Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications






Choisis de passer la porte, ou pas
Lc 13/22-30

Alors que Jésus est en route vers Jérusalem et vers sa Passion, un homme de la foule l'interpelle : Seigneur, ceux qui sont sauvés, seront-ils peu nombreux ? Ou plutôt : N'y a-t-il que peu de gens destinés au salut ? Cet homme, par cette parole, dit l'angoisse du monde. Il ne parle pas seulement pour lui-même, il fait partie de tous ceux qui se posent cette question. Est-il du bon ou du mauvais côté ?

Pour bien comprendre cette histoire, écoutons en une autre qui pourrait bien éclairer les choses d'une façon inattendue : un jour un fou enfermé dans un asile monte le long de la grille et regarde par-delà. Et il voit plein de gens, des gens de toutes les couleurs, de tous les statuts sociaux, des gens qui vont, qui viennent, les uns en courant, les autres plus lentement, qui s'affairent. Intrigué, il interpelle quelqu'un dans cette foule et il demande : Êtes-vous nombreux là-dedans ?
Cette histoire, les deux histoires en fait, nous posent une question de murs. De quel côté sommes-nous ? Sommes-nous dedans ? Sommes-nous dehors ? Qui est dedans ? Qui est dehors ? Est-ce que c'est le fou qui est enfermé dans son asile, ou est-ce que c'est la foule, à l'extérieur, qui est enfermée dans ses préoccupations ?

C'est bien de cela dont il est question, tant le monde dans lequel nous vivons est habitué à dresser des murs, des barrières, des murs pour enfermer. Pour enfermer les fous dans les asiles, pour enfermer celles et ceux qui sont indésirables, pour les rejeter à l'extérieur, pour expulser l'étranger, celui qui dérange, celui qui apparaît comme une menace. Mais les murs peuvent aussi être tout à fait symboliques. Les religions en particulier ont l'habitude de dresser des murs infranchissables, entre ceux qui sont sauvés et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui sont dedans, et ceux qui sont dehors. L'homme qui interpelle Jésus ne sait pas bien où il est, et peut-il vraiment le savoir ? En fait, sans doute comme ce fou sur son échelle, il ne sait pas où est le dedans et où est le dehors. Et il est vraisemblable que bien souvent les frontières changent, le dedans et le dehors sont difficiles à définir.

Ceux qui sont sauvés, seront-ils nombreux :? Ici est clairement posée la question du jugement de Dieu. C'est l'angoisse qui pèse sur cet homme. Comment est-ce que je me situe, moi, devant ce jugement ? Est-ce que je suis destiné au salut ? Ou pas ? Est-ce qu'il suffit d'accomplir les règles et les commandements que prescrit la loi ? Ou est-ce qu'il s'agit d'autre chose ? Lorsque nous lisons la Bible, nous nous rendons compte effectivement que les choses ne sont pas aussi simples. Et que le jugement de Dieu apparaît parfois comme quelque chose de difficile à définir.

Il n'apparaît pas toujours... j'allais dire... presque jamais, comme une sanction, comme une punition destinée à nous faire payer un manquement, la transgression d'un commandement ou d'une loi. En fait la Bible nous montre que le jugement de Dieu est bien souvent le reflet de notre propre jugement, de notre propre état d'esprit, de notre propre comportement. Dieu, bien souvent, se sert de nos propres règles, de nos propres valeurs pour nous juger. Si nous avons choisi de vivre par la violence, alors il est bien probable que nous périrons un jour par la violence. Si nous avons choisi de vivre dans l'injustice, alors il est fort probable qu'un jour nous recevrons la monnaie de notre pièce, victimes de la colère de celles et ceux que nous avons lésés par notre injustice. Si nous avons choisi de vivre en excluant, il est bien probable qu'un jour nous nous exclurons nous-mêmes du Royaume que le Seigneur nous prépare. Les gens très religieux s'imaginent bien souvent que le jugement va les épargner grâce à leur fidélité sans faille à des règles, à des lois. L'Évangile nous montre qu'il n'est pas question du tout de cela : ne croyez pas que votre manière de croire, de pratiquer votre religion, va vous donner un passeport infaillible pour rentrer dans le Royaume de Dieu. Pour rentrer dans le Royaume de Dieu, la porte est étroite. Il va falloir que vous luttiez, que vous luttiez contre vous-même, que vous luttiez contre tout ce qui vous enferme dans votre petit monde qui bien souvent exclut les autres. Il vous faudra combattre contre vous-même pour pouvoir passer par la petite porte. Oui, le salut est une histoire de combat. Et lorsqu'on se trouve devant la porte, sûr de mériter le salut par les œuvres de la Loi, il est bien possible que cette porte soit close.

Dans la parabole que Jésus utilise, il y a quelque chose d'assez intéressant à noter : il est question d'un homme qui se lève et qui ferme la porte. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte en disant "Seigneur Seigneur, ouvre-nous", il vous répondra : je ne sais d'où vous êtes.
Le terme qui est utilisé pour dire que cet homme sera levé, est un terme grec qui est aussi utilisé pour parler de la résurrection. Il est bien évident que dans ce passage de l'Évangile, Luc, en mettant ces paroles dans la bouche de Jésus, pense à la Passion, il pense à la résurrection. Quand le messie sera ressuscité, alors les portes seront fermées, tout sera achevé, il n'y aura plus de possibilité d'ouverture.
Et alors vous serez dedans ou dehors selon l'attitude que vous aurez vis-à-vis de cet homme Jésus, mort et ressuscité, vis-à-vis de ce Christ Parole de Dieu qui est venu dans nos vies. Tout dépend de la manière dont vous recevrez cette Parole et dont vous en vivrez.

Jésus dit quelque chose de plus : le salut n'est pas finalement une question de nombre plus ou moins grand, ou en tout cas pas au sens où cet homme veut le comprendre. Il ne s'agit pas de faire partie d'un clan, le clan des élus. Il ne s'agit pas de faire partie d'une famille, même de la famille de l'Église. Car il en viendra de partout, il en viendra du dedans et il en viendra du dehors, il en viendra de l'orient, de l'occident, du nord et du sud. Et il en viendra de nombreux qui se mettront à table. Ainsi, les frontières ne passent pas entre le dedans d'une communauté et un dehors. Les frontières se passent entre les hommes eux-mêmes, que ce soit dedans ou que ce soit dehors. Les frontières sont les frontières que chacun va construire, construire en se définissant par rapport à cet Évangile qui nous a été annoncé.

Oui, la seule manière d'être sûr d'être sauvé, c'est d'adhérer, de recevoir et de vivre de cet Évangile. Car c'est à la mesure de notre foi, c'est à la mesure de notre espérance que nous serons jugés.

Alors il ne faut pas imaginer que ce défi est un défi impossible à réaliser pour chacun d'entre nous, car la foi va bien au-delà du respect de telles ou telles règles ou lois édictées finalement par des hommes, même si elles sont inspirées de Dieu. Le salut nous vient d'un état d'esprit, il nous vient de la réception et de l'accueil de cet Évangile et de cette parole de Dieu. Le salut nous vient de cette manière dont nous nous tournons vers Dieu et son Christ sur la croix. C'est quelque chose qui se joue à tout instant de la vie. Car à tout instant de la vie, nous sommes placés devant la résurrection de ce Christ Parole de Dieu, qui nous invite à faire le choix qui nous fait rentrer par la porte.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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