Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Le Logos est fait chair

Prédications





Les mages, ces païens qui entendirent la Parole de Dieu.   Matthieu 2

Encore une fois dans ce récit de Noël, ou plutôt de l'après Noël puisque Matthieu n'a pas vraiment de récit de l'histoire de la naissance de Jésus comme chez Luc, nous avons le sentiment de lire une fable un peu irréelle.
Il faut se méfier d'une lecture trop superficielle. La tradition populaire n'a retenu que le côté merveilleux de ces rois mages qui viennent se prosterner devant la crèche du petit Jésus, enjolivant encore l'histoire que Matthieu nous rapporte.
Si cette histoire a un côté un peu irréel, elle comporte malgré tout des éléments de réalité historique et c'est à cause de cela que j'ai souhaité qu'on lise l'ensemble du chapitre, pour qu'on puisse dégager l'ensemble de son propos.

D'abord, pour ce qui est de la vraisemblance historique.
Nous connaissons Hérode, et pas seulement par les textes bibliques. Nous le connaissons aussi par des récits contemporains, qui nous le décrivent comme un homme politique sans scrupule, qui a assis son pouvoir politique grâce au soutien qu'il est allé chercher à Rome. C'est un homme qui est prêt à assassiner pour maintenir son pouvoir, un homme qui est parfaitement incapable d'envisager une quelconque concurrence. Cela nous est montré dans ce texte, par le trouble de Hérode lorsqu'il reçoit les mages, par sa fureur lorsque les mages prennent un autre chemin pour leur retour ; et par la violence de la répression qu'il lance contre Bethléem, une répression sans pitié, une répression qui donne la mesure de la cruauté de ce politicien.
Malheureusement cette histoire-là est vraisemblable et des massacres comme cela, l'histoire d'Israël nous en raconte depuis Hérode, jusqu'à aujourd'hui ; et l'actualité, malheureusement, nous montre que la politique n'a rien perdu de sa violence en Terre sainte.

Que Joseph et Marie soient partis en Égypte, cela aussi est tout à fait possible. Dans les moments de violence, lorsque sévit la famine ou lorsque l'insécurité règne en terre d'Israël, l'Égypte est l'un des refuges du peuple. Nous l'avons vu avec l'histoire de Joseph dans l'Ancien testament ; mais il y a d'autres moments. Abraham qui va se réfugier en Égypte ; et d'autres encore.
Aussi, il n'est pas inconcevable que pour fuir la persécution, cette famille de Joseph et de Marie avec leur enfant soit partie en Égypte.

L'histoire des mages elle-même n'est pas improbable.
Ce sont des sages, des magiciens, des astrologues sans doute, car c'est par une étoile qu'il apprennent la venue du Messie, mais à cette époque là il n'y avait pas de distinction entre astrologie et astronomie ; ce sont donc aussi des mathématiciens et des savants. À la recherche des clefs des mystères du monde et de l'univers, ils s'intéressent à toutes les religions et philosophies du monde connu de l'époque. Il était courant dans le Moyen Orient ancien de consulter les étoiles pour savoir comment conduire sa vie, comment même agir en politique. Sans doute ont-ils eu des contacts avec les milieux mystiques du judaïsme palestinien (il ne faut pas oublier que ce judaïsme mystique plonge quelques-unes de ses racines en Mésopotamie). Il est probable qu'ils aient prévu ou prédit qu'un envoyé des dieux viendrait sauver le monde de son désordre.
Comment ils associent l'étoile avec un roi juif, plusieurs hypothèses sont possibles :
Positionnement de l'étoile au dessus de la Palestine ; ou dans une constellation associé à la Palestine... Un calcul astronomique a montré qu'il y a eu, quelques années avant notre ère, une conjonction de Jupiter avec Saturne qui a pu faire croire aux astrologues qu'un roi en Israël était né. Dans l'ancienne astrologie babylonienne Saturne étant associé au peuple juif et Jupiter à la royauté, les mages ont pu conclure à la naissance d'un roi en Israël ; peu importe !

Cette histoire est donc vraisemblable par certains côtés.

