
Prédications
Le don, aventure de la confiance 1 Rois 17/8-16, Marc 12/38-44
"Ils ont donné en prenant sur leur superflu, mais elles, elles ont pris sur leur misère pour mettre tout ce qu'elles possédaient, tout ce qu'elles avaient pour vivre."
Nous venons de lire deux histoires qui nous présentent deux veuves qui donnent tout.
Des deux, le texte du livre des Rois est sans doute celui qui nous aide le mieux à comprendre leur message.
De quoi s'agit-il ?
Le prophète Élie est envoyé par Dieu à Sarepta pour vivre chez une veuve, une veuve dont il s'avèrera qu'elle ne possède plus rien. Elle n'est pas fille d'Israël, c'est une païenne vivant à Sarepta. À vrai dire elle n'a rien à devoir à ce prophète d'un Dieu qui n'est pas le sien. D'ailleurs, elle le lui fera remarquer : C'est de
ton Dieu dont il s'agit.
Si Élie est envoyé par Dieu à Sarepta, c'est qu'il est obligé de fuir, il est obligé de fuir la colère du roi Achab, et encore plus de la femme de ce roi d'Israël, Jézabel. Il est obligé de fuir car il a prononcé des imprécations contre le roi Achab, fils d'Omri, prononcé des imprécations parce que ce roi ne suivait pas les lois du Seigneur et qu'il adorait Baal et Astarté, qu'il avait mis sa confiance dans ces dieux païens, dieu de la pluie, dieu de la fécondité.
On peut comprendre que pour ces agriculteurs, il soit préférable de mettre toutes les chances de leur côté et de se tourner vers des dieux spécialisés dans l'agriculture, Baal et Astarté. Le Dieu d'Israël lui est un Dieu de nomades, c'est le Dieu des petits éleveurs, c'est le Dieu du désert, ce n'est pas un Dieu "pour les agriculteurs". C'est ce que dit la rumeur. Cela n'est pas ce que dit Élie au roi Achab.
Et dans son imprécation, Élie a promis, comme preuve de la suprématie du Dieu d'Israël, la sécheresse. Et la sécheresse est venue.
Et Élie est obligé de fuir la colère d'Achab et de Jézabel, tant il est vrai que les puissants de ce monde n'aiment pas être pris en défaut.
Il commence à fuir dans le désert au bord du torrent de Kerith. Là il est nourri par les corbeaux qui viennent lui apporter matin et soir, le pain et la viande. Ensuite le torrent lui-même est à sec, et il est obligé de fuir plus loin. La malédiction qui pèse sur Israël pèse aussi sur le prophète, comme elle pèse aussi sur les autres peuples de la région. Élie va à Sarepta, il rencontre cette femme veuve, donc pauvre par définition, qui ramasse du bois afin de préparer son dernier repas pour elle et pour son fils. Dernier repas car elle ne peut sans doute plus compter sur la générosité des autres, on peut supposer que toute la population subit la famine. Et Élie va demander à cette femme l'aumône, il va demander à cette femme de le loger et de le nourrir. À elle qui n'a rien, à elle qui n'est même pas du peuple d'Israël et qui n'a pas l'Éternel pour dieu.
Pour quelle raison cette femme va-t-elle répondre à l'appel de Dieu ? Pour quelle raison cette femme va-t-elle accueillir cet homme par qui le malheur est venu ? Un homme qui s'est opposé aux autorités du pays et qui a remis en cause le culte garant de la prospérité nationale. Elle n'a apparemment aucune raison raisonnable de nourrir cet homme responsable de la famine, de faire cette aumône : "Par la vie du Seigneur
ton Dieu, je n'ai rien de prêt, quand j'aurai ramassé quelques morceaux de bois, je rentrerai, je préparerai ces aliments pour moi et pour mon fils, nous les mangerons et nous mourrons ".
Cette phrase sonne comme un reproche, nous mourrons par ta faute, par ta folie. Et Élie lui répond un ordre qui résonne comme une provocation : "Rentre, fais comme tu as dit. Seulement, commence par me donner une galette. Tu en feras ensuite une pour toi et pour ton fils car ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : cruche de farine ne se videra, jarre d'huile ne désemplira pas".
