Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : Méditation 3
Prédications







Proclamer la parole de Dieu envers et contre tout  Jérémie 20:10-13 et Matthieu 10: 26-33

Le prophète Jérémie est ce qu'on pourrait appeler un révolté. Il ne peut s'empêcher d'élever la voix contre les dirigeants du peuple d'Israël. Il ne peut s'empêcher de crier bien haut ce qui le scandalise. Sans en calculer toujours les conséquences.

Au moment où Jérémie adresse cette prière à Dieu, il vient d'être attaché au gibet par le prêtre Pashehour (Jr 20 v. 2) ; livré à l'ironie, à la moquerie et même aux insultes du peuple, il est dans le carcan, exposé à la foule. Et c'est dans cette posture qu'il se tourne vers Dieu pour se plaindre.

Il faut savoir, (c'est le début du livre du prophète qui nous le dit) que Jérémie ne voulait pas de cette parole, il ne voulait pas être prophète, il ne voulait pas prendre ce risque-là. Manque de chance pour lui, Dieu l'a poussé, Dieu lui a mis la parole dans la bouche et Jérémie n'a pas pu s'empêcher de parler. Et cela ne fait que lui attirer une foule d'ennuis !
Le fondement de sa parole n'est pas scandaleux pourtant ; il ne fait que proclamer qu'il vaut mieux mettre sa confiance en la parole de Dieu plutôt que dans la sagesse des hommes. Que seul celui qui vit sa vie dans la confiance en Dieu peut vivre sereinement. Mais il le dit à des chefs du peuple qui ont choisi de suivre une politique vouée à l'échec. Qui ont choisi de passer des alliances contre-nature dans les conflits entre les puissances. Israël depuis toujours et encore maintenant, est situé à un point stratégique du monde, excitant la convoitise des uns et des autres.
Et voilà que les chefs du peuple d'Israël font les mauvais choix politiques, en tout cas mauvais aux yeux de Jérémie. Les chefs ont choisi de jouer la carte de l'Égypte contre Babylone. Et inlassablement, Jérémie proclame partout que ce choix est mauvais, qu'il était plus sage de se soumettre à Nabuchodonosor. Et bien sûr, en disant cela, il est considéré comme un renégat, comme un traître à sa patrie, comme quelqu'un qu'il faut éliminer.

Jérémie se plaint. Il ne veut pas prononcer cette parole folle, cette parole qui ne peut pas être entendue, cette parole qui ne lui attirera que des ennuis. Mais il ne peut pas non plus s'empêcher de parler, il est révolté. Il a en lui cette soif absolue de vérité, cette vérité qu'il faut proclamer envers et contre tout.

C'est un peu ce rôle là que Jésus exige de ses disciples. Ils doivent être ceux qui proclament la parole de Dieu haut et fort dans le monde. Ils doivent être des vigies, des vigiles plutôt faudrait-il dire. Ceux qui doivent veiller et dire l'injustice du monde, la folie des dirigeants, cette folie qui entraîne la violence, cette folie qui entraîne tous les désordres. Et cette parole là n'est pas facile à prononcer, elle va à l'encontre de ce qu'on appelle communément la pensée unique.

Dénoncer l'injustice sociale et affirmer qu'elle est due à une économie totalement débridée qui jette sur le bas-côté des foules de pauvres, c'est risqué et compromettant, cela entraîne des ennuis. Au mieux, on vous traite de fou, on considère que vous n'avez de toute façon rien compris, que vous ne pouvez rien comprendre à l'économie, que vous n'êtes pas capables de fournir des réponses.
Mais l'évidence de Dieu, l'évidence du cœur n'est pas l'évidence du porte-monnaie, et les disciples sont donc appelés à proclamer la parole de Dieu : " Mettez votre confiance en Dieu plutôt qu'en les hommes. Pas un seul cheveu de votre tête ne tombera sans qu'il le sache. "
Le disciple, comme le prophète, est placé devant un cruel dilemme : proclamer la parole de Dieu, la parole que Dieu lui a mise dans le cœur, ou se renier lui-même. Et dans un cas comme dans l'autre, c'est la mort qu'il risque ; soit l'élimination de la part de ses ennemis, soit cette mort intérieure qui fait que l'on ne peut plus exister à partir du moment où l'on ne vit pas conformément à sa conscience. Il ne faut pas comprendre autrement le début du passage que nous avons lu : " Tout ce qui est caché sera découvert ; tout ce qui est secret sera connu. Ce que je vous dis dans l'obscurité, répétez-le à la lumière du jour ".

Bien sûr Jésus s'adresse à ses disciples. Mais il s'adresse aussi à nous, tout au long de notre vie. Lorsque nous étudions, travaillons l'Évangile, lorsque nous réfléchissons à cette parole de Dieu, c'est dans notre cœur qu'elle nous révèle sa volonté. C'est dans notre cœur qu'elle nous ouvre à sa vérité.
Alors cette parole qui nous est donnée dans le secret de notre méditation, de notre prière, il ne faut pas avoir peur de la proclamer au monde. Il ne faut pas avoir peur de la dire. Car il ne faut surtout pas prendre le risque de se renier soi-même, quelles qu'en soient les conséquences.

Comme Jérémie, comme les disciples, aujourd'hui nous sommes invités en premier lieu à entendre cette parole de Dieu pour nous et pour le monde. Puis, à la faire nôtre, à la mâcher, à la manger, à nous en remplir totalement. Et puis surtout à ne pas avoir peur d'en assumer les conséquences. Dans l'Ancien testament, les prophètes sont appelés les voyants, ceux qui ont les yeux ouverts. Et je crois que cette appellation est sans doute plus juste que celle de prophète. Car le prophète n'est pas seulement celui qui proclame la parole de Dieu devant le peuple, devant le monde. Le prophète c'est celui qui a les yeux ouverts sur le monde, les yeux ouverts par la parole de Dieu qui travaille en lui.

L'Évangile nous invite à ouvrir les yeux sur la réalité de notre monde et à aider nos concitoyens à faire de même, de façon à ce qu'enfin ce monde change et devienne plus juste. C'est cela notre devoir, sinon nous risquons la mort, la mort à nous-mêmes, et la honte de ne pas avoir fait ce que nous devions faire.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
Copyright © 2007 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr