
Prédications
La parole de Dieu vient et c'est parole de vie pour tous 2 Samuel 7/1-16 Luc 1/26-38
On est toujours un peu perturbé par cette histoire d'ange, et on aimerait bien savoir ce qui s'est réellement passé à ce moment là. On a beau retourner le texte dans tous les sens, le miracle n'est pas évident à comprendre.
Examinons ce texte de Luc. Vous vous souvenez que deux évangiles sur les quatre (Marc et Jean) ne parlent pas de l'enfance de Jésus, ni de sa naissance, comme si cette histoire-là n'apportait rien de déterminant pour le récit de l'Évangile. Matthieu et Luc donc, nous racontent cette histoire de naissance " miraculeuse ". Je ne veux pas tuer le Père Noël aujourd'hui devant vous, mais essayons malgré tout de voir les choses d'un peu plus près pour comprendre le sens profond de cette histoire.
Dans ce texte de Luc, contrairement à celui de Matthieu, rien ne nous dit que l'enfant n'a pas été conçu de manière normale. Ce que le texte nous dit, c'est que cet enfant sera différent. L'ange annonce à Marie que l'enfant à naître aura une vocation particulière et que le miracle réside justement dans cette vocation. Peut-être même Luc s'ingénie-t-il à montrer que contrairement à sa cousine Élisabeth, Marie est une femme étonnement ordinaire, une femme du peuple tout ce qu'il y a de plus naturelle. Élisabeth par contre est une femme avancée en âge, elle ne peut plus avoir d'enfant, son mari non plus. Et pourtant elle va accoucher de Jean, le Baptiste dont nous avons déjà parlé. La naissance de Jean est un miracle, cela est moins évident pour celle de Jésus.
On a beaucoup écrit et beaucoup parlé autour de cette naissance de Jésus et de l'histoire de la vierge Marie, histoire qui provient d'une mauvaise interprétation du texte d'Esaïe que nous avons lu au début du culte : voici, la jeune fille va enfanter un enfant... Dans le texte d'Esaïe, ce que la Septante, le texte grec, a traduit par "vierge" voulait en fait dire "jeune fille ".
Ce texte d'Esaïe rapporte des paroles qui s'adressent au peuple d'Israël alors qu'il est dans la détresse. Esaïe lui annonce qu'il reste de l'espoir puisque les jeunes gens ont des enfants et que les générations vont ainsi continuer. Esaïe s'adresse au peuple pour affirmer que même dans le malheur Dieu reste fidèle à son peuple et lui réserve un avenir.
En lisant l'annonce faite à Marie, on s'est focalisé sur cette histoire d'ange Gabriel, le héros de Dieu... On s'est focalisé sur cette naissance " miraculeuse " de Jésus et peut-être que cela nous a empêché de comprendre véritablement le sens profond de cette venue de Dieu parmi les hommes.
On pourrait ici évoquer ce proverbe chinois : Lorsque le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. Les hommes se sont focalisés sur la manière dont les choses se sont passées, au lieu de se préoccuper vraiment de la signification profonde de l'histoire ; de cette histoire de naissance, de cette histoire de venue du Messie, de cette histoire de ce Jésus que l'Église appellera le Christ.
Le plan de lecture nous fait lire le chapitre 7 du deuxième Livre de Samuel qui évoque un moment important de la vie de David. C'est un des textes fondamentaux de l'Ancien testament, en tout cas de mon point de vue.
D'abord parce qu'il est, en tout cas pour les chrétiens, un des tout premiers textes qui annonce la venue du Messie. C'est en tout cas sur ce texte-là que se fondent les évangiles pour assurer que Jésus, le Messie, est un descendant de David. C'est ce que montrent les généalogies de Matthieu et de Luc. À noter pour la petite histoire qu'il est descendant de David non par sa mère, mais par son père ; et que donc il y a bien une filiation patrilinéaire dans cette affaire-là, ce qui met un petit bémol au conte de fées.
Ce texte de Samuel est un texte important parce qu'il annonce d'une certaine manière, la venue du Messie. Mais là encore il ne faut pas se focaliser sur le doigt de notre proverbe chinois, il faut regarder ce vers quoi il pointe, c'est-à-dire regarder l'ensemble du texte.
David est alors au faîte de sa gloire ; il a vaincu tous ses ennemis, il a construit à Jérusalem un palais royal ; mais l'arche de l'alliance est toujours dans une tente, sans doute même pas à Jérusalem ; il est vraisemblable qu'elle soit à Siloé ou dans un autre haut lieu, puisque l'arche de l'alliance à cette époque-là était encore itinérante. Et le Livre des Rois va nous raconter comment Salomon fera monter l'arche et dansera devant elle.
