
Prédications
La vie ou la mort, c'est selon notre réponse à l'appel que Dieu nous lanceJob 19/23-27, 1Cor15/51-57, Jn 5/24-30
" Voici je vous dis un mystère, nous ne mourrons pas tous, mais tous seront changés."
Lorsque Paul écrit à l'Église de Corinthe, il essaye dans ce chapitre 15 de répondre à une question qui se pose au sein de cette communauté. Les apôtres prêchent un Évangile qui annonce la résurrection des morts. Qu'est-ce que cela veut dire ? En quoi cette résurrection des morts consiste-t-elle ?
Je dois l'avouer, la réponse de Paul m'embarrasse un peu, elle me laisse un peu perplexe ; j'ai l'impression qu'elle apporte plus de confusion qu'elle n'offre d'éclairage. Paul semble coincé entre deux cultures : la culture grecque, celle de la philosophie qui aime bien classer, ordonner, mettre dans des cases, séparer ; et la pensée juive, qui est plus holistique, pour utiliser un terme à la mode, qui considère les choses dans leur ensemble, comme une totalité. Pour les juifs, il n'y a pas de séparation entre le corps et l'esprit, entre le corps et l'âme. Quand l'Ancien testament parle du corps, il parle d'un ensemble, alors que pour les Grecs il y a séparation du palpable et de l'impalpable.
Oui ! La mort est une préoccupation et Paul essaye d'y répondre. Et sa réponse ne satisfait pas vraiment cette question. Il semble même ajouter un peu à la confusion.
Et pourtant il cherche à répondre à une question qui est sans doute la première question que l'homme se soit posé. Cette question du devenir après la mort est elle-même à l'origine de toutes les religions. Et de nombreuses réponses y ont été apportées. Cela part de la disparition totale de l'être, l'anéantissement, la perdition au sein d'un néant duquel on ne revient pas, jusqu'à des recommencements sans fin en passant par un tas d'autres représentations.
Mais quand même, Paul apporte un point de vue important. Pour lui, la résurrection, la vie éternelle, d'une certaine manière c'est d'être avec Dieu, en accord avec son Évangile. " Soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'œuvre du Seigneur ".
C'est bien la même chose que nous annonce l'Évangile de Jean. Jean est juif et donc il se porte plus dans cette vision juive des choses. La vie et la mort, ça concerne l'ensemble du corps, la chair, et l'âme ; mais ça traverse aussi la question du temps. Pour l'Évangile de Jean, on peut être un mort-vivant. On peut respirer, vivre, partager sa vie avec les autres, et malgré tout être mort.
L'heure vient... Et c'est maintenant, c'est aujourd'hui, c'est à ce moment ; on pourrait même dire "cette heure est déjà venue", où les morts entendront la voix du fils de Dieu ; et ceux qui l'auront entendue, vivront. D'une certaine manière ce passage nous dit que les morts sont ceux qui n'ont pas entendu la parole de Dieu, ou plutôt qu'ils n'ont pas fait de cette parole, leur vie.
Ainsi la distinction entre la vie et la mort n'est pas une distinction dans le temps, entre un présent vivant et un avenir mort ; elle se passe à tout moment pour chacun de nous. C'est maintenant, l'heure est déjà venue. Ce choix, vous avez à le faire pour vous à tout moment. Ceux qui entendront la parole vivront, et les autres resteront dans une forme de vie qui ne vaut pas mieux que la mort.
Job est dans cette problématique. "Je sais que mon rédempteur est vivant". Tout le monde le donne comme mort, condamné, tout le monde l'accuse, ses amis, sa femme, les faits même, la logique de tout ce que la société autour de lui, dit : il était riche et il est devenu pauvre, il était en bonne santé et il souffre des pires maladies, il avait une grande famille et il a perdu sa famille. Il a tout perdu, et forcément, selon le sens commun, ces malheurs sont les conséquences de sa vie.
Mais pour lui, les biens matériels et physiques ne sont pas décisifs. Ils ne déterminent pas la vie. Ce qui est important, c'est sa relation à Dieu.
Quoiqu'il arrive, "je sais que mon rédempteur est vivant" ; et même quand mon corps sera détruit, il se lèvera et je le verrai. Même quand je n'aurai plus de chair, je verrai Dieu.
Cette pensée traverse l'ensemble de l'Ancien testament.
En guise de texte de loi nous avons lu ce passage du Deutéronome au chapitre 30 (v. 19) " J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre. J'ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer le Seigneur ton Dieu, pour obéir à sa voix et pour t'attacher à lui. "
Si on va jusqu'au bout de la logique du texte du Deutéronome, la vie et la mort ne sont pas une conséquence de l'application de la loi ou de sa non application ; la vie et la mort ne dépendent pas de l'obéissance aux commandements de Dieu. La vie c'est simplement la réponse à l'appel à la vie que lance Dieu. Obéir à la loi, attachés à Dieu, n'est que la conséquence de cette vie qui est donnée par Dieu.
On peut revenir alors à Paul, parce que pour Paul lui aussi, la vie n'est pas forcément la conséquence de ce que l'on fait ou ce que l'on ne fait pas comme le dit Job. La vie, c'est simplement la réponse, la réponse que nous faisons à l'appel de Dieu, à cette voix de Dieu qui nous demande de nous tourner vers lui.
"Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ?"
Dans l'Épître aux Romains au chapitre 8, il ira encore plus loin : " rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus Christ ".
Alors si cet ensemble de textes a été choisi pour aujourd'hui c'est bien évidemment pour se mettre en accord avec le calendrier ; nous sommes, paraît-il, le jour des morts. Et cette question il est donc naturel de se la poser à ce moment-là. En ce qui concerne ce que nous deviendrons après la mort, il y a deux choses à considérer ;
il y a le côté physique... le côté physique, la science nous dit bien ce que nous devenons et l'archéologie elle-même en donne des échos ; et puis, il y a la vie. Jamais dans la Bible la vie n'est confondue avec le corps. La vie est bien ailleurs. Jamais la vie et la mort ne sont confondues avec ce qui arrive au physique. Si l'on fait cette confusion là, alors on tombe dans le travers des opposants à Job : ceux qui sont en bonne santé sont ceux qui ont reçu la vie de Dieu et qui sont donc des amis de Dieu, et les autres sont ceux forcément qui sont éloignés de Dieu. La Bible ne fait jamais ce chantage là. La vie est bien ailleurs, bien au-delà. Elle est dans notre relation à Dieu. Elle est dans cet amour qui est partagé. Et cette vie ne s'arrête pas à notre disparition physique. Et cette vie-là continue et elle continue même au-delà des générations.
Ainsi sœurs et frères, " Soyez fermes et inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'œuvre du Seigneur qui est la vie."
Amen