
Prédications
Car Dieu a trouvé bon de vous ouvrir le royaume, malgré tout (ou malgré vous ?) Ez 33,10-16. Hb11,1-2+8-19. Luc 12,32-48
La foi est la ferme assurance des choses qu'on espère. C'est par la foi qu'Abraham, à l'appel de Dieu, est parti vers la terre qu'il devait recevoir en héritage. La foi est au cœur de tout, cette foi qui est pour Abraham une confiance, que certains diraient aveugle puisqu'il se lève et qu'il abandonne tout et qu'il part à la suite de ce Dieu inconnu, invisible et insaisissable qui l'emmène en terre inconnue. C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise, comme dans une terre étrangère. Par la foi, Abraham accepte de vivre en étranger, étranger et voyageur sur la terre.
Il ne faut pas croire qu'Abraham soit un homme meilleur que les autres. Il a ses défauts, il suffit pour s'en apercevoir de lire le récit de la Genèse qui nous raconte son périple, comment il a usé de tromperie, comment, par crainte des Égyptiens, crainte de l'ennemi, il est allé jusqu'à donner sa femme. Et malgré cela, il est la figure même de la foi. Il est celui en qui la bénédiction de Dieu repose, celui grâce à qui elle repose pour tous les peuples.
Mais il est difficile de comprendre cette foi-là. Il est difficile de comprendre ce qu'elle représente. Il est difficile de comprendre en quoi elle peut être comptée comme justice (Romains 4:3). Bien souvent lorsque nous sommes paralysés par une faute comme l'est le peuple d'Israël exilé à Babylone, nous sommes pris de honte et alors dans le péché nous nous croyons abandonnés de Dieu. À Babylone pour lui son histoire semble terminée. Israël a été détruit, il est en exil, le temple lui-même a été détruit. L'Éternel peut-il encore habiter parmi son peuple ? Le peuple d'Israël pleure, il pleure sur lui-même : nos transgressions et nos péchés sont sur nous et c'est à cause d'eux que nous sommes frappés de langueur. Comment pourrions-nous vivre ?
À la lecture de ce texte du prophète d'Ezéchiel, on a l'impression que le peuple n'a même plus la force de se tourner vers son Dieu, et il n'a même plus la force de le prier. Dieu est-il à Babylone ? N'est-il pas resté en Israël ? Nous sommes loin de la terre promise, loin de la promesse faite à Abraham...
Le prophète est appelé par Dieu pour interpeller le peuple : Dis-leur, je suis vivant, l'Éternel. Ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive. Revenez, revenez de votre conduite mauvaise. Pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël ? Israël a oublié que Dieu pouvait être partout. Israël a oublié que c'est à Ur en Chaldée qu'Abraham a été appelé, Israël a oublié que Dieu est intervenu en Égypte dans la terre ennemie, alors qu'ils souffraient de l'esclavage. Le prophète est là pour le lui rappeler, pour rappeler que Dieu est vivant, qu'il est vivant partout, qu'il est présent partout où son peuple est, qu'il est présent partout où il est invoqué. Et par la bouche du prophète, Dieu invite le peuple d'Israël à redresser la tête, à se remettre debout, à regarder sa vie avec lucidité. La Justice du juste ne le sauvera pas au jour de sa transgression et le méchant ne tombera pas par sa méchanceté le jour où il s'en détournera. Pour Israël, tout semble fini. Et pourtant Dieu lui rappelle qu'il n'en n'est rien, que la vie continue, qu'il peut, comme après la chute, se redresser et continuer à exister et à vivre.
Israël pensait que le salut venait de sa naissance. Israël pensait que son salut était dû à la foi d'Abraham et qu'il en était bénéficiaire, comme une part d'héritage. Dieu rappelle ici par le prophète que le salut n'est jamais quelque chose de définitivement acquis, c'est un combat de tous les jours. La foi d'Abraham comptée comme justice, n'est pas une œuvre de salut. Si pour sa foi Abraham est reconnu juste, la promesse vient de Dieu, elle est grâce. Cette foi ne lui a certainement pas évité les moments de doute ou d'abattement. Que l'on songe à la ligature d'Isaac, à ce sacrifice que Dieu lui demande. Sans doute a-t-il à ce moment-là un passage à vide, un moment de doute. Sans doute à ce moment-là il ne comprend pas très bien ce que Dieu lui demande. La foi permet de comprendre que ça n'est pas la mort que Dieu demande, c'est la vie, et la confiance.
Il n'est question de rien d'autre dans le texte de l'Évangile. Heureux les serviteurs que le maître à son arrivée, trouvera veillant. Les serviteurs, dans le passage que nous venons de lire, sont multiples. Il s'agit d'un côté des intendants, ceux qui ont la responsabilité de l'Église, ceux qui ont la responsabilité de la maison de Dieu, mais aussi de tous ceux qui y travaillent. C'est à eux tous qu'il est demandé de veiller. Pierre, porte-parole des apôtres, demande à Jésus à qui est destinée la parabole. Sans doute lui, comme les responsables de l'Église, pense qu'ils font ce qu'il faut, pense qu'ils ont, par leur foi en Jésus Christ, acquis le salut, et la certitude du "bien-faire". Et pourtant même pour les plus fidèles il y a des occasions de chute. Même pour l'économe fidèle, il peut y avoir des transgressions. Même celui qui vit par la foi peut avoir des moments de doute, peut parfois se détourner.
Malheur à celui qui ne vit pas, qui ne veille pas lorsque le maître tarde à venir. Malheur à celui-là s'il se met à battre les serviteurs et les servantes. Le texte grec dit "les enfants, les filles et les garçons". Le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s'y attend pas, à l'heure qu'il ne connaît pas et il le mettra en pièce. Il le coupera en deux. Terme significatif. Celui qui abandonne la foi en Dieu est partagé, il est coupé en deux. Son intégrité est atteinte, abandonnée. De la même manière que le peuple d'Israël à Babylone est coupé de ses racines. Il est coupé de ses racines, coupé de tout ce qui le faisait vivre.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ça n'est pas une parole de condamnation que Jésus prononce là, mais une parole de libération. Car il invite chacun de nous à comprendre que même si nous chutons parfois, on peut toujours se relever, on peut toujours attendre, être en veille. On peut toujours être prêt pour le retour du Maître. Attendre, c'est cette foi d'Abraham, cette "foi aveugle". Ça ne veut pas dire une foi qui n'a pas de limite, ou une foi qui serait totalement intégriste ou fanatique. Une foi aveugle c'est une foi qui accepte de ne pas savoir où Dieu mène. C'est une foi qui accepte d'avancer, malgré tout, qui accepte d'avancer malgré les chutes, qui accepte d'avancer malgré le péché. Et qui permet le relèvement (la résurrection). C'est une foi qui accepte de placer une confiance totale en la grâce de Dieu qui nous promet de nous faire rentrer dans son royaume.
Aussi Jésus peut-il dire "Ne crains pas petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume". Le royaume, on ne le gagne pas par la foi. Abraham n'a pas gagné la terre promise par la foi. Le royaume et la terre promise nous sont donnés, donnés malgré tout, j'allais dire même donnés malgré nous. Il nous suffit par la foi, d'avancer avec lui dans ce royaume.
Amen !