la création vers lequel il lui faut se tourner. Accepter de se décentrer pour pouvoir occuper sa place dans la création.

Les grands philosophes des Lumières qui ont voulu nous apprendre la liberté, qui ont voulu nous apprendre la raison, ont placé l'homme au centre du monde et les guerres, la violence, la haine n'ont pu être évitées. Ces valeurs portées par les philosophes ont même parfois été utilisées pour justifier ces dérives violentes.
Les Écritures nous montrent une autre voie.
Elles décrivent les hommes comme des enfants qui toujours ont besoin d'apprendre, besoin de grandir à l'ombre de l'amour de Dieu, de l'amour d'un père qui discrètement nous montre le chemin, nous aide à avancer.
C'est ce que dit l'épître de Paul aux Romains : Prenez les choses au sérieux, vous savez en quels temps nous sommes ! Et lorsque Paul écrit, déjà les persécutions commencent à poindre, déjà les premiers chrétiens sentent que les difficultés vont arriver. Certains pensent que la fin du monde va venir bientôt. Il y en a même parmi eux qui s'arrêtent de travailler, qui ne se marient pas, qui s'arrêtent de vivre parce qu'ils disent "voilà, nous y sommes, la fin du monde est là ! " Paul sent bien que ça n'est pas exactement comme cela qu'il faut comprendre les choses. Il sent bien que la fin du monde n'est pas pour tout de suite.

Lorsque nous le lisons avec deux mille ans de recul, nous voyons combien il avait raison : Le moment est venu de vous réveiller de votre sommeil.
Si on prend le texte grec traduit dans un littéralisme un peu poussé, il faudrait dire "le moment est venu de ressusciter de votre sommeil", puisque le mot est le même : en grec, ressusciter, c'est se relever, c'est se réveiller.
En effet, le salut est plus près de vous maintenant qu'au moment où nous avons commencé de croire. Le salut n'est pas une réalité lointaine, une réalité inaccessible, une réalité que nous ne pouvons pas percevoir. Le salut est près de nous. Le salut est à portée de main.

Contrairement à tout ce que vous pouvez penser et croire, la nuit est avancée et le jour approche. La fin des temps n'est pas exactement ce que les hommes imaginent. Elle n'est pas un bouleversement qui va détruire ce monde pour nous transformer en petits angelots dans un ciel improbable. Rejetons les actions qui se font dans l'obscurité. Prenons sur nous les armes qu'on utilise dans la pleine lumière. Le royaume est là, près de nous. À nous d'y entrer de plain- pied en nous convertissant, c'est-à-dire en nous décentrant et en nous tournant vers Dieu, vers sa parole. En nous conduisant comme des femmes et des hommes relevés de la nuit, entrant dans la lumière. Gardons-nous de tout ce qui fait le mal dans le monde. Revêtons-nous de tout ce que nous offre Jésus Christ le Seigneur. Ainsi, le royaume de Dieu se manifestera pour tous les hommes.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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