
Prédications
Et si nous mettions notre totale confiance dans la parole de Dieu ? Ésaïe 7/10-16 Matthieu 1/18-25

Pauvre Joseph ! Dans cette histoire de Noël c'est bien lui qui tient le plus mauvais rôle.
J'allais dire... c'est lui qui tient la chandelle. Cet homme qui est fiancé, découvre que sa fiancée est enceinte, et que cet enfant visiblement ne vient pas de lui.
Mettez-vous à sa place ! Essayez d'imaginer ce que vous ressentiriez si un songe vous disait "Ta fiancée est enceinte du fait d'un ange !"
Les anges ont parfois bon dos. Et ce pauvre Joseph non seulement a le mauvais rôle dans cette affaire, mais en plus, il est celui que l'on oublie le plus souvent. Pourtant dans cette histoire de naissance, cette histoire de Noël, c'est lui qui donne son nom et la filiation davidique nécessaire au messie. Le messie en effet devait et doit toujours pour les juifs être de la descendance de David (2 Samuel 7/12 et suivants, És 9/6 et suivants, 11/1 et suivants). Eh bien, dans les évangiles, après cette histoire de Noël, Joseph n'apparaît plus. Il n'a pas d'autre importance. Il sombre dans l'oubli le plus total. Ce sont les autres qui ont le bon rôle.
Et pourtant ! Joseph autant que Marie, j'ai envie de dire peut-être presque plus, fait confiance à Dieu en disant "qu'il en soit fait selon ta volonté !" Le
fiat (qu'il en soit fait ainsi) de Joseph est une réponse forte de sa part, une réponse de foi, une réponse de soumission à la volonté de Dieu.
On ne peut pas savoir avec certitude ce qui s'est passé dans la tête de Joseph.
Mais Matthieu nous le rappelle fortement, il fallait que cette histoire-là accomplisse cette parole du prophète Ésaïe : " voici la jeune fille enfantera et cet enfant aura pour nom Emmanuel - Dieu avec nous. "
On pourrait aussi beaucoup gloser sur le terme "jeune fille" ; dans l'Ancien testament, ce terme jeune fille ne désigne pas forcément " la vierge ", ça peut être aussi la primipare, celle qui a son premier enfant. Ce n'est que plus tard, sous l'influence du monde gréco-romain et surtout des cultes à mystère, que la virginité de Marie prendra toute son importance.
Je ne pense pas que le prophète Ésaïe spécule sur la virginité de la femme. Là n'est pas son problème. Il nous raconte une toute autre histoire et une histoire très intéressante dans laquelle il est pourtant aussi question de royauté, d'enfant et surtout de confiance.
Ésaïe, prophète du Seigneur, porte-parole de Dieu, s'adresse à Achaz, roi de Juda au VIIIème siècle avant Jésus Christ. Ce nom Achaz, vient d'un verbe qui veut dire "saisir, conduire". Certains pensent qu'il est la contraction d'un nom que l'on pourrait traduire par "Dieu est mon guide". Mais au vu du personnage on peut le comprendre dans le sens : " refuser de se laisser conduire ". Achaz est un roi qui refuse de se laisser conduire même par Dieu. Il veut rester maître de sa vie, conduire sa politique sans se laisser dominer par d'autres.
Son royaume de Juda est attaqué par les Philistins, peuple du bord de la mer et il refuse d'écouter la parole de Dieu transmise par le prophète Ésaïe qui l'exhorte à la confiance. Lui, le roi Achaz, ne veut pas faire confiance à Dieu et il préfère passer des alliances politiques hasardeuses avec le roi d'Assyrie. Mais une fois la victoire acquise, ce dernier le considère comme un vassal et lui demande en retour un lourd tribut.
Achaz perd sa liberté et celle de son peuple, il devient celui qui a une dette à l'égard du roi d'Assyrie. Il doit donner une grande part du trésor du Temple.
Le prophète se tourne vers lui et il lui dit "demande à Dieu un signe". Et Achaz refuse de demander ce signe. Sans doute craint-il de le recevoir, ce signe, sans doute craint-il par ce signe d'être obligé de reconnaître la puissance de Dieu et d'être désavoué. Il se rend bien compte aussi que désavoué, il risque de perdre son pouvoir et son trône.
Ésaïe lui annonce la naissance d'un fils comme signe de la puissance de Dieu. Ce signe, est bien dérisoire face aux dangers de la politique, face aux dangers d'un pays en guerre. Cet enfant sera nourri seulement de lait et de miel, de crème et de miel qui ne sont pas des nourritures de soldats mais qui sont par contre des signes d'abondance pour ceux qui ont confiance en Dieu. Celui qui se nourrit de lait, c'est le nomade, celui qui part avec ses troupeaux et qui met sa confiance en Dieu dans sa marche errante. Et c'est aussi celui qui accepte de se nourrir de ce que la nature lui donne, le miel des abeilles.
Cet enfant, cet Emmanuel, Dieu avec nous, c'est celui qui met toute sa totale confiance en Dieu, celui qui apprendra à rejeter le mal et à choisir le bien.
D'une certaine manière Joseph, c'est l'anti-Achaz, c'est l'archétype du croyant, celui qui accepte le message de Noël malgré l'aspect inadapté de ce message dans notre monde.
Nous voilà dans ce temps de Noël, en ce dernier dimanche de l'Avent. Comme Achaz, nous vivons nous aussi dans un monde qui compte plus sur la politique, qui compte plus sur la force des armes pour imposer le droit, qui fait surtout confiance à la toute puissance de l'économie pour établir la justice. Un monde dirigé par de multiples Achaz qui refusent de mettre leur confiance dans la parole de Dieu. Peut-on les blâmer ? Peut-être pas... Tant la parole de Dieu semble inadaptée, dérisoire. Cette parole qui ne s'exprime que par la venue d'un tout petit enfant, par le refus de la puissance, le refus de la violence et de la guerre, l'absolue affirmation de la justice pour tout le monde.
Dans notre monde, il n'y a pas de place pour Dieu, il n'y a pas de place pour ce petit enfant qui sera réduit à coucher dans la bergerie, comme nous le raconte l'évangile de Luc, dans la bergerie parce qu'il n'y a pas de place pour lui là où il y a les hommes.
Dans ce monde qui rejette à ce point Dieu et l'Évangile, voilà que le prophète encore parle. Et cet homme Joseph qui accepte, lui, de s'effacer pour laisser place à l'Évangile, appuie son message.
Amen !