
Prédications
Quand Élie, Pierre et les foules se trompent de puissance. 1R 19/9-18, Mt 14/22-36
Voici Élie. C'est un homme "au bout du rouleau " qui se tient sur la montagne sainte. Élie est à bout et pourtant il a lutté victorieusement pour la cause de Dieu. On se souvient de cette histoire sur le Carmel où il a vaincu les prophètes de Baal en montrant la puissance de Dieu. Fort de cette victoire, il a éliminé par l'épée les prophètes de Baal. Et pourtant il est obligé de fuir. Il est obligé de fuir la colère des puissants, la colère du roi et de la reine. Il est obligé de fuir et il vit une période difficile au point que dans le désert il demande à Dieu de mourir.
Cette histoire racontée au chapitre 19, on la connaît bien aussi, on l'a lue à l'école du dimanche, c'est celle où Élie, complètement découragé sous le genêt voit en songe un ange qui lui donne à boire et à manger, et qui lui dit " lève toi, mange et va jusqu'à l'Horeb ".
Sur la montagne, Dieu l'interpelle : " Que fais-tu ici ? ".
Et Élie répond : J'ai été jaloux de toi, toi le Seigneur des armées car les enfants d'Israël ont abandonné ton alliance, ils ont rasé les autels, ils ont tué les prophètes par l'épée. Moi seul, je suis resté. Et on cherche à me prendre la vie.
Élie se considère comme étant seul, seul juste contre le peuple d'Israël, seul juste contre Jézabel, seul juste à se battre pour la gloire de Dieu, pour la cause de Dieu. Au point qu'il épuise toutes ses forces en de vaines vengeances, qu'il ne voit plus autour de lui que des ennemis.
Pour lui, tout doit se faire dans la violence.
Mais Dieu sur la montagne va lui montrer que cette vision des choses est fausse ! Il n'est pas dans le vent violent, il n'est pas dans le tremblement de terre, il n'est pas dans le feu. Même si sur le Mont Carmel c'est par le feu que Dieu a montré sa supériorité sur Baal, Dieu n'est pas dans le feu. Il est là, présent dans le souffle ténu, la traduction exacte c'est " dans le bruissement de la poussière ", quelque chose de vraiment imperceptible. Dieu est là dans le calme, l'impalpable.
Une deuxième fois encore il interpelle Élie qui lui fait la même réponse. Cette réponse cette fois-ci est peut-être l'aveu de son erreur. Élie va se convertir, Élie va changer, il va accepter une nouvelle mission de la part de Dieu. Cette nouvelle mission pour Élie c'est de passer la main, c'est de prendre sa retraite au profit d'Élisée. Mais il y a plus que cela. Dieu va lui affirmer qu'il reste encore 7000 hommes en Israël qui n'ont pas plié les genoux devant Baal ; 7000 hommes ça fait beaucoup de monde.
Ce texte du Livre des Rois éclaire le passage que nous avons lu dans l'Évangile de Matthieu.
La semaine dernière nous avons vu l'histoire de la multiplication des pains ; nous avons vu comment avec deux poissons et cinq pains Jésus a nourri 5000 hommes sur la montagne, et comment il en est resté des quantités énormes, 12 paniers, nous dit le texte. Et on peut supposer qu'à la suite de ces événements, les disciples sont enthousiastes, tout comme la foule.
Et voilà que très vite Jésus oblige les disciples à remonter dans la barque pour traverser la mer ; il les chasse d'une certaine manière, comme il renvoie la foule. Le terme est extrêmement fort puisque c'est le même terme qui est utilisé pour la répudiation. Jésus renvoie, chasse la foule et oblige ses disciples à quitter les lieux.
Et lui-même se retire sur la montagne, dans un lieu désert, pour prier. On peut se demander pourquoi Jésus agit de la sorte. Sans doute a-t-il peur de cette foule. Il a surtout peur des attentes que ce miracle risque de susciter dans l'esprit des gens ; il a peur que les gens se trompent sur la réalité de sa personne. Dans la suite du récit, l'épisode avec Pierre va nous montrer qu'effectivement Jésus a raison de craindre une mauvaise interprétation de ce qui se passe.
Pierre voit en Jésus celui qui fait des miracles ; celui qui montre sur terre la puissance de Dieu ; celui qui est capable de tout.
Et Pierre qui est fougueux, au moins autant que lui, pense comme Élie sur le Carmel qu'il peut tout se permettre par la force du Seigneur, qu'il peut tout vaincre :
"Si c'est toi, si tu es bien le Seigneur, ordonne que j'aille avec toi sur les eaux et je viendrai, je pourrai tout faire."
Pierre sort de la barque, marche sur l'eau, accomplit ce geste miraculeux, mais il prend peur. En quelque sorte il prend peur des conséquences de sa hardiesse.
De la même manière qu'Élie a peur et qu'il est obligé de fuir devant les menaces de mort, Pierre par 3 fois reniera Jésus lors de la Passion.
Nous avons des leçons d'humilité à entendre et c'est Jésus qui nous les donne, lui qui ne se laisse pas prendre au piège de la gloire. Il se retire au désert pour se placer devant Dieu. Dieu seul est maître et l'homme, fut-il le plus grand des prophètes, n'a pas à faire preuve de sa puissance à sa place.
" Hommes de peu de foi !", "pourquoi cherchez-vous par des exploits à vous substituer à Dieu. Vous n'avez ni le courage ni la force d'aller jusqu'au bout de votre engagement."
Aujourd'hui nous sommes invités nous aussi à regarder notre vie, notre vie comme Jésus appelle les disciples à le faire. Comme les disciples nous voudrions que dans l'Église s'accomplissent de grandes choses ; nous voudrions que dans le monde la puissance du Seigneur se montre afin qu'il y ait plus de justice, que le monde aille mieux, que nous puissions vivre de manière plus sereine.
Mais ça n'est pas dans la puissance, ça n'est pas dans la violence du vent, du tremblement de terre, du feu que Dieu témoigne de sa force. C'est dans quelque chose d'imperceptible, dans quelque chose d'insaisissable, comme le petit mouvement de la poussière dans la chaleur. Nous avons du mal à le reconnaître. Et à cause de nos impasses et de nos résistances à comprendre, nous avons du mal à laisser agir le Seigneur.
Pour l'Évangile, la puissance de Dieu ne se révèle que dans une seule chose, dans la croix. Cet événement qui aux yeux des hommes est un échec absolu. Cet événement témoigne de l'amour, de l'amour que Dieu a pour tous. De l'amour qu'il a pour tous ceux qui lui font confiance. De l'amour qu'il a aussi pour ceux qui parfois comme Élie ou comme Pierre ont du mal à aller jusqu'au bout de cette confiance.
Aujourd'hui nous sommes invités à avancer dans la vie avec cette confiance donnée par Dieu à tous les hommes.
Amen !