Mais on y découvre aussi un certain nombre d'invraisemblances. On se rend compte que Matthieu, lorsqu'il nous raconte cette histoire, tient absolument (et le texte nous le précise) à montrer que s'accomplissent les prophéties de l'Ancien testament. Ça commence avec le verset 6 quand Hérode interroge les prêtres et les scribes ; il leur demande où doit naître le Messie et en réponse ils lui rapportent cette prophétie de Michée (5/1) qui fait naître le Messie à Bethléem. Puis pour justifier la fuite en Égypte, Matthieu reprend encore une fois des paroles du prophète Osée (11/1) : D'Égypte sera appelé mon fils ; et puis ensuite au verset 18 il y a ce rappel de la prophétie de Jérémie (31/15), et enfin à propos du retour à Nazareth : il sera appelé Nazôréen.

Peut-être ici d'ailleurs Matthieu pousse-t-il le bouchon un petit peu loin. Car on ne sait à quel prophète est associée la citation, et l'explication donnée à l'appellation de Jésus " Nazôréen " a peu de chance d'être une étymologie juste.
On n'a aucune trace écrite de la ville de Nazareth avant le premier siècle après J.C. Vraisemblablement Nazareth devait être une toute petite bourgade totalement inconnue et insignifiante de la Galilée.
De plus Nazôréen a une autre signification : "Nazir" : celui qui est consacré à Dieu. Pour la Loi de Moïse c'était le premier mâle de la famille qui était Nazir, qui était consacré à Dieu et qu'il fallait racheter par un sacrifice. Le Nazir, celui qui décidait de consacrer sa vie à Dieu, suivait un certain nombre de rituels (cf. Nombres 6) ; d'abord un baptême (ablutions de purification), puis il y avait aussi des visites au temple pour se faire consacrer par les prêtres. Et il y avait aussi pour le Nazir interdiction de se couper les cheveux, de se tailler la barbe, et de boire du vin.

Pourquoi est-ce que Matthieu veut absolument justifier le fait que Jésus habite Nazareth ? On peut se poser la question. L'évangile de Luc est, lui, beaucoup plus simple. D'après celui-ci, Joseph et Marie habitent Nazareth même s'ils sont originaires de Bethléem et qu'ils doivent aller à Bethléem pour le recensement. Peut-être Matthieu est-il gêné par cette localisation de l'enfance de Jésus dans une ville insignifiante située hors de Judée... Par ailleurs ça n'est pas devant une crèche que les rois mages vont se prosterner, ils frappent à la maison de Joseph et de Marie qui sont donc chez eux, dans une maison, bien établis.

Comme vous le voyez, il y a autant d'invraisemblances que de vraisemblances dans cette histoire là. Mais sans doute n'est-ce pas cela qui est important pour Matthieu. Ce qui est important réside bien ailleurs, l'essentiel se tient dans la façon dont la parole de Dieu est à l'œuvre.

Tout d'abord, Jésus est né à Bethléem ; c'est ce qu'on peut appeler un non événement, personne n'est au courant. Ici dans l'histoire racontée par Matthieu et contrairement à celle de Luc, il n'y a pas de concert d'anges et de trompettes, la population de Bethléem n'est pas miraculeusement avertie. C'est une naissance comme une autre, ordinaire, qui se passe dans un petit village au sud de Jérusalem et qui ne fait pas la une des journaux de l'époque. Et pourtant des mages qui viennent de loin, arrivent à Jérusalem pour demander où est le petit roi des Juifs qui vient de naître. Ces mages ne sont vraisemblablement pas des rois. C'est ce Psaume 72 que nous avons lu au début du culte qui en a fait des rois, qui a donné cette interprétation. Ce sont des mages, le texte ne dit pas plus. Ils viennent de loin, vraisemblablement de Babylone ou de Perse.

