Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Ireland : Jésus marchant sur les eaux
Prédications






Laissons là nos idoles pour nous tourner vers ce Dieu surprenant.   Mt 16/21-28

Avoir la plus grande foi, la foi la plus juste, ne préserve pas de l'erreur ; cela n'empêche pas d'être traité par Jésus de Satan, de tentateur. Pierre en fait l'expérience. Et, avec Pierre, le croyant a souvent tendance à vouloir s'attacher cette foi, à s'en rendre propriétaire, à vouloir la détourner à son profit personnel et selon sa propre convenance. Jésus le sait bien. Et c'est sans doute pour cela qu'il va, immédiatement après la confession des disciples, les prévenir, leur annoncer ce qui doit lui arriver, à lui Jésus. (Mt 16/13-19)

Et ce qu'il leur annonce, Pierre, qui est souvent le porte-parole des disciples, ne le supporte pas : " A Dieu ne plaise ! Cela ne t'arrivera jamais, tu ne seras pas mis à mort ! Le monde entier va te reconnaître pour ce que tu es, c'est-à-dire le messie, l'oint de Dieu qui doit apporter le salut sur terre."
Pierre prend ses désirs pour la réalité. Il pense qu'enfin le temps de Dieu, le grand soir est arrivé ; il pense qu'enfin la fin de ce monde-ci est là, que des temps nouveaux vont venir. Il pense que la création de Dieu a fini de souffrir sous l'emprise du mal, et qu'enfin le royaume, instauré par son Prince, est là, rendu présent. Il ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre la signification des paroles de Jésus. Il ne peut pas comprendre que le chemin par lequel Jésus doit passer est le chemin nécessaire pour l'annonce de l'Évangile. Pierre confesse la messianité du Christ, mais il ne s'est pas (encore) converti à l'Évangile du Seigneur.

"Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive ". C'est à la lumière de ce que Jésus a dit à Pierre qu'il faut comprendre ces paroles. Se renier soi-même, c'est regarder en face nos manières de penser, regarder en face toutes les idoles que nous nous fabriquons tout au long de notre vie. Regarder en face l'idole même que nous avons fabriquée en lieu et place du messie, de Dieu. Toutes ces images que nous avons fabriquées et qui nous aveuglent. Pour se libérer de leur emprise.

Car comme Pierre, nous rêvons d'un Dieu fort, d'un Dieu vainqueur, d'un Dieu violent parfois, d'un Dieu qui est capable d'effacer tout le mal d'un coup de baguette magique, un Dieu qui est capable de nous faire échapper à toute souffrance ou à toute infirmité. Un Dieu qui va nous faire entrer directement dans le paradis dont chacun rêve pour lui.

"Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même". Qu'il abandonne ses vieilles idoles, qu'il interroge les images qu'il a dans sa tête, les images qu'il s'est fabriqué. Et qu'il revienne alors à l'Évangile, qu'il revienne à la parole de Dieu, cette parole qui est souvent difficile à entendre, parce qu'elle remet en question tout ce que nous avons envie de penser, tout ce que nous avons envie de croire. Mais qui fait vivre !

Oui ! Le messie, l'oint de Dieu, celui qui est envoyé par Dieu dans le monde pour délivrer le monde du mal, doit monter à Jérusalem pour y souffrir beaucoup de la part de ceux-là même à qui il est venu annoncer l'Évangile, de la part des anciens, des grands prêtres, des scribes, ceux-là même qui sont garants de la foi en Dieu. Il doit être tué pour pouvoir se relever le troisième jour.

Nous avons du mal à imaginer ce que cela veut dire. La victoire de la résurrection a effacé dans notre esprit la défaite inimaginable de la croix. Nos confessions de foi proclament que Jésus est monté au ciel, qu'il est assis à la droite de Dieu et que de là il règne en Dieu tout puissant, ces affirmations faisant naître dans notre esprit une nouvelle "image" de Dieu, une nouvelle idole. Pourtant nos confessions de foi affirment aussi que Christ a souffert, qu'il est mort et qu'il a été enseveli. Ce n'est pas un Dieu tout puissant et lointain que nous présente l'Évangile. C'est un Dieu au contraire qui s'avance vers les hommes dans la simplicité et la fragilité de l'amour.
Un amour qui ne s'impose pas, un amour qui accepte d'être rejeté, d'être renié, d'être mis à mort.
Seul cet amour là, en acceptant la mort, peut se relever (ressusciter) et produire son fruit, le royaume.

Nous sommes invités nous aussi à débusquer nos idoles et à les abandonner ; à nous tourner vers ce Dieu surprenant, ce Dieu qui bouscule tout ce que nous croyons, tout ce que nous pensons, et surtout ce Dieu qui bouscule tout ce que nous avons envie pour nous-mêmes, afin de nous engager sur un chemin qui n'est pas toujours facile, mais qui est toujours rempli de l'amour absolu.

Lorsque Jésus se tourne vers Pierre, il ne le rejette pas, il lui dit "Arrière de moi ! Derrière moi !" C'est le même terme en grec que " suis-moi ! ". C'est le même terme que Jésus utilise pour appeler ses disciples : Toi, suis-moi !

D'une certaine manière en accusant Pierre d'être le Satan et en le remettant à sa place, il lui demande d'être son disciple, celui qui marche à sa suite.

Nous tous, il nous arrive parfois de nous placer devant Dieu pour le critiquer, pour lui dire que les choses ne peuvent pas, ne doivent pas être comme elles sont, pour lui dire comme les disciples à Jésus : "Dieu t'en préserve Seigneur ! Cela n'arrivera pas !"
Mais Jésus se tourne vers nous pour nous dire " Suis-moi ! ". Sois mon disciple et vis de l'amour de l'Évangile.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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