Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Wesley : le fils prodigue

Prédications





Prier ensemble, et prendre part à la marche du monde Luc 18/1-8


Jésus donna à ses disciples une parabole sur la nécessité de prier constamment sans se décourager. Bien souvent le découragement peut venir, même dans la prière. Bien souvent on a l'impression que Dieu a du mal à entendre, qu'il est un peu dur d'oreille. On a alors l'impression d'être abandonné à notre triste sort. C'est un sentiment qu'éprouvent assez souvent les personnages de la Bible.

Dès le début déjà, dans le récit de l'Exode nous voyons bien souvent le peuple en proie au doute à cause de ce Dieu qui lui semble lointain mais qui lui demande de vivre d'une vie tellement différente de celle des autres hommes, d'une vie parfois tellement difficile à suivre. Mais au moins, il pourrait faire en sorte que ses enfants n'aient pas à subir les soucis de la vie, la faim, la pauvreté, la maladie, la mort ! Et nous le savons bien, rien de cela n'épargne ceux qui se confient dans le Seigneur. Le peuple d'Israël est à Réfidim, nous sommes au début de son Exode. Et déjà dès les premiers jours, il est en proie aux difficultés. Au bout d'une semaine à peine qu'il est dans le désert, il commence déjà à avoir soif et faim. Nous le voyons, Dieu lui répond "miraculeusement" par la manne en particulier, mais aussi en purifiant des sources ou en faisant percer le rocher par Moïse. Mais voilà que le peuple d'Israël va devoir, en plus de cela, prendre son destin en main.

Amalek, la tribu qui sera l'un des "meilleurs" ennemis du peuple d'Israël, Amalek vient se battre contre Israël pour tenter de l'éliminer. Il n'y a ici pas d'alternative, il faut se battre. Et c'est bien ce que Moïse fait entendre à Josué : prends tes hommes, sors te battre contre Amalek, moi je serai au sommet de la colline, le bâton de Dieu en main. Pendant que les hommes de Josué se battent, Moïse est sur la montagne dans un geste de prière. Mais voilà, même dans la prière il faut de la persévérance. Chaque fois que Moïse baisse les bras, Josué a le dessous. Et chaque fois que Moïse reprend de la force et de la vigueur, alors c'est Josué qui reprend le dessus.
Mais Moïse est un homme déjà avancé en âge, il n'a plus la vigueur de la jeunesse ou des combattants, et il lui faut de l'aide. Sinon, il est évident qu'il va baisser les bras et c'en sera fini d'Israël. Alors ceux qui l'accompagnent, Aaron et Hour, se mettent de son côté. D'abord ils font asseoir Moïse de façon à ce qu'il puisse soulager ses jambes, puis ils vont soutenir par des artifices les bras de Moïse dans le geste de la prière.

Ainsi, pour que l'action de Dieu accompagne les hommes, il faut de la constance dans la prière. Il ne faut pas baisser les bras. Mais en même temps il faut que les hommes se soutiennent les uns les autres afin que la lassitude ne prenne pas le dessus. Il faut vraiment de la détermination pour cela. La prière ça n'est pas de se tourner vers Dieu en lui demandant que tout se résolve d'un coup de baguette magique. La prière, c'est aussi la nécessité pour chacun, de participer, de faire en sorte que ce que l'on demande, puisse arriver.

Dans la parabole qui est racontée chez Luc, sans doute n'en n'est-il pas autrement.
Il y avait dans une ville un juge qui n'avait ni crainte de Dieu, ni respect des hommes. C'est un juge un peu bizarre, il est totalement anarchiste. Ni Dieu ni maître, telle est sa devise. On pourrait se demander comment cela est possible. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que Jésus semble comparer Dieu à ce juge-là, comme si Dieu pouvait être anarchiste. À tout bien y réfléchir, peut-être...

Mais voilà, il y a en face de ce juge, une femme, une femme qui ne baisse pas les bras, une femme qui se battra envers et contre tout. Non seulement elle se bat contre un adversaire pour essayer de faire entendre justice, mais en plus elle qui est veuve, elle se retrouve sans soutien dans la société alors que selon la Loi de Moïse, elle devrait bien au contraire être soutenue par l'ensemble de la société, le juge y compris. Et pourtant, pourtant cette femme refuse de baisser les bras dans l'adversité.
Et elle va jusqu'au bout. D'une certaine manière, elle prend son destin en main et va se battre face à un juge qui semble lointain, distant, hautain, un juge qui peut-être ne la voit même pas. Et à force de combattre, elle va finir par obtenir justice, nous dit la parabole.
Écoutez ce que dit ce juge injuste : "je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne pas sans fin me casser la tête". Et Dieu, Dieu ne ferait-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jours et nuits ? Les ferait-il attendre ?

Oui, la prière est quelque chose de nécessaire. Mais il faut bien entendre ce que nous disent les textes que nous avons lus ce matin. Il ne faut pas cesser de prier. Mais à l'image de Moïse ou à l'image de cette femme, il ne faut pas cesser de tenir les bras en l'air. Il ne faut jamais baisser les bras. Il faut continuer à combattre, à combattre contre des ennemis virtuels ou réels, à combattre contre l'adversaire devant l'injustice, combattre contre la maladie, la pauvreté, l'injustice, combattre contre tout ce que la vie peut nous réserver. Il ne faut pas baisser les bras. Et surtout, surtout il faut rester solidaire, il faut s'entraider les uns les autres, se soutenir de façon à ce que les bras jamais ne descendent. Le combat, le combat réel du peuple d'Israël dans le désert est un combat solidaire de tous, des hommes qui se battent sur le terrain mais aussi, de Moïse à Aaron, d'Hour et on peut le supposer d'autres personnes qui soutiennent par la prière. Il nous faut vivre, vivre dans cet exemple.

Le monde dans lequel nous vivons est un monde qui est plein d'embûches, un monde dans lequel le plus faible peut trébucher. Il nous faut prier, prier pour ceux qui souffrent, mais aussi pour les soutenir. Il nous faut aussi, en permanence, prier pour ceux qui ont en charge la vie de ce monde afin qu'enfin, ils œuvrent réellement pour faire régner la justice et la paix. Il faut prier constamment, avec intensité, presque comme du harcèlement, de façon à ce qu'enfin, les choses puissent un jour changer ; de façon à ce qu'enfin la prière soit entendue.

Ce que disent les textes d'une certaine manière, c'est que Dieu, jamais, n'agit sans que les hommes ne prennent leur part de travail. Jamais Dieu n' uvre sans que la responsabilité des uns et des autres n'ait été usée jusqu'au bout. Et c'est toujours dans le travail communautaire, dans la prière communautaire, dans l'action quotidienne et solidaire des uns et des autres que Dieu agit.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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