Ces gens ne sont pas seulement des païens, ils sont aussi par leurs origines des ennemis ; ils sont des gens que l'on n'aime pas, des étrangers et même plus que des étrangers ; ils viennent de Babylone. Or Babylone c'est le lieu de l'exil, le pays de l'exil, le pays que l'on rejette absolument. Ils sont païens, ils pratiquent l'astrologie ce qui est interdit par les textes bibliques. Tout devrait donc les faire rejeter. Et ils vont malgré tout, avec la lecture des astres, partir à la recherche de cet être extraordinaire qui vient de naître. Il faut relever que si l'astrologie a permis à ces mages de savoir qu'un événement extraordinaire était arrivé en Israël, en Juda, il leur a fallu la lecture et l'interprétation du texte biblique pour pouvoir comprendre ce qui se passe et pour aller jusqu'au bout, pour arriver jusqu'au Messie, jusqu'à Jésus. Les mages, malgré la lecture des astres, ne peuvent pas comprendre ce qui se passe. Il leur faut l'interprétation, l'interprétation de la parole de Dieu. Il leur faut la parole de Dieu pour y arriver. Ils arrivent à Bethléem et ils trouvent cet enfant et là le texte nous dit quelque chose de très intéressant. À leur retour dans leur pays, ça n'est pas par les astres qu'ils sont dirigés, mais par la parole de Dieu qui leur est adressée directement, en songe.

Le songe, c'est ce qui arrive lorsque l'on dort, ce qui arrive lorsque l'on s'abandonne totalement, lorsque l'on cesse de vouloir maîtriser sa propre pensée, lorsque l'on cesse de vouloir maîtriser sa vie. C'est à ce moment là que la parole de Dieu peut advenir et nous parvenir ; c'est à ce moment là d'abandon que la parole peut venir éclairer notre propre vie et diriger la suite des événements. Dans leur sommeil, les mages entendent ou ils voient la parole de Dieu qui leur dit de repartir, qui leur dit de ne pas repasser par Hérode, qui leur montre où est la véritable royauté en Israël. Ce changement d'itinéraire indique une véritable conversion des mages qui changent de conduite de vie, qui ne suivent plus les étoiles mais la parole de Dieu.
Il en a été de même pour Joseph lors de l'annonce de la grossesse de Marie, il en sera de même aussi plus tard : c'est dans un songe, c'est dans l'abandon de la nuit qu'il sera averti du danger et qu'il fuira. Et c'est en songe aussi et par la parole de Dieu qu'il saura quand il faut revenir.

Le seul qui refuse d'écouter la parole, c'est Hérode. Hérode, lui, n'est attentif qu'à son propre désir de pouvoir, il ne suit qu'un seul objectif et il nie tous les hommes qui peuvent apparaître comme des adversaires, comme des ennemis, comme des concurrents ; et il commettra l'irréparable ; et il restera dans l'histoire pour cela.

Si cette histoire de mages est une fable qui comporte beaucoup de ramifications et d'enseignements possibles, il me semble qu'il nous faut en retenir une leçon fondamentale : Seule la parole de Dieu peut nous conduire sur la bonne route.
C'est la parole de Dieu qui finalement va conduire les mages et prévenir Joseph. Ceux qui refusent d'entendre la parole de Dieu sont amenés à la catastrophe, sont amenés à commettre les crimes les plus abominables.

Oui ! Cette parabole, cette histoire de la visite des mages est une parabole pour notre temps. Dans un monde où on a tendance à penser que la parole de Dieu n'existe plus, ou qu'elle n'a plus de force, ou qu'elle n'a plus même de raisons d'être, qu'elle n'est plus que fariboles et histoires du passé, lorsque nous regardons notre monde, nous voyons qu'il a furieusement besoin de cette parole pour être dirigé. Nous voyons que ce monde qui refuse d'entendre la parole de Dieu ne peut conduire qu'à la violence, à la guerre, aux massacres. Et je ne pense pas simplement à la Palestine, il y a des guerres et des massacres qui sont oubliés, en Éthiopie, en Inde et dans d'autres régions d'Extrême Orient. Nous avons besoin, ce monde a besoin de recevoir et de vivre un peu plus de paix et de justice, il a besoin d'entendre cette parole qui vient de l'extérieur, qui nous parle et qui permet de nous guider sur la route de la vie.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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