
Prédications
La foi ne se communique pas, elle vient de la rencontre personnelle avec le Ressuscité Actes 5/12-16 Jean 20/19-31
C'est une Église triomphante que le livre des Actes nous présente dans ce chapitre 5. Une Église remplie de la force de l'Esprit saint. Une Église qui, si on lit le texte au premier degré, semble être plus forte, plus efficace, plus éblouissante que son maître lui-même. Mais, ce faisant, ce texte nous montre surtout le changement radical qui s'est opéré chez les disciples, à partir du moment où ceux-ci ont reconnu leur Seigneur vivant, le Crucifié ressuscité. C'est avec une force nouvelle qu'ils vont dans le monde, la peur semble être évanouie.
Et pourtant, au soir de ce premier jour qu'évoque l'évangéliste Jean, c'est avec la peur au ventre que les disciples se réunissent. Ils se retrouvent comme pour une veillée funèbre, dans une pièce fermée à double tour. On peut donc comprendre leur stupeur lorsque le Seigneur se fait présent au milieu d'eux et qu'il leur donne la paix. Oui, ils s'attendaient sans doute à tout sauf à cela. Et pourtant, pourtant il est là au milieu d'eux et leur cœur est rempli de joie en voyant le Seigneur. C'est comme un bouleversement. Rien ne sera plus jamais comme avant. Celui qu'ils croyaient mort, éliminé par la méchanceté des hommes, est là, bien vivant. Il leur donne du courage. Bien plus, il les ramène à la vie : Recevez le saint Esprit. Le terme qui est utilisé par Jean pour décrire ce moment est le même que celui utilisé dans le récit de la Genèse, pour la Création lorsque Dieu insuffle, donne le souffle au premier homme. C'est vraiment une réelle re-création que l'Église primitive vit en recevant le Seigneur parmi eux.
Ils sont là avec une force nouvelle, mais aussi avec un défi nouveau, un défi parfois difficile à envisager, à comprendre, à affronter. Les versets 23 de ce passage de l'Évangile de Jean n'ont pas cessé de poser question à l'Église : ceux à qui vous pardonnez les péchés obtiendront le pardon. Ceux à qui vous refuserez le pardon ne l'obtiendront jamais. Quel défi ! Quelle difficulté ! L'Église y a vu, trop souvent, un pouvoir qui lui serait dévolu, le pouvoir de donner le salut ou bien de le refuser. Mais ce n'est pas de cela dont il est question dans ce récit. C'est de bien autre chose. Les disciples sont invités par le Seigneur à l'événement de Pâques, la Croix et la Résurrection. Sur la croix, nous l'avons vu, une des dernières paroles de Jésus a été "Pére, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". Ce qui est jeu ici n'est ni plus ni moins que le rétablissement des hommes. À ceux qui sont dans la difficulté, à ceux qui n'arrivent pas à se considérer comme justifiés, comme justes, à ceux qui se morfondent constamment dans le péché, les disciples peuvent par l'Esprit saint annoncer la grâce donnée en Jésus Christ par Dieu pour tous les hommes, si tant est que l'on se tourne vers Lui et que l'on reconnaisse ses fautes.
Mais ce défi implique un autre aspect, et la deuxième partie de la phrase de Jésus vient d'elle-même, elle va de soi d'une certaine manière. Il ne s'agit pas de pardonner n'importe comment, n'importe quoi. Pour qu'il y ait véritablement pardon il faut qu'il y ait retour sur soi-même. Il faut qu'il y ait reconnaissance de ses fautes. Pardonner à celui qui ne reconnaît pas sa faute et se croit dans son bon droit, risque de l'enfermer dans sa justification, et donc dans sa faute. Retenir au contraire la parole de pardon, de libération, ce n'est pas se détourner du coupable, ni le rejeter, ni le juger, c'est au contraire l'accompagner sur un chemin difficile et souvent douloureux pour les deux, c'est lui laisser la possibilité de comprendre son erreur et de se repentir.
Ainsi, les disciples ont pour devoir de refuser le pardon à ceux qui refusent de se convertir, à ceux qui refusent de faire ce travail sur eux-mêmes, de reconnaître leur infirmité, leur limite, ceux qui d'une certaine manière refusent le pardon.
Le pardon est là pour témoigner de la volonté de Dieu pour les hommes, qu'ils se mettent debout et qu'ils avancent en ayant reçu la grâce divine. Et pour cela il faut faire un retour sur soi-même. C'est comme cela, je pense, qu'il faut comprendre cette phrase : ceux à qui vous refuserez le pardon ne l'obtiendront jamais. Il ne s'agit pas d'une volonté des disciples, ni d'un pouvoir arbitraire, il s'agit simplement d'une capacité, pour leurs interlocuteurs, à se reconnaître pécheurs devant Dieu. Dieu n'impose pas son pardon, il le propose ; il le propose comme un retour à celui qui se tourne vers lui et qu'il invite.
