
Prédications
C'est l'amour qui me plaît et non les règles qui excluent. Osée 6: 3-6, Romains 4: 18-25, Matthieu 9: 9-13
C'est un repas qui est au centre de ce récit. Presque, peut-on dire un banquet, tant il y a de monde autour de la table.
Les repas ont une très grande importance dans la bible. Ils sont un avant-goût du royaume. Très souvent en effet dans l'Évangile, le royaume de Dieu est comparé à un banquet auquel de nombreuses personnes sont invitées. Et sans doute avaient-ils de l'importance à l'époque de Jésus. C'était l'occasion de prendre le temps. Le temps de la rencontre, le temps de la communion. Bien souvent le temps aussi d'entendre soit de la musique, soit des maîtres ou des philosophes qui vous parlaient, vous formaient d'une certaine manière.
Matthieu donc nous rapporte une histoire de repas. Mais ce repas pose un problème pour les scribes et les pharisiens. Ils ne peuvent s'empêcher de récriminer : " Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d'impôts et les pécheurs ? " (v. 11)
Pour les juifs pieux, il est impensable de se compromettre avec les pécheurs. Il est impensable de fréquenter des gens considérés comme impurs. Pour eux, la chose la plus importante c'est de pouvoir participer au culte. C'est de pouvoir entrer dans le temple, c'est de pouvoir célébrer les sacrifices qui sont des repas de communion avec Dieu. Cela importe plus que tout le reste. On ne peut pas se compromettre, on ne peut pas risquer de contracter une impureté et devenir, de cette façon, pécheur, impur.
Matthieu est collecteur d'impôts et de ce fait, il est impur de multiples manières. D'abord, parce qu'il prélève des taxes sur les gens de son peuple. Il s'enrichit sur le dos de ses compatriotes et cela excite la rancune et la haine. Ensuite, parce qu'il est compromis avec l'envahisseur romain à qui est destinée une grande partie de ces taxes. Et puis encore, l'argent qu'il manipule porte l'effigie de l'empereur, et est donc considéré comme idole. Enfin Matthieu s'appelle Lévi de son nom juif, Marc et Luc nous le rapportent. Il est donc membre de la tribu des Lévites, tribu assignée au service du temple. Jamais il n'aurait dû exercer le métier de percepteur.
Il y a donc autour de la table les amis de Matthieu, beaucoup de collecteurs d'impôts et de pécheurs. C'est une seule et même chose : collecteur d'impôts, pour les pharisiens, cela signifie " pécheur ".
Aussi, tous les gens qui font partie de ce banquet dont Jésus est l'invité d'honneur, sont-ils des gens à fuir de toute manière.
Jésus en se compromettant avec eux, contracte ce péché, contracte cette impureté, devient lui-même pécheur, comme par contamination. Aux yeux des pharisiens, Jésus ne peut alors plus entrer dans le temple, ne peut plus y célébrer le culte, il ne peut même plus y enseigner puisqu'il est devenu pécheur et impur.
C'est cela qu'expliquent les paroles de Jésus : " Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecins, mais ce sont les malades. (v. 12) ". Pour les pharisiens, et sans doute aussi pour la société de l'époque, il n'y a pas de différence entre la maladie, le péché et l'impureté. La maladie est un dérèglement du corps, elle est donc le signe que quelque chose ne fonctionne pas bien, le signe qu'il y a quelque chose de rompu. Et dans de nombreuses civilisations, cette brisure est comprise comme le signe d'une rupture avec les puissances spirituelles, une rupture avec Dieu. Car, pense-t-on, si on est en relation, en communion avec Dieu, bien évidemment, la maladie ne peut pas frapper. Aussi, maladie, impureté et péché sont perçus comme une seule et même chose.
La parole de Jésus devient beaucoup plus claire, beaucoup plus pertinente. C'est une sorte de parabole. Jésus nous dit que de la même manière que les médecins ne viennent pas voir les bien-portants mais les malades, de la même manière, moi Jésus, je viens aussi pour voir d'abord ceux qui ont besoin de moi, ceux qui ont besoin de l'amour de Dieu, besoin du rétablissement, besoin du salut. Il montre aux scribes et aux pharisiens combien leur démarche, si elle est juste dans son principe, dans son idée première, (vouloir se préserver du mal pour pouvoir se présenter devant Dieu), devient fausse parce qu'elle ne témoigne pas de l'amour de Dieu pour tous. Parce qu'elle rejette, exclut, isole ceux qui ont le plus besoin de Dieu.
Pour bien le comprendre, ce texte demande de notre part une véritable conversion. Bien souvent nous nous comportons comme ces pharisiens. Nous avons tendance à agir dans notre vie pour mériter notre salut. Et lorsqu'on estime être au bénéfice de ce salut, nous nous préoccupons surtout de bien le préserver. Et cette tendance " à la sauvegarde " nous incite à rejeter les autres : Il faut faire attention... attention de ne pas se souiller ... attention de ne pas se compromettre. Afin de préserver toutes nos chances d'être sauvés.
Mais c'est ne pas comprendre que le Christ est venu justement pour nous rendre purs ; pour nous inciter à dépasser notre maladie, à dépasser notre souillure. Pour témoigner de l'amour de Dieu pour tous les hommes.
Si nous pouvons nous considérer comme étant entrés dans le groupe des justes, c'est que Dieu nous accepte tels que nous sommes. Il nous invite à témoigner pour ceux qui se sentent malades ou exclus du même amour. Il nous demande de les accueillir dans notre compagnie, de les accueillir autour de notre table, cette table qui préfigure celle du royaume.
Car c'est l'amour qui me plaît, dit le prophète Osée. C'est l'amour qui me plaît et non les sacrifices. C'est l'amour qui me plaît et non toutes les règles qui vous permettent de procéder aux sacrifices dans les normes édictées par la loi de Moïse. Que m'importe ces sacrifices, s'il sont la cause de l'exclusion ; que m'importe ces sacrifices puisque à force d'en appliquer les détails et d'en suivre une liturgie tellement compliquée, ils vous éloignent du sens premier, ils vous éloignent de l'amour qui est réponse de l'amour de Dieu pour tous.
C'est cet amour qui, comme l'écrit Paul aux Romains, fait avancer Abraham dans l'espérance. C'est cet amour qui fait changer, qui fait dans le cœur d'Abraham se transformer l'espoir en espérance. C'est cet amour qui lui permet de croire même quand cela devient totalement impossible de croire, de croire qu'il va engendrer un fils alors que physiquement cela est impossible. Cet amour, c'est de penser que plus rien ne dépend de notre seule volonté, de notre seule force, mais que tout nous est donné et que l'on peut s'abandonner dans les promesses de Dieu pour avancer vers la vie.
Amen !