Élie interpelle cette femme et lui demande de faire acte de foi, de croire au-delà du crédible, de croire au-delà de ce qu'il est possible de croire. Par la foi qu'elle témoigne, cette femme va permettre l'accomplissement du miracle et elle mangera, elle, sa famille et Élie, jusqu'à ce que revienne la pluie au temps où en a décidé le Seigneur.
Lorsque Marc écrit son évangile et qu'il écrit ce passage de la veuve, on peut imaginer qu'il pense à la veuve de Sarepta. D'ailleurs cette image vient rapidement à l'esprit.
La confiance de cette femme qui donne de ce qu'elle a de plus précieux, sa vie même, afin de l'offrir en don au Seigneur au temple de Jérusalem pour que le culte puisse avoir lieu, pour que le Seigneur soit toujours présent parmi son peuple. Et elle apparaît comme étant à l'opposé des riches et des puissants.
Tous sont mis dans le même sac, les scribes dont il est question au début du passage et ceux qui ont de grosses fortunes. Il est probable que les scribes n'étaient pas des gens riches. Ils n'avaient pas le droit de monnayer leur savoir. Ce sont des juristes, des spécialistes de la Torah, de la Loi de Moïse et lorsqu'ils sont consultés, ils n'ont pas le droit de demander de l'argent en contrepartie. Ils sont obligés d'avoir d'autres sources de revenus pour vivre.
Mais voilà, au sein de la société d'Israël, les scribes sont placés au premier rang, ils ont les premières places dans les synagogues, ils ont les premières places dans banquets. Ils sont bien habillés d'après ce que nous dit le texte, en tout cas ils sont vêtus de manière bien visible. Ces scribes, vraisemblablement, pensent accomplir leurs devoirs comme cela leur est demandé. Ils étudient la torah, ils étudient cette parole de Dieu pour qu'elle puisse être comprise dans toute sa rigueur et dans toute sa complétude auprès du peuple. Mais voilà, ce faisant, ils détournent le culte qui doit être rendu à Dieu et à lui seul. Ils font passer la casuistique avant la bénédiction de Dieu, ils font passer l'application de la Loi avant la justice de Dieu. Et c'est cela que Jésus leur reproche. Et c'est en cela qu'ils sont à l'opposé de cette femme.
Cette femme n'est pas obligée de mettre son obole dans le tronc. Une femme n'est pas obligée de payer l'impôt au temple, ce sont les hommes qui doivent le payer. Et cet impôt, c'est la dîme du revenu ; et quelqu'un de pauvre n'est pas obligé de la payer. La justice de Dieu et la justice des scribes elle-même, ne dépassent pas cette limite-là. Et pourtant d'elle-même, librement, cette femme vient présenter son offrande à Dieu parce qu'elle lui fait confiance, parce qu'elle a placé sa foi en lui et que là est sa force. Au-delà de sa misère, au-delà de sa souffrance, elle trouve sa plénitude et sa joie dans le culte rendu à Dieu.
C'est là le cœur de nos deux textes. C'est le cœur même de tout l'Évangile. C'est le cœur de toute la Bible. Ce qui est demandé, ce n'est pas l'application d'un rituel, ce n'est pas le paiement ou le non paiement d'un impôt. Ce qui est demandé, c'est la confiance, la foi dont le culte doit témoigner.
Aujourd'hui ces textes nous sont adressés. Sommes-nous présents pour que continue à s'accomplir un culte, un culte qui n'aurait plus de contenu, un culte qui ne s'adresserait plus à Dieu, qui serait juste la répétition d'un rituel creux et sans signification ?
Ou bien notre culte est-il la marque de notre foi, la marque de notre louange ? En venant, venons-nous donner notre superflu, notre apparence, ou venons-nous nous présenter nous-mêmes, dans toute notre vie, à Dieu, pour l'offrir en offrande ?
Amen !