Ce qui est important dans cette histoire, ça n'est pas tellement le projet de David de construire un temple. Cette idée est humaine, naturelle. David veut parfaire son règne en édifiant un temple. Jusqu'à aujourd'hui les grands de ce monde ont cherché de cette manière à inscrire leur puissance dans la pierre.
C'est la réponse de Dieu à ce désir qui est intéressante, une réponse qui remet les choses en place. Dieu rappelle à David qu'il n'est qu'un berger et que sans son aide rien n'aurait pu avoir lieu. Il n'aurait jamais été chef en Israël ; il n'aurait jamais vaincu tous ses ennemis ; il n'aurait pas fait cette ascension, il n'aurait pas eu cette force de vaincre et d'échapper en particulier à son ennemi le plus implacable, Saül qui a essayé de le mettre à mort plusieurs fois, et auquel David a échappé parfois miraculeusement.
Oui, par la bouche du prophète, Dieu rappelle à David le bon ordre des choses. Il n'est pas celui qui maîtrise tout, lui, l'homme David ; même s'il est roi, même s'il est un roi puissant, même si son nom restera gravé à jamais dans la mémoire des hommes. Il n'est pas tout, il n'est pas tout puissant ; il est, lui, soumis à la grâce de Dieu qui agit dans l'histoire des hommes.

Nous pouvons alors revenir à l'histoire de Marie. Il n'y a rien d'autre dans cette histoire de naissance que le récit de la parole de Dieu qui prend corps, qui prend chair humaine. Elle prend chair humaine de la manière la plus naturelle du monde, par la naissance d'un enfant. Ainsi le texte de l'évangile nous dit que Dieu, par sa parole se fait solidaire des hommes en toutes choses ; non pas de manière miraculeuse ; car alors il n'y aurait plus de solidarité de la part de Dieu si tout se passait de manière magique. C'est facile pour Dieu de faire de la magie ! Non, Dieu accepte la dure réalité des hommes. Il ne vient pas miraculeusement comme Jean le Baptiste chez un couple de personnes âgées. Il ne recommence pas l'histoire d'Abraham et de Sarah.
La parole de Dieu prend chair chez une jeune fille qui est fiancée, et qui est sans doute follement amoureuse de son fiancé ; qui vit la vie des fiancés et des jeunes, de tous les jeunes de leur époque. Ils ont des questions, des angoisses. Marie est un peu scandalisée à l'annonce de la naissance parce que le mariage n'a pas eu lieu : comment est-ce que je pourrais avoir un enfant avant que les cérémonies officielles aient pu avoir lieu ? Peu importe, lui dit l'ange. La parole de Dieu dépasse toutes les contingences humaines. Ce qui importe c'est son action dans l'histoire des hommes.
Marie a, dès le premier moment de surprise passé, une réaction qui est différente de celle des autres, différente de celle de Zacharie, et différente même de celle de David. Elle se présente face à Dieu en disant " je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi comme tu l'as dit ".
Là est le véritable miracle, un miracle insignifiant, un miracle qui ne pèse pas pour grand-chose et qui pourtant a d'énormes conséquences. Marie, la première, accepte de se mettre au service de Dieu, accepte qu'il en soit de sa vie comme Dieu en décide. Elle accepte de faire la place à cet autre qui parfois fait peur, souvent dérange, en tout cas toujours bouscule tout dans notre vie.
Voilà ce qui nous est montré par le doigt de cette histoire. L'incarnation de la parole de Dieu ne peut se réaliser que dans l'acceptation de cette femme. L'action de Dieu dans le monde ne peut se faire que dans l'acceptation humble des hommes et des femmes auxquels il s'adresse.
Cette adhésion n'est pas soumission servile. C'est consentir à devenir partenaire de l'action de Dieu. Il y a, il doit y avoir un dialogue permanent. Dieu ne s'impose pas par des miracles, en tout cas ça n'est pas comme cela qu'il manifeste son amour pour les hommes ; ça n'est pas comme cela qu'il impose son salut. La parole de Dieu vient, et cela se fait dans la négociation, cela se fait dans la discussion ; et il faut que l'un et l'autre s'acceptent pour que cette parole prenne chair et devienne parole de vie pour tous.
" Je suis la servante du Seigneur, dit Marie, que tout se passe pour moi comme tu l'as dit ".
Aujourd'hui nous nous approchons de cette période de Noël où nous allons nous souvenir de la venue de ce Jésus, fils de Dieu, que nous appelons Messie. La parole de Dieu nous est adressée à nous aussi.
Comment allez-vous accueillir cet enfant ? Comment allez-vous accueillir cette parole faite chair ? Serons-nous orgueilleux en voulant le posséder, en voulant l'enfermer dans la plus belle des boîtes, le plus beau des temples, la plus belle des constructions, un peu comme David ? Ou allons-nous comme Marie accepter, accepter que cette parole prenne corps en nous-mêmes afin qu'elle devienne pour tous et pour le monde, parole de vie ?
Amen