Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Arcabas : le possédé de Gérasa

Prédications





Justifié-e par grâce  Ephésiens2/4-10 Jean 3/14-21

Avec les lectures de ce dimanche, nous voici face à la question de la justification, c'est-à-dire des rapports entre éthique et salut. Qu'est-ce qui me rend juste aux yeux de Dieu : s'agit-il de ce que je fais, de mon comportement, de mes œuvres ou bien s'agit-il de la grâce de Dieu, de son amour inconditionnel, immérité, qui m'est accordé quoi que je fasse ? Ou encore s'agit-il de ma foi, de l'accueil et de la reconnaissance de la grâce, de ma relation personnelle avec le Christ ? Ces trois pôles représentent en fait trois options théologiques : le salut par les œuvres, le salut par la grâce et le salut par la foi.

La justification par les œuvres consiste à instaurer un rapport de cause à effet entre l'éthique et le salut. Ce dernier doit être gagné, acquis, au moyen d'une conduite irréprochable, qui se garde du mal pour privilégier le seul bien : pour bien faire et pour faire le bien. Le salut par les œuvres est donc conditionné à l'attitude du croyant au cours de sa vie. Luther a vivement réagi contre cette orientation théologique. Après avoir été un moine zélé pendant une douzaine d'années, sans pour autant avoir trouvé le moindre repos pour sa conscience tourmentée, Luther a en effet découvert dans les Épîtres de Paul que les œuvres de la Loi ne nous justifient nullement. Car, en faisant de l'éthique une condition du salut, on entre dans le cercle vicieux d'une surenchère permanente avec soi-même : quoi que je fasse, je peux toujours faire plus et mieux, et surtout, j'ai toujours à craindre d'avoir mal fait et d'avoir fait du mal. La justification par les œuvres est donc tout sauf libératrice.

La justification par la grâce disqualifie l'éthique comme moyen de salut. Le salut est donné gratuitement, sans condition d'aucune sorte. Le croyant est ainsi dégagé de tout souci de conquête de sa propre rédemption par ses forces humaines. À ce titre, la justification par la grâce signifie que celui qui est sauvé est d'abord sauvé de lui-même : de son angoisse et de sa culpabilité liées au désir de bien faire et, finalement, de sa quête perpétuelle de son propre salut. Le croyant est alors vraiment délivré d'un grand fardeau.

La justification par la foi semble, elle aussi, contester la teneur méritoire des œuvres humaines pour le salut : ce n'est pas ce que l'homme fait qui le sauve, mais c'est ce qu'il croit. On relie généralement cette option à la précédente. Il est vrai que la foi est la réception confiante de la grâce, l'attestation de l'amour immérité de Dieu envers les hommes. Et pourtant, en insistant de trop sur la réponse humaine qu'est la foi au cadeau divin de la grâce, on pourrait risquer d'atténuer la portée de la grâce, de prétendre conditionner cet amour inconditionnel et, finalement, de faire de la foi une œuvre méritoire.

Avec une foi acquise au forceps, on s'expose en effet à situer la foi sur le registre du faire plutôt que sur celui de l'être. Paul lui-même, qui met en tension la foi et les œuvres, rappelle que l'homme est sauvé par la grâce au moyen de la foi. Il importe par conséquent de ne parler de justification par la foi qu'en considérant cette foi comme ne venant pas de nous. La réponse au don de la grâce est elle-même un don.

Si donc le salut est offert sans condition, par grâce, à travers la foi qui est elle-même donnée par grâce, cela signifie-t-il que l'agir du chrétien n'a plus aucune importance ? Dietrich Bonhoeffer a vigoureusement rappelé le prix de la grâce : si l'amour de Dieu envers l'homme est gratuit, il n'est pas pour autant à bon marché. Il a un coût, et même un coût élevé, pour celui qui reçoit cette grâce. Si la grâce à bon marché est la justification du péché, la grâce qui coûte est la justification du pécheur, propulsé de ce fait vers des engagements audacieux et risqués en faveur de l'amour, de la justice et de la paix.

Ce n'est donc pas pour être sauvés, mais parce que nous sommes déjà sauvés par grâce, que nous agissons au service de notre prochain. L'agir chrétien n'est pas un moyen de salut mais sa conséquence logique. Nous le croyons : délivrés de l'angoisse de toujours avoir à bien faire, nous n'avons rien à prouver, ni à nous-mêmes, ni aux autres. La question de notre salut a trouvé sa réponse en Jésus-Christ. Nous n'avons plus à être préoccupés de nous-mêmes mais nous avons à manifester, dans notre existence quotidienne, que nous sommes effectivement rendus libres par Dieu. Que nous sommes réellement passés de l'angoisse à la reconnaissance qui nous pousse à agir. Avec la certitude tranquille que notre vie puise son sens et trouve son but en Jésus-Christ. C'est la profonde humanité du Christ qui nous rend à notre tour plus humains. Et dans cet engagement pour un monde humain, nous le savons, nous n'avons rien à prouver, parce qu'en Christ, tout est dit !
Amen
Frédéic Orth Prédications Prédications 2009
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