Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Saussure : Les pélerins Emaüs
Prédications





Le tombeau vide c'est rencontrer un Dieu qui ne s'enferme pas. Ac 10/34-43, Col 3/1-4, Mt 28/1-10

Que s'est-il passé réellement passé, dans cette nuit du samedi au dimanche de Pâques ?

Cette question est sans doute la plus ancienne qui se soit posée au sujet du Christ, on en trouve la trace même dans les textes des Évangiles. J'en veux pour preuve le besoin qu'ont ressenti les évangélistes d'apporter un certain nombre de précisions, comme Mathieu, qui précise bien qu'il y avait des soldats à l'entrée de la tombe pour la garder. Qui indique que les soldats eux-mêmes ne comprennent pas ce qui s'est passé. Mathieu qui raconte comment ces soldats ont été soudoyés par les membres du Sanhédrin pour mentir au moment où Pilate ne manquerait pas de poser des questions et pour répondre : " ses disciples sont venus et l'ont dérobé. "

Que s'est-il donc passé dans cette nuit du samedi au dimanche ? Personne ne le sait, sinon Dieu lui-même. L'événement est incompréhensible, il ne peut pas être imaginé. Voilà ! Le tombeau est vide. On ne peut même pas expliciter l'événement en disant que les anges sont venus sortir Jésus du tombeau, puisque c'est au moment où les femmes arrivent, qu'un tremblement de terre survient et que les anges ouvrent le tombeau. Les femmes constatent que le tombeau est déjà vide.

Et pourtant, cet événement incroyable, qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer ou comprendre, est au fondement même de l'Église. C'est cet événement improbable qui permet à l'Église de dire "il est ressuscité, il est vraiment ressuscité".

Il sera toujours impossible de prouver de manière convaincante ce qui s'est passé. Et parce que les événements sont raisonnablement inexplicables, il sera toujours impossible de comprendre la naissance de l'Église sans faire intervenir la foi. C'est sans doute pour cela que l'Évangile de Marc se termine sur un point de suspension. Les femmes ont peur et elles se taisent, laissant ainsi ouvertes toutes les possibilités pour la suite de l'histoire.

Ce tombeau vide signifie beaucoup de choses.

Tout d'abord, il nous montre l'absence, une absence qui est redoutable au premier abord. On peut le comprendre... Les femmes qui viennent rendre leurs derniers hommages à leur Maître, sont sans doute troublées, plus que perturbées même par l'absence du corps. Et pourtant, cette absence a une grande signification et nous renvoie à la Transfiguration dont nous avons parlé il y a quelques semaines. Souvenez-vous : Pierre, se faisant le porte-parole de l'ensemble des disciples, souhaite dresser des tabernacles pour que Jésus, Moïse et Élie puissent y séjourner. Dans cette vision, Jésus refuse d'être enfermé dans un temple, dans une boite que représente le tabernacle. De la même manière, ce tombeau béant et vide de Pâques montre le refus de Dieu d'être enfermé dans un culte des reliques. Dieu est mort en Jésus Christ et il n'y a pas de relique. Il n'y a pas d'objet à adorer. Il n'y a pas d'objet à vénérer.

Dieu ne se laisse pas enfermer dans des objets, pas plus que dans un culte. Il est d'ailleurs très significatif que Jésus, lorsqu'il apparaîtra plus tard et à plusieurs reprises au milieu de ses disciples après la résurrection, se révèlera toujours à eux pendant des moments de culte, aux heures où les disciples sont rassemblés pour étudier la parole, pour parler du Seigneur et pour partager le repas du Seigneur. Et c'est au moment où les portes sont closes que le Seigneur est présent au milieu de ses disciples.
Il se révèle à eux dans sa parole, il se révèle à eux dans le partage du pain et du vin. Il est vivant parmi eux. Il est, j'allais dire, présent comme Église, ou plutôt, c'est l'Église toute entière qui est son corps et qui est sa manifestation.

Ainsi sans le tombeau vide, vraisemblablement l'Église n'aurait-elle pas pu naître. Elle n'aurait été qu'un groupuscule, une secte juive de plus dans le paysage du Moyen Orient. C'est quand la foi, par l'étude et l'écoute de l'Évangile, a rencontré un Christ ressuscité, un Christ qui ne se laisse pas enfermer, que l'Église alors a pu avancer, avancer au milieu des hommes, avancer dans le monde et répandre la vie et l'espérance.

Ainsi le tombeau vide, c'est comme une matrice qui a enfanté un monde nouveau.

L'événement de Pâques s'est accompagné, nous l'avons vu ce vendredi, par le déchirement du voile du temple qui fermait le Saint des Saints. Ce déchirement du voile montrait que le Saint des Saints n'était qu'une pièce vide, que Dieu n'était pas dans le temple. Qu'il était sur la croix, en Christ. Le tombeau vide, c'est quelque chose qui est du même ordre que cette absence. Il nous montre que Dieu ne se laisse pas enfermer dans une vision humaine des choses, ni dans des attributs matériels. Dieu va beaucoup plus loin, il se révèle aux hommes par sa parole. Et c'est par sa parole qu'il se rend présent, encore aujourd'hui, qu'il se rend humain.

Alors nous sommes invités à nous nourrir de cet Évangile, nous nourrir de cette parole vive. À la porter aussi à l'extérieur, comme un message d'amour de Dieu et de libération pour tous les hommes.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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