Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : Méditation 3
Prédications







La loi du Tout Autre  Dt 11: 18-32, Rm 3: 21-28, Mt 7: 21-27

Quand on lit cette série de textes, on ne peut pas s'empêcher de penser qu'ils sont bien durs pour l'homme. On ne peut pas non plus s'empêcher de penser qu'en quelque sorte il n'y a pas tellement de différence entre la religion qu'ils proposent et toutes les religions que nous connaissons partout dans le monde.
En effet, je ne connais pas de religion, d'idéologie qui nous proposerait de bâtir notre vie sur des bases instables. Bien au contraire, toutes les religions revendiquent le meilleur savoir-faire. Et Dieu sait qu'en cette matière, la concurrence est dure !

Aussi, l'homme dont nous parlent ces textes a de quoi ne plus savoir où aller, où donner de la tête pour bâtir sa vie avant la tempête.

Il faut bien constater que le christianisme n'apporte pas grand-chose de neuf par rapport aux philosophies ou aux autres religions. Toutes prônent l'amour du prochain, toutes disent qu'il faut être humble en toute circonstance, toutes disent qu'il faut être tolérant, même si parfois elles ne vivent pas vraiment ce qu'elle recommandent.Toutes enfin invitent à vivre selon une hygiène de vie, dans un sage équilibre.
Bref, la parabole que Jésus raconte à son auditoire pourrait avoir été prononcée par de nombreux prophètes. Il est d'ailleurs fort probable que Jésus a puisé dans un catalogue d'histoires qu'il connaissait, des histoires qui se racontaient depuis les temps lointains.

En fait, pour trouver des différences entre ce discours de Jésus, de Paul, ou même du Deutéronomiste, et le discours philosophique ou religieux général, il nous faut les replacer dans l'ensemble du discours évangélique. Et quand on parle du discours évangélique, celui-ci commence avec la loi et les prophètes.

En effet, la particularité de l'Évangile ne réside pas dans l'affirmation abrupte de règles communes qui fondent la société humaine, ces règles qui nous permettent d'exister sans trop de violence, sans trop de heurts. Mais dans l'invitation faite à celui qui les entend, à prendre du recul. Recul qui doit nous permettre de garder toujours ouverte une relation positive à l'autre, et en premier lieu, à celui qui est le Tout Autre, Dieu lui-même.

Ces textes ne font que nous rappeler que toute société a besoin de lois, comme toute équipe de football a besoin de règles pour pouvoir jouer.

Toute société a besoin de règles et de frontières pour exister. Mais celles-ci ne doivent pas être causes de conflits ou de rejets. Et de fait, si nous lisons l'Évangile, et en particulier si nous lisons ce sermon sur la montagne dont notre texte clôt le discours, Jésus, toujours, condamne ce qui enferme, ce qui exclut, que ce soit dans le domaine social, politique, dans le domaine religieux aussi, au point qu'il invite même parfois à la transgression des règles si cela est nécessaire. Il prend le parti de ceux qui, à cause de ces règles bien souvent se trouvent marginalisés, les femmes, les enfants, ceux qui sont considérés comme pécheurs, (impurs,) ceux qui sont exclus parce qu'ils sont étrangers.

Ainsi pour Jésus, les règles n'existent pas pour être supprimées en tant que telles ou pour être transgressées à la légère, mais elles existent pour être source d'identité, d'enrichissement, pour permettre la rencontre de l'autre dans une parole échangée. Et c'est bien de cela que nous parle le Livre du Deutéronome. Tu inscriras les lois que je te donne... Tu inscriras ma loi... La loi n'est pas seulement le Décalogue. Elle n'est pas seulement les 613 commandements que l'on trouve dans le Lévitique. Non, c'est toute la parole de Dieu qui est cette loi. Cette parole, dès qu'elle est prononcée, fonde et marque cette distance, cette séparation qu'il y a entre l'homme et Dieu. Cette distance qui permet à l'homme de tutoyer Dieu, de lui parler comme à un autre, comme à un père. Cette distance qui permet à l'homme d'exister. De la même manière qu'il faut toujours une distance entre les hommes, pour qu'ils existent les uns par rapport aux autres.
Ainsi, inscrite sur le bras, sur le front, sur les montants de la porte, la loi de Moïse, ne doit pas être simplement une marque, un suivi servile des commandements, elle doit être le rappel que l'homme n'existe pas pour lui-même, qu'il existe en fonction des autres, et en premier lieu en fonction du Tout Autre, ce Dieu qui fait exister tout être humain par son altérité.

On peut alors comprendre les bénédictions et les malédictions dont il est question dans notre lecture du Deutéronome au verset 26. La malédiction, c'est celle de l'homme qui érige d'autres dieux que le Dieu de l'altérité. Bien souvent cet homme s'érige lui-même en Dieu. Et c'est bien évidemment cette idolâtrie-là qui entraîne la violence, qui entraîne la haine. Ainsi, il ne s'agit pas seulement d'accomplir à la lettre un catalogue d'obligations ou d'interdits, mais de comprendre que nous ne sommes pas, que nous ne pouvons pas être libres sans que les autres eux aussi soient libres.

C'est bien cela aussi que nous rapporte Paul dans son épître aux Romains. Ce chapitre 3, c'est le cœur même de cette épître. Dans les deux premiers chapitres, Paul montre bien combien il est impossible, naturellement, pour l'homme, d'accomplir la loi de Dieu. Car toujours son égoïsme prend le dessus. Car toujours il cherche à dominer l'autre. Car toujours aussi, il cherche à utiliser Dieu pour son propre profit.

Ainsi nous comprenons quelle est l'image rédemptrice du Christ. Jésus est venu comme étant celui qui plaçait toujours l'autre dans sa différence, qui plaçait toujours Dieu dans son altérité, qui a accepté de souffrir la violence des hommes, qui a accepté d'aller jusqu'à la croix et qui a ainsi montré la véritable liberté du croyant, celle qui accepte de se donner aux autres pour le salut de tous.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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