Il y a un disciple qui n'était pas là à la première rencontre. C'est Thomas.
Que n'a-t-on pas raconté sur ce Thomas, surnommé le jumeau. Le jumeau de qui, on ne sait pas. Notre jumeau peut-être, peut-être le jumeau de Jésus. Il n'est pas avec les disciples et il a du mal à croire, il a du mal à recevoir la parole des autres.
Thomas n'est pas un inconnu dans l'Évangile de Jean. Il apparaît huit fois. Et par deux fois au moins dans cet évangile il est celui qui saura poser la bonne question, donner la bonne parole.
C'est tout d'abord dans le chapitre 11 de l'évangile de Jean, ce chapitre dans lequel nous est raconté le signe de la résurrection de Lazare. Avant d'y aller, Jésus dit à ses disciples "Allons, maintenant" et Thomas répond "Allons-y et mourons avec lui". Il a bien perçu le danger qu'il y avait à monter vers Jérusalem. Il a bien perçu, et sans doute est-il un des seuls parmi les disciples à percevoir les difficultés qu'allait rencontrer Jésus. À ce moment-là, en disciple fidèle, il est prêt à l'accompagner, à l'accompagner jusqu'au bout. Il est aussi celui qui, au moment où Jésus annoncera sa mort lors de son discours d'adieu au chapitre 14 de l'évangile de Jean, saura le mieux traduire la difficulté à comprendre les paroles de Jésus avant la Passion : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas et nous ne connaissons pas le chemin.
Ainsi ça n'est pas tellement du doute comme remise en cause que Thomas témoigne, mais plutôt du questionnement du croyant devant quelque chose qui est véritablement difficile à croire. Thomas est celui qui refuse de croire sur une simple parole, qui refuse de croire sur un simple témoignage humain. Il n'est pas de ces gens qui suivront n'importe quel gourou aux paroles faciles et réconfortantes qui brossent dans le sens du poil. Il est celui qui veut comprendre. Il est celui qui veut voir, toucher le Seigneur.
Sa foi, il ne la tient pas des autres. Sa foi, il la tient du Christ lui-même. En ce sens il est l'image, le jumeau, de l'ensemble des croyants. La foi n'est pas donnée par la prédication, par le témoignage des autres. Bien sûr, le témoignage est important parce qu'il questionne, parce qu'il met en mouvement. Mais la foi nous est donnée par le Christ lui-même, par l'Esprit saint, le paraclet, le défenseur, l'avocat, celui qui intercède à la place de Dieu dans notre cœur. Dans ce récit que nous fait Jean, à aucun moment il n'est dit que Thomas finalement touche vraiment Jésus. Il lui suffit de le voir, de le reconnaître pour que sa foi explose dans une confession de foi simple, mais tellement sincère. Oui, Thomas, loin d'être le modèle du doute, est le modèle du croyant qui ne s'engage pas sur un coup de tête, qui ne fonde pas sa foi sur de simples paroles. Il est celui qui veut rencontrer le Seigneur et qui au moment où il le rencontre, est prêt à aller de l'avant, prêt à donner sa vie s'il le faut. Il ne le fera pas tête baissée, il le fera avec son cœur et son intelligence. Loin d'être un contre-exemple à ne pas suivre, il est sans doute, pour nous, l'exemple parfait.
Nous sommes associés à ces disciples. Dimanche après dimanche, c'est le Christ lui-même qui nous rassemble. C'est le Christ lui-même qui nous donne sa paix. Il est présent au milieu de nous. Par la foi qui nous est offerte dans l'Esprit saint, nous pouvons le reconnaître et recevoir sa force, recevoir cette espérance et cette foi. Cette foi qui nous permet de faire éclater nos volets, nos portes, nos murs, cette foi qui nous permet d'aller vers l'extérieur et de témoigner du Crucifié ressuscité, de celui qui a été rejeté et qui est devenu pierre d'angle.
Oui, par la foi nous pouvons aller dans le monde témoigner de la résurrection du Christ, annoncer l'Évangile. Cet Évangile qui libère, cet Évangile qui permet de nous libérer de notre péché si tant est que nous sachions nous tourner vers Dieu pour nous présenter à lui tels que nous sommes. Aujourd'hui c'est le Christ lui-même qui nous envoie dans le monde, qui nous envoie pour annoncer à tous la libération.
Amen!