Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Peinture de He Qi : Nativity Glory to God  in the Highest

Prédications




Noël : Dieu vient dans la paille... Luc 2/1-20

Et nous voici à Noël. Cette fête que le monde entier célèbre, qui va bien au-delà des limites de l'Église et de la chrétienté. Cette fête qui est devenue quasiment universelle, qui est entourée du merveilleux que l'on connaît. Cette fête construite autour d'une histoire que l'on raconte depuis si longtemps à tel point que l'on ne sait plus distinguer ce qui fait partie du récit d'origine et ce qui a été rajouté. Il faut bien dire que le texte de l'évangile de Luc lui-même est plein de merveilleux, il semble être plus un conte qu'une histoire qui nous raporterait ce qui s'est vraiment passé.

Aujourd'hui nous n'allons pas essayer de trier et de démêler ce qui s'est réellement passé de ce qui a été rajouté par la tradition pour donner du sens à l'événement. De toute façon, il y avait vraisemblablement peu de témoins à cet événement. On pourrait presque dire que cet événement de Noël est passé quasiment inaperçu. Seuls quelques personnages marginaux y ont participé. L'événement de la naissance lui-même se déroule en un lieu retiré, en un lieu de peu d'importance. Dans une mangeoire, nous dit le texte... Jésus a été couché. Il n'y avait plus de place dans la salle d'hôtes et Marie et Joseph, des personnes peu riches, sont réduites à coexister avec des animaux. Heureusement, le texte nous dit que les bergers étaient avec leurs troupeaux à l'extérieur, il y avait donc un peu de place.

Au-delà du merveilleux que nous raconte cette histoire, elle est pleine de significations. Et c'est sans doute pour cela que les évangélistes ont voulu rapporter cet événement sous cette forme. Ils nous renvoient, à travers la parole des personnages, au livre du prophète Ésaïe dont nous avons lu un passage au début de ce culte (chap. 9 v. 1 et suivants : Voici, ce n'est plus l'obscurité pour le pays qui était dans l'angoisse. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, la lumière a resplendi. C'est à cela même que renvoie cette histoire des bergers qui voient un ange. Ainsi, pour Luc, les bergers représentent le peuple d'Israël, le peuple d'Israël qui attend son salut du Seigneur. Nous savons que le livre du prophète a été écrit à une période de très grande difficulté pour le peuple d'Israël. Suite à une politique des gouvernants assez désastreuse (il faut le dire), Israël va être vaincue par ses ennemis de toujours, par Babylone, vaincue et déportée. Pour eux, c'est une catastrophe énorme. C'est non seulement une défaite militaire, et politique, c'est aussi pour eux une défaite religieuse. C'est non seulement la défaite de leur roi, c'est aussi pour eux la défaite de leur Dieu. Et malgré tout, le prophète Ésaïe annonce le rétablissement d'Israël, il annonce le rétablissement du peuple à Jérusalem et la reconstruction du Temple. Dieu n'est pas vaincu, la défaite n'est pas une défaite de Dieu, c'est la défaite des puissants qui se sont égarés dans une politique qui est considérée comme mauvaise.

C'est à cela que renvoie le texte de Luc lorsqu'il nous parle des bergers. Les bergers représentent le peuple d'Israël, le peuple d'Israël qui est dans la nuit, le peuple qui est dans la nuit de l'occupation romaine et qui pleure sa liberté perdue. Il pleure aussi la défaite de son Dieu face aux dieux des Romains. Luc, en nous parlant de ces bergers, en nous citant les paroles du prophète Ésaïe, rappelle que même dans les plus grandes détresses il ne faut pas perdre confiance. Il nous rappelle que Dieu, au-delà de son silence apparent, a de la suite dans les idées et que ses promesses valent pour toujours.
Il nous rappelle aussi, à travers ce récit de Noël, que Dieu ne vient pas là où on l'attend. Il ne vient pas dans la puissance des armes, il ne vient pas dans la force, il ne vient pas par des miracles fantastiques. Il vient sous l'apparence de la faiblesse, il vient sous l'apparence d'un petit enfant qui ne naît pas dans un palais, qui naît tout en bas de l'échelle, dans une étable. Un petit enfant qui est couché dans une mangeoire et qui n'a comme seule cour que des animaux et des bergers, ceux qui sont tout en bas de l'échelle sociale.

Oui, Dieu ne vient pas au son des trompettes, il ne renverse pas les puissances avec la force des armes. Il vient humblement, parmi les plus humbles de son peuple. Et c'est à eux qu'il annonce la fabuleuse nouvelle. Dieu n'oublie pas son peuple.

À travers le temps cet Évangile s'adresse à nous aussi aujourd'hui, à nous qui avons parfois l'impression que Dieu a oublié le monde qu'il a créé. Nous craignons, dans les moments de doute. Nous avons l'impression d'être dans la nuit. Et pourtant l'événement de Noël nous redit encore, nous redit toujours que Dieu intervient dans le monde auprès des petits, chaque fois que les plus petits retrouvent confiance.
À la suite des bergers, nous sommes invités à témoigner, à témoigner de ce message de Noël dans le monde, à témoigner que le salut ne viendra pas par la force des puissants, et que le salut viendra lorsque les plus faibles auront retrouvé confiance et qu'ils pourront manifester du royaume d'amour que Dieu est venu apporter au monde.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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